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Les peintures musicales

L’OSM et le Musée des Beaux-Arts de Montréal dans la même soirée ? Bien des gens me diront : « Eille Uncle Ed, c’t’impossible ce que tu écris là avec tes mains ! » Et pourtant, ces deux institutions montréalaises se sont unies pour le plaisir de nos oreilles et de nos yeux. Le Musée des Beaux-Arts a décidé d’accueillir une série de concerts et expositions portant sur la période baroque. Cette série de concerts est l’idée de notre Kent Nagano, qui apporte un souffle d’air frais sur la scène artistique montréalaise. Pour un peu de culture, l’origine du mot baroque provient du portugais « baroco », signifiant irrégulier. Le mouvement s’est surtout propagé en Italie lors de la contre-réforme et dans le reste de l’Europe pour la majorité du XVIIIe siècle.

Pour en revenir avec notre bouillon de culture, la soirée s’est amorcée sur une visite de l’exposition de peintures et de dessins baroques ; bien que mon accompagnatrice et moi nous sommes perdus dans une autre partie du musée. Après cette visite impromptue des autres galeries, nous avons finalement abouti devant l’entrée principale de l’exposition baroque tant recherchée.

Accrochés devant nous se retrouvaient des dizaines de tableaux provenant en majorité d’écoles de peinture néerlandaises et italiennes. Conformément aux habitudes de l’époque, la plupart des œuvres décrivaient des scènes de l’antiquité grecque ou romaine. De plus, de nombreux portraits et paysages d’époque complétaient l’exposition. Parmi les portraits les plus fameux se retrouvait le Portrait d’une Jeune Femme de Rembrandt Van Riijks, démontrant le jeu de lumière qui lui est unique. Même El Greco, pourtant espagnol d’origine grecque, se frayait une place avec son portrait de St-François d’Assise. Le bijou de l’exposition, selon ma bonne amie, était une toute petite aquarelle sur ivoire, cachée derrière un voile de velours dû à sa sensibilité à la lumière, provenant d’une école anglaise. Ce minuscule portrait de Sir Walter Raleigh démontrait un détail et une finesse extraordinaire. Sur un plan plus général, la plupart des peintures réunies marquaient un contraste très prononcé entre les différentes intensités de lumière. Le portrait de St-Joseph, de Jusepe de Ribera, incarne parfaitement ces qualités, oscillant entre les deux extrémités de la luminosité. Cependant, nous sommes restés complètement perplexes devant la présence d’icônes religieuses venant de Florence, de diverses régions françaises ou de Novgorod (vieille ville de Russie). Bien qu’elles viennent de la même époque, leurs apparences variaient profondément avec l’esprit de l’exposition.

Après la visite de l’exposition, nous nous sommes rendus au vieux pavillon du musée où devait se dérouler le concert de musique de chambre baroque. Le récital avait lieu dans une des nombreuses salles art-déco du musée. La présence d’un clavecin, qui est apparemment rare à l’OSM, a comblé les cœurs de la soixantaine de spectateurs. J’ai trouvé bien dommage que la présence du clavecin n’était pas plus qu’esthétique. La présence de nombreux violons et de pièces au rythme accéléré ont vite fait de noyer le son de l’instrument. Mis à part la Sonate de Schmelzer et le Three Parts Upon a Ground de Purcell (où on a pu l’apprécier à sa juste valeur), les autres pièces du concert ont limité fortement sa présence. Le concert a débuté sur un Concerto Grosso en la mineur de Haendel, que j’ai beaucoup apprécié, en particulier le quatrième mouvement en Allegro. Par contre, j’ai trouvé singulier, voire même bizarre, que les lumières sur le public soient restées allumées toute la durée du concert. Même mon amie a trouvé que l’ambiance d’intimité nécessaire à de la musique de chambre n’était pas respectée, un léger faux-pas sur une ambiance sinon réussie. Des sonates de Buonamente et de Schmelzer ont suivi. Je suis cependant obligé de rendre à Vivaldi ce qui lui appartient, puisque son Concerto pour violon et violoncelle m’a paru comme le clou du spectacle. Pour cette pièce, tous les instruments se sont réunis sur scène. La première violoniste m’a beaucoup impressionné par ses dodelinements exaggérés de la tête qui n’étaient égalés que par son immense talent. Il y a même eu des solos de violon et de clavecin, de quoi rappeler à certains les concerts rock. Je ne peux dire de même pour le concerto de Corelli, qui m’a laissé un peu indifférent. La symphonie en si bémol majeur de Carl Philippe Emmanuel Bach était bien agréable, une bonne note pour finir la soirée qui a duré un peu plus d’une heure. En tout, une soirée bien agréable de cultivation pour les gens culturés !

Étant donné qu’il s’agit du troisième concert d’une longue série, les autres concerts se mettront en marche bientôt avec le prochain en début mars. Des billets sont encore disponibles au Musée des Beaux-Arts et à l’OSM.




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