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Avaler la mer et les poissons

Deux femmes, deux amies de longue date, deux « sœurs choisies ». Ariel (Isabelle Vincent) est mariée et travaille en politique municipale. Kiki (Sylvie Drapeau) est artiste peintre. Toutes deux aspirent à une existence plus intense, plus impliquée, plus heureuse. Elles veulent trouver leur véritable voie et aller plus loin. Elles sont pleines à craquer d’idéaux et un jour, justement, elles craquent.

De temps à autres, Kiki prête son atelier de peinture à Ariel afin qu’elle puisse y recevoir ses amants. Un jour, Ariel charge Kiki d’annoncer à Georges, sa plus récente aventure, que leurs rencontres sont terminées. Kiki s’exécute et, ce faisant, tombe amoureuse de Georges. Un amour profond et réciproque. Tout se bouscule alors entre les deux amies, à qui la chance se met à sourire inégalement. La vie sentimentale de Kiki s’épanouit enfin, alors que le mari d’Ariel décède soudainement. Sa vie artistique aussi se voit tout à coup propulsée car elle est sélectionnée parmi plusieurs peintres pour exposer ses œuvres à l’étranger.

Diplômées toutes les deux de l’École nationale de théâtre du Canada en 1986, les comédiennes Sylvie Drapeau et Isabelle Vincent sont de réelles amies. C’est en tandem qu’elles ont décidé d’écrire Avaler la mer et les poissons, pièce créée au Théâtre de La Licorne et présentée pour la première fois en 2005. Comme le raconte Isabelle Vincent, elles ont voulu « plonger à l’intérieur de soi avec quelqu’un qu’on aime, quelqu’un à qui l’on se confie depuis plusieurs années, créer un espace de confiance pour que l’intime se dévoile ».

La pièce nous révèle deux femmes volontaires, résolues à se tailler une place dans le chaos collectif afin de le teinter de leur vision, afin d’y façonner un peu de meilleur. On rencontre aussi deux êtres qui ont un petit gouffre dans le creux du ventre. Un gouffre à remplir de tendresse, un gouffre qui freine leurs élans, qui les rend hésitantes et fragiles, aussi déterminées soient-elles dans l’absolu. Deux femmes en quête d’équilibre entre le souhait professionnel et le souhait intime. Comment en déterminer les bonnes proportions, celles grâce auxquelles l’un devient le moteur de l’autre et vice-versa? Celles qui conduisent à l’épanouissement?
Romain Gary a mis des mots cyniquement justes là-dessus : « Quand on vieillit, on a de moins en moins de chances de tout rater parce qu’on n’a plus le temps, et on peut vivre tranquillement en se contentant de ce qu’on a raté déjà. C’est ce qu’on entend par « paix de l’esprit ». Mais quand on n’a que seize ans et qu’on peut encore tout tenter et ne rien réussir, c’est ce qu’on appelle en général « avoir de l’avenir »… ». Ariel et Kiki n’ont plus seize ans mais je crois qu’elles sont encore suffisamment jeunes pour courir le risque de tout rater, d’où cette crainte, cette errance paniquante dans laquelle elles vivent.

Malgré une oscillation constante et finalement déroutante entre le premier et le second degré des propos et des intonations, on apprécie une pièce toute douce, des dialogues simples portés par un décor de confidences et une musique attractive. Une pièce qui sait faire du spectateur un témoin ému de cette amitié écorchée, réconciliée et grandie.
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Avaler la mer et les poissons
Texte : Sylvie Drapeau et Isabelle Vincent.
Mise en scène : Martine Beaulne.
Avec Sylvie Drapeau, Isabelle Vincent, Denis Bernard et Daniel Gadouas. Une production du Théâtre de La Manufacture, À La Licorne, du 27 février au 24 mars 2007.
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Critique artistique suivante : 568




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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