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LE DERNIER DON JUAN

Le démon du midi. Une force fracassante qui s’éprend sournoisement d’une pauvre âme au crépuscule d’une vie d’adulte accomplie et à l’aube d’une vieillesse devenue soudainement imminente. Une sorte d’entre chien et loup d’une existence trop tranquille, d’une vie trop bien rangée. Un moment de folie, parfois sans guérison, d’autres fois sans lendemain, engendré par la confrontation intérieure des deux pôles existentiels les plus basaux : la pulsion de mort versus la soif de vivre. Ou, si vous préférez, l’envie qu’ont certains hommes près de la cinquantaine d’aller courir la galipote pour se sentir moins vieux, moins dépassés…

Voilà le prétexte de la pièce Le Dernier Don Juan de Neil Simon, comédie adaptée et traduite de l’anglais par Benoit Girard et brillamment mise en scène par Monique Duceppe. Prétexte, car on ne doit pas s’attendre à en tirer de sages réflexions, ni même à y réfléchir ! Non, nous rigolerons seulement de ce restaurateur de fruits de mer marié depuis 23 ans, éprouvant soudainement ce besoin de vivre quelque chose de mémorable pour se sentir exister. Comme l’humain n’est souvent pas très original, c’est en vivant une aventure extraconjugale que notre charmant Bernard croira s’émanciper. Ainsi, c’est au fil de ses trois rendez-vous galants des plus pitoyables (et je choisis bien mes mots !) que nous pourrons apprécier le ridicule du personnage savamment et parfaitement interprété par Claude Prégent.
Le reste de la distribution est tout aussi épatante. La très attachante Diane Lavallée campe avec adresse Hélène, cette femme « fatale » qui va droit au but, sans remord ni détour, peut-être un peu trop justement. Edith Cochrane est absolument délicieuse dans le rôle de Judy, une jeune « star » inconnue et complètement folle qui entraînera notre héros dans un délire à la hauteur de sa stupidité, bon disons, sa simplicité. Jeannette, interprétée habilement par Marie Michaud, viendra couronner le tout, amie dépressive de Bernard tentant désespérément de ressentir quelque chose en se vengeant de son mari infidèle. Une rencontre mémorablement désespérante tout comme le pathétisme de ses protagonistes… Le gentil Bernard réalisera-t-il que s’il n’a jamais vécu quelque chose d’excitant, c’est peut-être par ce qu’il n’y est tout simplement pas prédisposé ?

On s’amuse bien toute la soirée, les dialogues ne manquent pas de bonnes répliques à l’humour savoureux tonifié par le jeu excellent des acteurs. Tout est mené de main de maître par une équipe dont chacun n’est pas né de la dernière pluie et on ne manque pas de le constater. Une dernière mention pour le décor qui est magnifique et ingénieux, le lever de soleil est en soi une scène réussie. En résumé, chapeau !




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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