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Papinou, un directeur particulier

A poly, on ne fait jamais rien à moitié. La preuve m’en a été donnée lorsque j’ai reçu chez moi un coup de téléphone de M. Papinou, personnage qu’il n’est pas nécessaire de présenter, notre directeur particulier (DP) depuis la session d’automne actuelle. Ce sympathique monsieur s’inquiète des dégâts causés à ma monture (c.f. Colonne précédente) et de mes problèmes financiers. Je le rassure brièvement et m’enquiert de sa nouvelle fonction. D.P., je lui dis, c’est fun comme job. Pas trop, me répond-t-il, c’est le sale boulot du D.G. que je me coltine. Mais sacré nom de Dieu, ai-je eu à répondre un peu violemment, nous sommes dans la même situation. C’est ça directeur particulier, continue-t-il, il faut partager le sort de ses étudiants à une échelle individuelle. Soudain me vient une colère que je ne sais trop comment réprimer. Je lui crache au visage tout d’un bloc. Papinou, lui dis-je, c’est quoi ces façons de nous faire passer pour des pitres ! On est la risée de tout le monde sur le campus de l’U de M. Mais qu’y a-t-il ? me demande-t-il en toute candeur. Alors là c’est salaud. La ligne bleue, pardi, lui dis-je. Mais la ligne bleue, vous n’aimez pas ? C’est le bleu qui vous gêne. Je leur avais dit de prendre vert, vert vomi, comme les murs de notre institution. Mais non, pas de ligne bleue du tout. Nada. On n’en veut pas. Ces ingénieurs qu’il faut prendre par la main pour les mener à l’école, comment peuvent-ils après gérer des hommes, être responsables. Mais c’est parce qu’on vous aime, chers étudiants. On vous chérit. D’ailleurs, nous allons lancer une compagne de grande envergure et nous allons tracer des lignes bleues reliant chaque domicile de nos étudiants à l’institution. Vous aurez aussi des places réservées dans le métro, vous les reconnaîtrez à la ligne bleue tracée dessus. Voilà où on en est réduit : des lignes bleues pour tout. Car ma pensée a cheminé depuis cette conversation. Des lignes bleues pour aller à l’école. Des lignes bleues pour nos choix de vie, car on ne nous demande pas de réfléchir sur le devenir du pays, on nous demande d’aimer des Mario Dumont, de suivre aveuglément Landry pour son leadership, politique du sheep. Mouton de panurge, on suit l’ami ricain parce qu’il représente le bien. Et quand on se révolte, là, les lignes bleues prennent des matraques, comme en Alberta ou au sommet de Québec. Mais bon, des lignes bleues, on en a de tous les acabits, comme celle qu’a tracé Netanyahou à Ottawa, monsieur nous dit de prendre des mesures contre ces « terroristes » qui l’ont muselé à Concordia. Projet de fin de session, concevoir le nouveau drapeau du Canada : fond blanc, ligne bleue.

Mots-clés : Colonne (8)



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