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Les OGM peuvent-ils vraiment sauver le Tiers-Monde?

Par Jean Pierre

Le développement biotechnologique des trois dernières décennies a connu une forte croissance qui a entraîné des répercussions à l’échelle planètaire, chez les consommateurs autant que chez les producteurs et les groupes socio-écologiques. Il n’en demeure pas moins que les débats reliés de près comme de loin à ce sujet sont pour la plupart acharnés, car ils sont encrés au cœur de controverses éthiques et de paradoxes.
La multinationale Monsanto, par exemple, chef de file dans la production d’OGM et de mise en vente de ses produits à l’échelle internationale, promeut ses produits comme des remèdes aux problèmes de malnutrition et de santé publique du Tiers-Monde. Ces OGM sont perçus par les groupes de pression comme une arme économique puissante qui assujettit le paysan à la multinationale, en le rendant dépendant des semences et des graines qu’elle lui fournit. Qui a raison lorsque chacun proclame sa voix au nom du bien commun? En d’autres mots, quelle est la part de l’autre dans cette affaire? Alors que les fermiers du Tiers-Monde s’endettent pour payer les redevances et les droits annuels sur l’utilisation de ces semences, alors que les paysans sont aux prises avec ces graines génétiquement modifiées qui les contraignent d’années en années à être replantées, on peut se demander si les OGM représentent vraiment une solution pour le Tiers-Monde.

LE CAS DE MONSANTO

Grande multinationale agroalimentaire comprenant 12600 salariés répartis dans plus de 46 pays, Monsanto se démarque de ses compétiteurs par ses parts internationales de marché sur des brevets, licences et semences génétiquement modifiées.

Examinons le rapport annuel 2000 (jeune de 6 ans) de la charte de la compagnie (disponible sur le site web officiel de la compagnie) : on peut, à premier abord, être abusé par les stratégies de marketing touchant la présentation du rapport : couleurs de terre et d’agriculture auxquelles sont accolés des portraits de paysans du Tiers-Monde bien portants et souriants. La charte de Monsanto se veut être un « véritable cadre éthique et comportemental » et s’affirme constituer « un engagement fort de l’entreprise à l’égard de ses interlocuteurs : agriculteurs, industries agroalimentaires et distributeurs, associations de consommateurs, écologistes, pouvoirs publics et citoyens. ». Cette charte repose essentiellement sur cinq grands principes énumérés sur tableau d’honneur : intégrité, dialogue, transparence, partage et utilité.

En de grandes lignes, ce rapport fait état de la conscience de Monsanto à l’égard de l’accroissement fulgurant de la population dans les pays pauvres, et son désir de s’engager à enrayer au maximum les problèmes de famine et de malnutrition dans le monde, en partageant (mais tout en protégeant) leurs connaissances scientifiques, et en établissant un dialogue transparent entre la multinationale et le client. La compagnie expose ainsi ses valeurs et ses actions fondées sur la santé, l’environnement, le bien d’autrui et le droit humain. Des valeurs et des actions fortement valorisées dans la plupart des sociétés et qui portent à croire que Monsanto se veut proche du peuple.

On peut voir cette charte comme un moyen pour Monsanto, à l’instar de plusieurs autres multinationales agroalimentaires, de garder les mains libres à l’échelle planétaire en vue de créer toujours plus de valeur pour l’actionnaire. Agnès Sinaï met en relief dans sa chronique du Monde Diplomatique (Juillet 2001) l’imposture de ces concepts faussement éthiques, en traitant par exemple de la polémique des brevets imposés aux paysans par les multinationales, qui investissent entre 200 et 400 millions de dollars afin de mettre au point un OGM au terme d’une dizaine d’années.

Il est évident que la multinationale se doit de recouvrer les frais d’un tel placement et ce justement par l’entremise des droits de propriétés intellectuelles. Chaque fois qu’il faudra semer, le fermier devra payer les redevances nécessaires à l’obtention de sa licence. Le problème c’est qu’il faut ressemer à chaque année les graines génétiquement modifiées, celles-ci étant stériles. Le sol ainsi traité génétiquement par les pesticides et les engrais propres à la semence modifiée devient incompatible avec d’autres semences. Le fermier se retrouve donc tributaire de la compagnie qui lui fournit graines, pesticides et engrais. Comme le dit Agnès Sinaï (2001), « Le risque à court terme, est bien de donner aux grandes firmes semencières la possibilité de bloquer tout le système, en monopolisant le patrimoine génétique mondial et en créant une situation irréversible : l’agriculteur ne pourra plus récupérer ce patrimoine pour redevenir sélectionneur lui-même. » Voilà qui est un peu paradoxal compte tenu de l’aspect de partage et dialogue qui figure au tableau d’honneur de la charte des engagements de la multinationale…

Les OGM représentent-ils vraiment une solution au problème de famine du Tiers-Monde? De toute évidence, on ne répond pas à cette question par un oui ou par un non. Il est certain est qu’il faut que des législations internationales puissent réglementer de façon plus cohérente et plus juste l’application des produits génétiquement modifiés dans les champs parce que telles qu’appliquées, elles créent des injustices importantes. Enfin, il faut aussi penser que les méthodes traditionnelles d’agriculture et d’élevage favorisent davantage le développement économique et social d’une communauté, sans pour autant poser de dileme éthique…




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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