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Tomatine

Pour une école d’ingénierie, je trouve que les gens manquent d’ingéniosité. Je vois autour de moi les gens devenir dépendants. Ils ont de plus en plus besoin d’un outil spécifique pour chaque tâche. Je suis convaincu que plusieurs personnes ne pourraient pas supporter le retour des bons vieux téléphones en canne de conserve si jamais les cellulaires s’avéraient aussi cancérigène que Tchernobyl. Vous savez qui est la grande coupable de ce ramollissement des êtres évolués? La richesse!

Ayant grandi dans la pauvreté la plus sous le seuil, mon insuffisance, aussi misérable soit elle, m’a immunisée contre ce que j’appellerais la paresse du roi. Comme quoi, rares sont les rois débrouillards, et les pauvres sans ressources.

N’est-il pas plus beau de voir un beau barbouillé de ferrailleur se promener avec sa veille remorque qui risque de tomber d’un coin de rue à l’autre plutôt que les clinquants véhicules sponsorisés de Poly qui transportent un savoir-faire et une prétention de génie tape-à-l’œil ? A-t-on oublié l’esthétisme des bricolages d’enfants aux yeux brillant en voyant des vieux rouleaux de papier essuie-tout ou des boîtes d’oeufs vides, mais pleines de possibilités?!

Comme seul exemple de mon argumentation, j’aimerais parler de l’agrafeuses. Outil qui nous est utile, mais ô combien encombrant dans un coffre à crayon. En son absence, nous sommes souvent sans ressource. Il y a bien sûr le trombone, aussi désolant qu’il soit avec ses couleurs festives et son manque de tonus. La broche, de son côté, est tellement plus fiable. Moi si j’étais de la papeterie, je serais un trombone, tordu et mou.

Je vous apporte donc cette semaine, sur un plateau d’argent, en page 2, l’agrafeuse de fortune !

D’abord, il vous faut du papier à brocher. Prenez-le, taponnez-le pour ne pas qu’il y ait de feuilles qui dépassent. Ensuite, trouvez un babillard avec des veilles broches et des punaises. Vous allez en avoir besoin. Avec votre ongle, soulevez une broche et une punaise. Remarquez comment le liège du babillard conserve la broche intacte et la garde bien carrée. Mettez votre tas de feuilles sur le babillard et avec la punaise, percez un trou là où vous voudriez agrafer. En tenant le paquet en place, retirez la punaise. Avec précision, tracez un léger arc de cercle avec la broche. Soyez délicats. Percez un trou coïncidant avec la trace et insérez la broche. Retournez votre paquet de feuilles et venez subtilement replier les pattes. Oh Wow!

Bon là je vous connais, je sais que vous avez trop d’honneur pour faire ça, mais sachez une chose : l’honneur, ça sert à rien !

* * *

Maintenant que je vous ai prouvé mon niveau d’ingéniosité, j’aimerais que vous évaluiez mon niveau de pertinence. J’ai pensé à une invention, et je ne sais pas si elle est utile. Si oui, la rentabilité est assurée!

J’avais vu Éric-Lardon-Deschambault sur la dernière cover du Polyscope arborant une multitude de frites en bouche et je me suis dit : « Merde! Le monde est crissement dégueu! » Ce jour, alors qu’il m’avait inspiré à manger trop de délicieuses frites, j’ai commencé à jouer avec mes restants. Je jouais dans mon ketchup, ou tomatine, selon le dictionnaire. Je faisais des trous dans mon assiette de mousse de plastique et pourquoi pas, dans mes frites. Avec une autre paille de laquelle j’ai enlevé toute trace de liqueur douce, j’ai siphonné avec distinction ma cup de ketchup… euh, tomatine.

Puis… l’éclair de génie.

Avec une fébrilité extrême et un roulement de tambour joué par mon ami (le gars des sports), j’ai fourré la frite de ketchup !

Voila relaté la genèse de la première Frite-Chup. C’était très sexuel! La page 2 de cette semaine c’est comme la Bible, sauf qu’au lieu de Dieu qui crée la femme avec une côte levée, c’est moi qui crée la plus belle pièce de fusion culinaire, la divine Frit-Chup, avec une paille et de la tomatine.

Chaque bouchée est uniformément conçue pour offrir un goût d’une parfaite harmonie.

Mon ami Frank m’a fait remarquer que c’était juste une application du principe des pizza pochette™. Comme quoi les condiments sont emprisonés à l’intérieur…Pfft, il est juste jaloux.

La seule raison pour laquelle je vous en parle c’est parce que je suis timide et que je sais que je ne vais jamais aller voir le gars de McCain’s pour lui en parler. Pour m’assurer que mon invention, mon petit bébé, puisse un jour être commercialisé, je dois passer par vous mes chers confrères au capitalisme développé et à l’ambition véreuse.

Allez répandre la bonne nouvelle! Et quand vous serez sur la première chaîne de production des Frit-Chup… pensez à moi, Renaud… Le Dieu de la frite.

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Mots-clés : Le truc à Renaud (27)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.