Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Adieu la coupe Dunsmore

Qui a dit qu’une partie de football ne pouvait être romantique ? Pourtant tous les éléments étaient réunis pour satisfaire les éternels amateurs du rose : un ciel clément, quelques percées appréciées de rayons de soleil, une probiscuité inespérée et un gars, micro à la main, qui gueulait un charabia incompréhensible. N’est-ce pas convaincant ? N’est-ce pas la lune de miel que toute femme souhaite un jour ?

Malheureusement pour nos oreilles, en ce magnifique et frisquet samedi du 4 novembre dernier, on a été obligé d’endurer l’annonceur-maison du Stade Loyola. J’hésite à dire ce qui a été le plus désagréable : le froid, la cacophonie provenant des haut-parleurs… ou bien le résultat final.

Car, oui, il y avait bel et bien une partie qui avait lieu. Et pas n’importe laquelle. Pour ne pas sombrer dans les clichés, je dirais que c’était un match sans lendemain. Un an plus tard presque jour pour jour, les Carabins affrontaient de nouveau les Stingers de Concordia en demi-finale de la LFUQ. Si l’année dernière nos préférés accédaient à la finale provinciale, les Stingers avaient d’autres plans pour eux en 2006.

Certains, sans scrupule, oseraient sans doute ajouter que ce sont surtout les arbitres qui envisageaient un différend scénario. Par contre, je suis d’un tout autre avis. Si les Bleus ont baissé pavillon face à Concordia 3 à 23, ils n’ont qu’ à se blâmer, et personne d’autre. J’y reviendrai plus loin.

Par ailleurs, la vraie question devrait plutôt être celle-ci : Comment fait-on pour dominer l’adversaire dans toutes les catégories offensives et, à la fin du 4e quart, n’avoir que 3 points au tableau indicateur et subir une défaite par la marge de 20 points ? Faut croire que les revirements en ont été le facteur principal au même titre que la capacité à réussir les gros jeux.

On croyait tous, moi le premier, que notre nouvel idole, le quart-arrière Marc-Olivier Brouillette, allait faire la différence. Que son jeu de pied allait être suffisant pour mener les Carabins à la Terre Promise en Israël… ou à Québec, c’est selon. On s’est tous trompé. Sans être exécrable comme un certain quart-arrière déchu de son poste à la mi-saison (Jonathan Jodoin pour ceux qui ne savent pas lire entre les lignes), Brouillette (13 en 24, 158 verges et 2 interceptions) n’a jamais été une menace pour la redoutable défensive des Stingers. Il a terminé la partie avec une récolte de 14 verges au sol, ce qui est plutôt mince comme récolte, avouons-le !

Une bonne grosse main d’applaudissement à Warren Craney. Sûrement populaire auprès de ses parents et voisin, M. Craney est également le coordonateur de la défensive des Stingers. Il faut vraiment tout vous apprendre. Qu’a-t-il fait de spécial ? Et bien, il a confié le rôle d’espion au secondeur intérieur, en l’occurance Patrick Donovan. En quoi consistait le devoir de Donovan pensez-vous ? C’est bien simple : il reculait de deux ou trois pas à chaque jeu en s’assurant de protéger la zone centrale contre la passe, mais surtout de prémunir son unité défensive d’accorder de longs gains au sol à Brouillette. Il a très bien réussi, n’est-ce pas ?

Puisqu’on en est à lancer les fleurs, aussi bien en profiter pour lancer le pot ! Et il n’y a pas qu’un seul candidat. Un pot à chaque joueur qui était sur le terrain en situation de 3e essai et les buts à la ligne de 1 adverse. Alors que la marque était de 6-0 en faveur de Concordia au 2e quart, suite à deux placements de Warren Kean, ils n’ont pu franchir l’unique verge qui le séparait d’une danse dans la zone des buts. Êtes-vous comme moi et revoyez-vous la scène du film Les héros du dimanche où un certain Al Pacino mentionnait qu’au football, tout est une question de pouce et qu’une seule verge peut parfois faire la différence entre une victoire et une défaite ? Vrai que cela n’aurait pas assuré la victoire aux Bleus, mais mener 7-6 au lieu de perdre par 6 points aurait certainement aidé. Non ?

