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La Chair des Arbres : une pièce «branchée» !

Par Wilfred

Avez-vous déjà jouer un arbre au théâtre? J’ai toujours cru que ça serait facile et simple. Tellement que je ne l’ai jamais fait. On me l’a proposé, mais j’ai toujours refusé. Et là, on m’a offert de voir La chair des arbres au théâtre prospero. Un gars, Stéphane Séguin, joue, seul, devant nous, les 25 spectateurs, l’arbre, la fleur et raconte des histoires à travers ces végétaux si utile à l’humanité. Toute une performance. Révéler l’homme à travers l’arbre, sans être plate.
J’était sceptique au début, j’avais peur. Je le pensais débile. Vraiment, il faut le voir prendre une pierre dans ses mains, la lever au ciel en criant : « roseau, rosace, ronce » puis s’échoir sur le sol et rouler par terre: «Tant de choses sur terre, tant de choses fragiles». Puis il avance, et bois de l’eau, comme un chien dans un bocal. «Vaut-il mieux être cueillit (pour une fleur) ou se faire pisser dessus par un toutou d’Outremont ?» On se demande s’il faut rire… mais le publique est silencieux. Puis on embarque. On comprend, on l’écoute et on s’amuse. Vraiment. Il parle de Jacques Cartier qui sauve son équipage du scorbut avec une infusion de cèdre, des Huron et leur façon de conceptualiser l’arbre, de la façon dont nos souvenirs d’enfance ont tous un arbre en arrière plan. Et en peu de temps, on ne s’étonne plus de le voir danser sur la petite scène, énumérant des noms de fleurs, s’habillant d’une branche ou touchant le sable originel. Mais on ne parle pas de feu, j’imagine que le sujet est tabou. Il termine en sous-vêtements, dans une lumière rouge, en criant. Je ne m’attendais pas à moins.

Les textes de Stéphane Séguin prennent racine chez de grands personnages, il récite des textes de Jacques Cartier (oui, le gars du pont!!), Réjean Ducharme, Anne Hebert, Émile Nelligan… toutes ces «vieilles-branches» ont écrit un jour ou l’autre sur les arbres, les fleurs et notre relation avec eux. Les textes, plus d’une quinzaine, s’enchaînent en épisodes fluides et nous portent en image, en sons et en mouvements à travers les émotions, le temps et l’espace.

Si vous n’avez jamais vu de théâtre de près, c’est votre chance. Vous vivrez quelque chose de bien spéciale. De proche. Il n’y a que trois rangées dans la salle. Faut le voir vivre devant nous, tant d’amour et de haine pour les arbres. «Je vais m’emmerder…On risque de dormir comme des bûches». Mais non, ce n’est qu’une heure… et c’est vraiment spécial, on est tellement dedans que c’est même difficile de le quitter des yeux. Et il ne s’éternise pas, quelqu’un s’est même plein que c’était «garoché», mais non voyons, s’il avait pris 2h30 pour nous parler d’arbres, ça aurait été mortel. Mais une heure, c’est vivant, frais, comme une brise dans notre feuillage.

Il vous reste ce soir et demain. (jusqu’au 4 novembre). Allez-y. Ca va vous changer. Un arbre, faut le faire.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.