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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Pourquoi un titre?

Et pourquoi pas ? La réponse n’est pas de moi, on s’en sera douté. Elle est d’un étudiant malhabile qui a choisi l’orthographe et la syntaxe française pour victimes. Il est là, à côté de moi, et s’échine à noircir des pages et des pages pour un article dont la fadaise n’a d’égal que son manque d’imagination.

Ce rustaud, que je présenterais sous des couleurs floues pour ne point déranger l’anonymat dans lequel il se terre (à très juste titre, on ne se l’avouera pas assez), ce rustaud, disais-je avant de m’enfarger dans des virgules et des parenthèses distrayantes (qui ont tout de même l’avantage de prolonger ce texte de quelques lignes journalistiques supplémentaires), ce rustaud précisais-je, est un gars gentil au visage d’un sombre hâle qui dissimule un coeur blanc et la nuance grise de l’indigence lexicale, syntaxique, orthographique (et de manière générale, du point de vue de tout ce qui, de près ou de loin, tient du français) qui l’handicape.

Le pire, entendons-nous, est que ce gentil merdeux (permettez que je le traite de merdeux) prétend corriger mon texte. Pour les honorables lecteurs de notre feuille de chou qui ne savent pas encore comment un journal, et plus particulièrement Le Polyscope, se confectionne, qu’il soit dit que les rédacteurs rédigent, les monteurs montent, les correcteurs corrigent, les imprimeurs impriment, les lecteurs lisent, et parmi ces derniers se trouvent certains des rédacteurs qui ont rédigé et qui reviennent immanquablement pour se plaindre des correcteurs qui les ont corrigés et qui ont vraiment fait de la marde.

Et c’est vrai que les correcteurs font de la marde.

Pour ceux qui ne le savent pas (une vérité est toujours bonne à dire, et vaut mieux tard que jamais), Le Polyscope est un journal d’ignares, écrit par des ignares pour des ignares. Mais parmi ceux-là se trouvent quelques personnes dotées d’intelligence qui se fâchent qu’un con ou deux aient senti le besoin de mettre des erreurs là où il n’y en avait pas.

Quelques exemples pour illustrer la chose. Un article précise : « un soûlon sorti du pire bouge ». Un bouge est un bar crasseux, précision utile pour ceux qui ne le savent pas. Bien sûr, le correcteur ne le savait pas. Il corrige de sa plume précise : « un soûlon sorti du pire bougre ». Il y a vraiment des coups de pied au cul qui se perdent.
Un autre exemple ? Un auteur note dans une phrase : « ostracisme des milieux musical et politique ».
Le correcteur passe sur la page, se gratte la tête d’un air dubitatif (à ne pas confondre avec «du bite à tifs»), se pose clairement la question de l’existence du mot ostracisme (il n’a pas trop envie d’ouvrir le dictionnaire, ce correcteur est asthmatique et le dictionnaire au local est vraiment empoussiéré) mais il se résigne à faire confiance à l’auteur et se dit : « putain de bordel de merde, je crois que le mot existe ». Jusque là il a raison. Mais se pose alors le problème du pluriel. Parce que ce correcteur a le mérite de se poser des questions. Alors regardez. Milieux est au pluriel. Mais musical et politique sont au singulier. Foutue marde à cochon. Il s’apprête à mettre musical et politique au pluriel. Il y pense. Il va le faire. Il pense à le faire. Il ne va pas tarder à le faire. Mais une petite voix en lui dit : « Mon osti là là, tu vas faire une connerie. Tu sais que tu vas faire une connerie. Fais pas de connerie. Tu vas encore te faire engueuler pour une connerie. » Alors il renonce. Il se dit : « fuck-off » et il efface la phrase.

Quoi ? Il l’efface ? Oui, il sélectionne la phrase et appuie sur la touche DEL, SUPPR ou je ne sais trop quel azerty, en tout cas il lègue la phrase aux oubliettes.

Et ce gars là sera un jour un ingénieur ? On ne s’étonnera pas que le viaduc de la concorde se soit effondré. Il y avait une armature d’acier sur le plan. Et un correcteur est passé par là et a appuyé sur DEL, SUPPR ou je ne sais trop quoi… Bref, le viaduc est tombé comme on le sait. Y a vraiment des coups de pied au cul qui se perdent.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.