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Du Mont Liban à Montréal

Par Louay Msaddi

Sur les bordures de la Méditerranée repose un petit pays habitué à conter les histoires les plus fantastiques de son existence : le Liban. C’est comme ça qu’ils ont voulu l’appeler, puis « pays du cèdre » est devenu officiellement son surnom. En dépit de sa beauté naturelle, de la diversité incroyable de ses communautés ethniques et religieuses, de son histoire fascinante et de sa culture riche et plurielle, un autre phénomène surnaturel et unique de son genre a marqué ce pays depuis plusieurs décennies, et a fait de lui le seul pays au monde comptant plus de ressortissants hors de ses frontières qu’à l’intérieur. On estime le nombre des Libanais qui résident à l’étranger à environ 12 millions de personnes. En revanche, presque 5.5 millions de libanais habitent en permanence au Liban. Il faut dire que l’ampleur du mouvement massif de l’immigration des Libanais a été durant la période des troubles et des violences (domination Ottomane au début du 19ème siècle puis les 15 années de guerre 1975-1990). Face à ces hostilités meurtrières, des Libanais fortunés ont pu trouver refuge au Brésil, aux États-unis, au Canada, en Australie, en France, en Afrique francophone et, effectivement au Moyen-Orient. Bref, l’intelligence, l’habileté et la volonté des Libanais ont favorisé leur survie et leur adaptation dans des milieux différents de la planète.

En 1890, le premier Libanais qui a mis les pieds au Canada, un Zahléois de la vallée de la Békaa s’est installé dans la ville de Trois-Rivières et, de ville en ville, il voyageait pour vendre à domicile. Peu à peu, les Libanais devenaient de plus en plus nombreux. Ils commerçaient la plupart du temps, ou bien travaillaient dans la main d’œuvre. Lorsque la guerre du Liban s’est déclenchée vers les années 1970, c’étaient plutôt les jeunes qui ont quitté le pays pour accomplir leurs études au Québec, ce qui leur a donné l’occasion de montrer leurs fructueux talents au sein de la communauté Québécoise. Plusieurs figurent parmi les grands noms de la médecine québécoise: neurologues, oto-rhinos, ou chirurgiens cardio-vasculaires, comme le Dr Pierre Ghosn, qui opéra Lucien Bouchard, alors Premier ministre. On nomme aussi Prof. Mohamad Sawan, un des plus grands professeurs à l’École Polytechnique de Montréal et le fondateur et président du chapitre Montréal de l’IEEE Solid-State Circuits Society (SSCS) ; on lui a aussi promis une chaire du Canada, offerte par le gouvernement Canadien, pour son travail dans le domaine des microcomposants intelligents, un prestigieux avancement en sciences.

Au Québec, les statistiques montrent que 150 000 Québécois sont d’origine libanaise. Résidant majoritairement à Montréal-Nord, dans l’arrondissement Mont-Royal et à Saint-Laurent où on se croirait dans un quartier d’une banlieue de Beyrouth : ils représentent 16% de sa population totale et sont obstinés à vivre « à la libanaise ». Tout au long des rues rôdent des restaurants de fine cuisine libanaise, de fast-food, des cafés allumant les belles soirées. L’odeur des Manakish, du Homos, du Foul se mêle avec celui des repas du midi (Shish Taouk, Shawarma, Falafel). En soirée, les cafés sont surpeuplés. La fumée des shishas aux différentes saveurs englobe l’atmosphère. Tout ceci se mélange avec un brouhaha qui meurt brutalement lorsqu’on apporte une darbouka pour danser et chanter avant que les libanais retournent chez eux suivre les nouvelles Libanaises au moyen d’antennes paraboliques qui surgissent aux balcons des immeubles.

Un jour, Saint-Laurent sera plus sereine, Mont-Royal moins brillante, les restaurants Libanais fermeront leurs portes, l’air de ces quartiers deviendra inodore, la darbouka muette, on verra les commerçants Libanais vendre leurs magasins, et l’aéroport de Dorval rempli de Libanais qui attendent leur vol en destination de Beyrouth, ce sera un aller à leur pays d’origine… sans retour !




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