Puis, une autre fois, au 3e quart celle-là, les Carabins, bien positionnés à la ligne de 10 des Beez après une bombe de 61 verges à Gilbert Grenier, n’ont pu inscrire le majeur, se contentant d’un placement de 22 verges, une résussite de Jean-Luc Lamarche qui réduisait le pointage à 6-3 pour l’ennemi.

Mais c’est à la séquence offensive subséquente des Stingers que s’est jouée la partie. Là où plusieurs fans des Bleus croient toujours que les arbitres ont influencé sur le résultat final. Voici les faits : une interception de Jean-Philip Provencher est réalisée tout près de sa zone des buts. Par contre, une pénalité est décernée à un joueur des Carabins pour avoir rudoyer le quart-arrière Scott Syvret alors qu’il n’était plus en possession du ballon. Donc, les Bleus, au lieu de déléguer l’unité offensive sur le terrain, hérite de 30 verges de pénalité ; 15 pour celle mentionnée ci-haut et 15 de plus pour protestation un peu trop intense des entraîneurs des Carabins. Syvret (9 en 18, 143 verges, une passe de touché) a profité de cette occasion pour ajouter 7 points au tableau indicateur à l’aide d’une course de 6 verges. Et c’était 13-3 pour les Stingers.

La pénalité imposée par les officiels était certes discutable. Elle aurait pu pencher d’un bord comme de l’autre, malheureusement ce n’est pas la décision qu’on aurait souhaitée. C’est dommage, c’est certain. Ce qui l’est davantage, c’est que plusieurs spectateurs de notre équipe en ont profité pour scander en chœur des slogans que j’éviterai de reproduire dans ces pages. Pourtant, les officiels ont été très équitables dans leurs décisions : 7 pénalités pour 92 verges aux Carabins et 10 pénalités pour 95 verges aux Stingers. Mon but n’est pas de faire l’éloge des zébrés, loin de là, mais de regarder une autre perspective et d’accepter que ce sont les joueurs sur le terrain qui ont perdu cette partie. D’un autre côté, j’espérais également que nous, les spectateurs, aurions eu plus de classe dans la défaite.

Cette page tournée, le reste de la rencontre a été à l’avantage des Stingers. Un autre placement de Kean ainsi qu’une passe de touché de 72 verges à Marc Champagne – cher annonceur-maison de Concordia, il faut prononcer Cham-pa-gne et non Champ-paigne – ont scellé l’issue de la confrontation. J’oserais bien demander où était le demi-défensif des Carabins, Hamid Mamouhdi, sur ce jeu, mais à quoi bon ? J’ignore si l’ailier espacé aurait pu être davantage isolé derrière la tertiaire et j’ignore également pourquoi Syvret a eu une éternité pour lancer le ballon… je pense même qu’il a pris le temps de vérifier si ses lacets étaient biens attachés ! C’est tout dire.

On peut dire adieu à la Coupe Dunsmore de l’édition 2006, édition qui était certes prometteuse, à un point où plusieurs s’avançaient sur la possibilité qu’ils soulèvent la coupe cette saison. Finalement, le classement général de la province a été respecté, alors que le Rouge et Or accueillera les tombeurs des Carabins. À la défense des Bleus, les deux généraux de l’équipe – celui sur les lignes de touche et l’autre sur le terrain – soient l’entraîneur-chef Marc Santerre et le quart-arrière Brouillette, en étaient à leur première année au niveau universitaire. Ils ont acquis une expérience qui ne s’achète pas, mais qui se vit.

Bravo aux fans qui se sont déplacés toute l’année en grand nombre – plusieurs d’entre vous étaient parmi les 4212 spectateurs samedi dernier – et merci tout spécialement à l’équipe des Carabins de Montréal pour les émotions vécues en 2006, les bonnes comme les mauvaises. Sur ce, on se dit au revoir et à l’année prochaine !




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+