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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Pancartes Électorales

Je me suis réveillé avec Christine. Saint-Pierre de nom. Oui, elle était là, souriante près de moi, j’étais dans mon lit et le calorifère avait réchauffé son côté du lit. J’étais blotti et je l’admirais sur sa pancarte, le poing au menton, l’air à la fois pensive et fonceuse. Depuis que je la vois tous les matins au réveil, je l’appelle Cricri. Ma Christine à moi me sourit et je lui fais confiance.

Christine Saint-Pierre, c’est la défroquée de Radio-Canada, et ses bénévoles ont jugé le poteau en face de ma chambre parfait pour y exhiber son beau sourire.

Pas pire, quand on regarde le choix de candidats. Christine est dans les plus cute!

À toutes les élections ça recommence. Les bénévoles arrivent la nuit tout excités et vraiment convaincus que leurs figures de style de répétition sur le bord des routes, tel un film qui déroule au gré de nos déplacements, une image par poteau… est des plus importants.

Au lieu de la publicité subliminale, on nous matraque.

Quand un parti politique de Québec tente de convaincre qu’il a à cœur une région, il la remplie de pancartes. Là seulement, on peut voir qu’ils sont présents. Le soir, à un certain coin de rue, un vieux monsieur parle aux pancartes, elles lui sourient. Leur présence immense et souriante le rassure. Il va voter pour cette pancarte là.

Nous sommes faibles face à la répétition. On nous a tout appris avec la répétition: l’arithmétique, les slogans publicitaires, les proverbes et la religion. Pour preuve, depuis une semaine, je me sens en manque. Est-ce que je mange suffisamment de Psyllium?! C’est pas ce qu’on trouve dans les champignons magiques! Oh non, c’est de la psilocybine. Ouh, faut pas se tromper!

Savez-vous ce qui est trippant à part le Psyllium? Arracher des pancartes électorales. C’est illégal! Illégal comme dans «pas l’droit! » comme dans « tu devrais pas! » comme dans prendre la sacoche d’une petite vieille, etc. Vous savez, des affaires mauvaises là! Donc, par définition, c’est excitant. Si la police vous arrête, les filles vont vous trouver Bad et vont trouver votre dossier criminel charmant. Si vous n’avez jamais criminalisé, et que vous voulez vous initier à ce monde mystérieux, je trouve qu’arracher des pancartes est pas mal bon pour commencer. Un genre de crime pour débutant. Si ça tourne mal ou si t’as la chienne, il y a plusieurs sorties possibles. Premièrement, parler au policier de la loi canadienne de réduction de la pollution visuelle de Rona Ambrose. Ou faites juste dire que vous êtes bénévole pour la campagne et que vous trouvez que la pancarte va être mieux placée de l’autre côté de la rue. Dans ce cas, il faut au moins prévoir des ty-raps (attache à tête d’équerre) comme ça vous aurez la chance de la reposer sous les yeux crédule des policiers.

À chaque élection, j’arrache une pancarte. Avec Gérald Tremblay je m’étais fait un masque d’Halloween. J’en avais profité pour salir sa réputation en me promenant sur Sainte-Cat en pissant sur les bornes fontaines et en laissant tomber mes mégots de cigarette partout.

Cette année je vais arracher une pancarte et au pochoir je vais peindre ma propre pancarte sur le verso. Mon slogan « Votez pour moi, c’est voter pour toi! » devrait rejoindre le prolétariat Montréalais.

Sans toucher à ma Christine, je l’accompagnerai sur son poteau… il sera notre poteau. Elle sera sur le dessus. Et je la laisserai faire tout le travail électoral.

Je sais que vous avez pensé croche quand j’ai dit «sur le dessus», «faire le travail» et poteau. C’est normal, je vous explique. Je pratique souvent les associations libres comme ça pour me divertir. L’important c’est de ne pas réfléchir. Tu prends un mot et un autre apparaît, puis un autre. C’est Freud qui m’a appris. C’est l’histoire que ton inconscient te raconte, regarde : Cheval, sabot, métal, forgeron, salopette, petites culottes…

Tapis, poussière, mousse, nombril, petites culottes…

Devoir, bureau, chaise, 4 pattes, petites culottes…

Poteau, pancarte, Christine, petites culottes…

Freud avait raison. On est tous des cochons.

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Mots-clés : Le truc à Renaud (27)

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