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Oncle Camé n’aime pas les gens

Cette semaine, c’est Halloween.
Halloween est une fête de cons, faite par des cons pour des cons. Même ceux qui la critiquent sont des cons. C’est pour cela que je ne m’attarderai pas plus sur le sujet.

Bush, lui, a procédé à sa distribution de bonbons en avance sur tout le monde en faisant promulguer une loi, pompeusement baptisée Protecting America, sur l’interrogation et la détention de suspects de terrorisme, qui autorise le recours à la brutalité dans les interrogatoires.

On ne badine pas avec l’amour, encore moins avec la sécurité. Et avec tout le schproum que font les nord-coréens en ce moment, on ne sait jamais. Pour justifier cette horreur, aura-t-on droit à un Colin Powell bis, exhibant une capsule contenant un échantillon de sperme de grenouille en essayant de la faire passer pour de l’uranium raffiné? Il faut toujours se méfier des fausses colombes comme des culottes lourdes.

En parallèle, sortira bientôt dans les salles un excellent documentaire de l’inégal mais parfois brillant Spike Lee, «When the Leeves Broke : A Requiem in Four Acts», qui dénonce l’indigence et l’incurie du gouvernement américain face à la catastrophe humanitaire engendrée par l’ouragan Katrina en Nouvelle-Orléans. Un documentaire qui démontre à quel point l’Amérique est bien protégée.

On peut retrouver dans ce doc de Lee, entre autres personnalités noires américaines célèbres, un certain Harry Belafonte, grand acteur et chanteur des années 50 qui fut lié d’une amitié profonde avec Martin Luther King. En 2003, pour décrier l’attitude belliciste et suiviste de Powell sur le dossier irakien, Belafonte, qui partage les mêmes origines jamaïcaines que l’ex-secrétaire d’état, osa se fendre de cette déclaration: «Au temps de l’esclavage, il y avait les esclaves qui vivaient dans la plantation et ceux qui vivaient dans la maison. On avait le privilège de vivre dans la maison si on servait le maître comme il voulait être servi. Colin Powell est venu dans la maison du maître. Et s’il ose suggérer autre chose que ce que le maître veut entendre, on le renverra dans les champs». Cette déclaration fit grincer des dents au sein même de l’intelligentsia noire américaine, qui somma l’ami de présenter des excuses au principal intéressé. Chose qu’il ne fit évidemment pas.

Cette histoire, dont je n’ai pris connaissance que récemment, me rappelle une anecdote qui circulait chez les Black Panthers dans les années 70 et qui est rapportée par Chester Himes dans l’un de Ses romans. (Petite parenthèse, Chester Himes est un célèbre auteur de polars se déroulant à Harlem, au souffle aussi puissant que celui de Charlie Parker, saxophoniste génial, camé et alcoolo qui, est-il besoin de le préciser, révolutionna le jazz. Un auteur que je conseille, même si je n’aurai pas l’outrecuidance de le placer parmi les classiques de la littérature).

Mais voilà l’anecdote. Avant une révolte générale dans le sud des États-Unis où les domestiques noirs avaient l’intention de flinguer les maîtres chez qui ils bossaient et de brûler leur propriété, un esclave noir hésitant s’ouvrait à un copain venu s’enquérir de son adhésion à l’action pour le lendemain : «je suis bien emmerdé parce que mes proprios sont plutôt sympas avec moi et ma famille, et bien que je sois d’accord sur le principe, je n’ai guère envie de les trucider». «Je suis dans le même cas que toi, lui réplique son pote, mais ça peut facilement s’arranger: je viendrai trucider les tiens pendant que tu iras exécuter les miens».

À cause de son antiaméricanisme primaire, cette anecdote a toujours eu le don de me réjouir. Tout comme le jazz me réjouit pour d’autres raisons plus nobles. Mais elle illustre aussi le fait que dans les esprits des plus sincères des jusqu’au-boutistes, la demi-mesure n’existe pas. On est avec eux, ou contre eux. Du côté de l’opprimé ou de celui de l’oppresseur. Et cela mène parfois à de fâcheuses conséquences, comme dans le cas de cette anecdote. Powell méritait-il d’être trucidé pour ses clowneries à l’ONU? Verbalement, oui. Et Belafonte s’en est bien chargé.

Mais on vit également une sale époque. Je ne voudrais pas justifier les paroles du malicieux domestique trucideur, seulement, des fois, l’être humain désespéré est confronté à des putains de dilemmes. Des dilemmes qui mettent à jour toute la misère de la condition humaine dans ce qu’elle a de plus contradictoire (Malraux en a fait un roman). Des dilemmes difficiles à admettre pour ceux qui n’ont jamais subi les affres de l’humiliation et de l’oppression.

O.C

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