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Bashir Lazhar en supplémentaire

Une ode à la vie, aux enfants et à tous ces gens courageux malgré eux, qui ont dû quitter leur pays et qui vivent près de nous sans qu’on ne les connaisse.

Bashir Lazhar est un Algérien qui a fui son pays où sa condition d’athée menaçait son existence. Il se réfugie au Québec, où il compte préparer l’arrivée de sa femme et de ses enfants en attendant de recevoir son statut de réfugié politique. Il se fait engager à pied levé comme remplaçant dans une classe de 6e année dont l’enseignante s’est suicidée dans sa classe, pendant la récréation. Là, avec ses méthodes pédagogiques différentes, il enseigne la tendresse, le courage, la justice, la grammaire… et il dérange avec « le choc des cultures comme circonstances atténuantes ».

Encore une fois, la jeune auteure Evelyne de la Chenelière (récipiendaire du Prix littéraire du gouverneur général 2006) nous offre un texte d’une grande beauté. La pièce commence légèrement, alors que M. Lazhar commence son travail de remplaçant et apprend à connaître ses élèves. Au fur et à mesure, nous découvrons les épreuves que doit subir M. Lazhar, légères au début, quoique agaçantes comme des piqûres de moustiques, et terribles à la fin. Cette intensité dramatique qui évolue de façon exponentielle nous laisse troublés et désireux de découvrir et d’aider tous ces gens, qui comme Bashir Lazhar, doivent apprendre, plus ou moins de leur plein gré, à vivre dans notre société, leur terre d’accueil.
Cette intensité dramatique est contrebalancée par les réflexions, qui font sourire, sur le système d’éducation québécois. Par exemple, M. Lazhar est étonné de voir les élèves travailler en équipe et avoir le droit de s’exprimer sur tout. Il se plaint qu’il n’a pas le temps de couvrir la matière, car les élèves font des activités spéciales et des sorties à chaque semaine. Le texte est aussi allégé par l’amour débordant de Bashir Lazhar pour les enfants qui symbolise toute la puissance de la vie, la vie plus forte que la mort.

La performance de l’acteur Denis Gravereaux est à souligner. Seul en scène pendant toute la durée de la pièce, il incarne avec justesse cet homme profondément humain qui ne veut plus être courageux et dont la mission est de donner, même si la vie lui a tout pris. À un point tel que certains spectateurs semblent confondre l’acteur et le personnage, comme le montrent les félicitations « pour votre beau travail de remplaçant, c’est rare, les remplaçants qui se donnent autant pour leurs élèves » faites par une dame du public à la fin de la pièce.

Le travail de conception entourant la pièce est aussi remarquable. La scénographie originale de Oum-Keltoum Belkassi utilise des caméras transmettant leurs images en direct sur le mur symbolisant le tableau noir. Des jeux d’ombres chinoises nous transportent dans un univers maghrébin tout comme les extraits sonores de reportages, sur les moments importants, graves ou les informations quotidiennes de l’Algérie des années 90.

Chaque représentation est suivie d’une discussion dirigée par un animateur. La pièce est présentée au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 3 février. Quinze supplémentaires ont été annoncées entre le 1er et le 24 février 2007. Dépêchez-vous de réserver, les billets s’envolent rapidement !




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