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Dimanche-moche

On est dimanche, jour du seigneur et journée d’agonie. Elle a la lourdeur de toute la semaine à venir, et toute la liberté d’y penser. Tout à faire et le vertige de ce que l’on ne fait pas.

Je me suis donc levé tôt ce dimanche pour aller étudier.

Je me sens mature quand j’étudie un dimanche, comme si la fin de semaine était immature.

Quand on paye son temps d’étude avec ses jours de congé, on fait attention à la dépense.

Si j’étudie un dimanche, c’est pour ne pas perdre mon temps, ce qui est impossible chez moi. J’ai Internet, de la gommette bleue, de la gouache, des Légos, un casse-tête, des Schtroumpfs et de la bière… un vrai carnaval !

De plus ma chambre est un bordel. Il est entendu qu’à la vue de la première équation, je vais me mettre à réorganiser ma chambre et cirer le plancher. Il vaut mieux fuir.

Ne serait-il pas horrible de ne pas rien faire un dimanche pour aller perdre son temps à Poly, vision d’enfer. Cette journée sera donc productive et glorieuse. Ma journée d’étude s’annonce glorieuse!

Aller à Poly c’est long. Pour moi, c’est une heure d’autobus et de métro. Étant donné que je ne couche pas là, ça fait automatiquement 2 heures par jour.

Puisque je m’en vais étudier, je peux me permettre de faire un Sudoku dans le bus et d’écouter ma musique. À Édouard-Montpetit je me sens faible. Pourquoi est-ce que j’irais monter mont-Poly. Non, je vais plutôt aller dans un café sur Côte-des-Neiges. En plus j’ai presque fini mon Sudoku, je vais pouvoir m’en débarrasser avant de m’installer pour étudier. Déjà 2 heures que je suis levé, et je m’imagine déjà revenir tout sourire juste à temps pour le souper avec la tête remplie de tout plein de nouvelles connaissances pertinentes pour les examens qui s’en viennent.

Je débarque à Côte-des-Neiges et je commence à marcher. Je m’arrête au dépanneur pour m’acheter des M&M’s au pinottes. Élément essentiel du système de récompense que j’ai développé et testé. Je marche en quête d’un espace. J’ai comme critères: quiétude, bon café et possibilité d’y rester longtemps à téter mon café. S’il y a trop de bruit, je ne peux pas me concentrer, s’il ni en a pas assez, je m’entend penser, et je ne m’écoute pas étudier. J’aime pas ça. C’est comme si la tapisserie de mon crâne décollait, comme s’il manquait de colle à l’intérieur de ma tête et je n’arrive plus à me concentrer sur le livre à lire. En d’autres mots, quand je lis une ligne, elle ne cesse de rebondir dans ma tête et je continue à y penser sans regarder le reste des lignes que je lis, un peu comme l’effet de serre. Ma tête est plutôt complexe.

Le café Coin Descelles et Queen Mary est parfait. Je me prends un café. La table où je vais m’asseoir ne doit pas être trop près de la fenêtre pour ne pas que je sois distrait. La table doit par contre être près d’une prise de courant pour mon ordinateur. Je déballe mon bazar, mes fils, mes cahiers. Et là, …là ! Je le sens, il s’en vient, il est mûr, le voilà ! Le moment où je me crois, le moment où je me dis que je vais être capable de tout lire, tout assimiler… et puis rien, presque rien. J’ouvre les PDFs et au bout de 15 minutes j’ai faim.

Une chance, il y a aussi le système de récompense: un chapitre, un M&M’s aux pinottes. Si les chapitres sont trop longs je me sens fourré, alors pour ne pas me perdre, j’ajuste et je me donne des bonus.

Me voilà, dimanche midi, avec ma brioche, un deuxième café, en train d’écrire mon article. Je n’ai lu que 2 pages de notes de cours.

Encore plus fort que si javais pris des somnifères, je suis en présence d’une somnolence lourde et profonde que j’essaie de combattre. Au bout de deux heures de presqu’étude, je me rends compte que je n’ai plus rien à étudier parce que j’ai oublié de télécharger les autres pdf. Le café n’a pas Internet, je sers donc mes fils, remballe mon ordi et je monte la montagne de poly. J’arrive aux labos d’info, sort ma clé USB 32Mg que j’ai reçu en finissant mon secondaire et télécharge les autres notes de cours. Je regarde compulsivement mes courriels pour voir si j’ai reçu le courriel tant attendu sur les nouveaux modèles d’élargisseurs de pénis…dommage, non, seulement une offre de viXX%agra et de Vax&lium. J’en ai pas besoin de ça moi, tout ce que je veux c’est un plus gros pénis…

Je me suis levé à 8h00 du matin, un dimanche, et il est 16h00 de l’après-midi. Quel Glandage ! C’en est assez, je rentre chez-moi.

En voyant deux labradors dans la rue, je réalise que je suis un chien. Je mange, je dors, je me promène, je souris, j’abboie, je boie, mais surtout, je n’étudie pas. Je rends mes amis heureux, et je demande peu.

Ce qui est ironique avec ce dimanche, c’est que si je n’avais eu que 10 pages à lire, je les auraient lu en 15 minutes, j’aurais pas passé ma journée à perdre mon temps sur Côte-des-Neiges en me faisant croire au miracle du Ritalin pour arriver au même résultat.

Quand t’as déjà fait 90 crédits, t’arrête pas, tu continues. Je ne suis pas un lâche après tout!

Ce qui me reste de ce dimanche moche, quelques minables heures de télé et un goût amer de café au fond de la bouche.

Décidemment, je déteste les dimanches.

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Mots-clés : Le truc à Renaud (27)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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