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Du vent entre les dents

Si vous voulez voir de bons acteurs, je vous conseille cette pièce. Simple. Macha Limonchik méconnaissable en prostitué amérindienne, Émilie Bibeau plus que transformée en « créature chirurgicale » et Julie McClemens en docteure qui a besoin d’être soignée. C’est pas de la télé, ni du cinéma, c’est du vrai, devant vos yeux.

Le théâtre d’aujourd’hui présente la pièce « Du vent entre les dents » de Emmanuelle Jimenez mise en scène par Martin Faucher. Auteure et comédienne, Jimenez a écrit cette pièce durant l’été 2002 alors qu’un nuage de fumée provenant des feux de forêts au nord du Québec s’imposait sur Montréal. Mais ce n’est pas une pièce engagée contre les changements climatiques. Du tout. Ce feu n’est que la toile de fond pour nous présenter des personnages, qui face à un cataclysme n’ont pas le choix de s’activer et de faire bouger les choses.

On se retrouve à la fête du jeune Kevin (Olivier Morin), enfant surexcité, joué habilement qui amène un vent de fraîcheur à chaque présence sur scène. Sa mère, Linda (Hélène Mercier), a une nouvelle piscine creusée et en tant que fière « banlieusarde », c’est sa plus grande joie. Les banlieusards qui trouvent leur bonheur dans les choses matérielles passent au cash et on rit abondamment. La sœur de Lynda, Lydia (Julie McClemens) a les pieds sur terre. Ça fait du bien. Un père (Jean Maheux) voit sa fille (Émilie Bibeau) transformée en super « barbie » (le mot est faible). Une grand-mère (Muriel Dutil) qui se lie d’amitié avec un chien-loup (Gary Boudreault), personage mystérieux (que j’ai trouvé ambiguë). Et la prostitué amérindienne (Macha Limonchik) dans tout ca ? Elle est bien la seule à savoir ce qu’elle veut et à avoir les idées claires, même imbibée d’alcool. En gros, ce sont des personnages dépossédés, perdus mais qui n’auront d’autre choix de se rencontrer et de former une famille malgré eux.
Le sujet de la pièce n’apparaît pas clairement, et je pense que c’est voulu. Il y a différents thèmes dans la pièce et elle a été écrite dans différents styles aussi. On passe de la conversation des deux soeurs (très réelle) à celle entre le chien-loup parlant et la grand-mère mystérieuse. Cela peut être perturbant pour celui qui n’a jamais été au théâtre, mais il reste que cette pièce est un exemple de ce qui se fait au Québec. Une bonne pièce par de bons acteurs. À la fin, on comprend ce qu’on a pu. Voilà. Chaque personnage a son problème, certains vous toucheront et d’autres pas. Personne ne vous prend par la main et j’aime ça comme ça.
C’est pas la télé. Y’a pas de focus sur un personnage pour t’obliger à voir ce qu’il y a à avoir. C’est toi qui regarde sur scène ce qui te plaie, enfin. Et ton œil en aura pour son argent. L’interprétation de Limonchik est hallucinante. Sue Makami her Many Horses ne sortira pas de vos têtes après la pièce. Même chose pour le personnage de Jessica, la sœur transformée. « Ça se peut pas… » m’est sorti des lèvres plus d’une fois dans la pièce. Pas de tour de magie scénographique, c’est le jeu à son pur état. Il n’y a même pas de changement de décor.

J’ai aimé voir la famille décomposée, qui se fragilise, mais qui en même temps se trouve obligée de se parler et de se dire les « vraies choses ». On y parle de l’avenir des personnes agées, de la définition du bonheur, de la perception de soi, de l’implication du parent face à la vie de son enfant… Bref, des sujets qui sont familiers à tous. Mais il faut quand même s’accrocher. Le style de la pièce change fréquemment. On passe d’une scène très réelle… à quelque chose d’imaginaire… et certaines choses nous semblent soudainement très floues. Des choses sans métaphores et des métaphores que je n’ai pas comprises. Peut-être n’y en avait-t-il pas ? La pièce offre un solide travail de table. Elle serait intéressante à décortiquer, à analyser. Mais disons que j’avais pas mal de questions à poser à l’auteure et/ou au metteur en scène un jeudi soir de janvier. C’est quoi ce chien loup ? Et l’armoire ?

En terminant, j’aimerais vous dire que la pièce comme tel m’a laissé un peu tiède. Mais la performance des acteurs en vaut le détour. Peut-être n’ai-je pas vu assez de théâtre dans ma vie ? Peut-être n’ai-je pas la maturité ? Peut-être neige-t-il des cendres sur ma tête ? Mais je vous conseille quand même la pièce. Je pense que c’est du bon théâtre. À voir au Théâtre d’Aujourd’hui.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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