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Edgar Bori (vrai)

Il y a dix ans – qui s’en souvient ? – Charlebois prétendait être Le chanteur masqué. Mais il est temps de le dire, le vrai chanteur masqué s’appelle Edgar Bori. Vous ne le connaissez pas, pourtant, il vient de sortir son sixième album et il vit dans votre ville. Et cette semaine, il a occupé la scène idéale du Gesù offrant un spectacle mémorable, avec pénombre et entracte.

À l’abri des contingences commerciales, Bori vit dans une utopie appelée « chanson » et jouit d’une liberté assez enviable. Ses valeurs ont un arrière-goût de paradis perdu : dépouillement, humanité, poésie, bref, pas de quoi exciter MTV. Metteur en scène de son propre show, il exhibe un univers de parfait saltimbanque : malle, vélo, fleur, parapluie, livre, valise à roulettes, etc. Et pour donner plusieurs têtes à son spectacle, l’auteur-compositeur-interprète cède parfois la scène à ses musiciens et choristes.

Tiens, parlons-en, de ce band anti-conformiste. Solidaires à leur chef, les sept acolytes de Bori portent eux aussi le masque pendant la première partie. Sous la direction musicale éclatée de Jean-François Groulx, ces chanteurs et multi-instrumentistes passent naturellement des instruments habituels aux moins banals (tuba, accordéon, ukulélé, harmonica, planche à laver, basse au pied, xylophone et talk-box). Parmi eux, Rick Haworth, solide guitariste de Rivard et de Bélanger et tubiste du dimanche, ainsi que les deux facétieuses choristes, Josianne Paradis et Gaële.

Pour faire un Bori, prenez la voix de Lelièvre, le vibrato de Reggiani, le romantisme de Lama, le sérieux de Luc de la Rochelière et la poésie de Pierre Lapointe. Ajoutez une dose d’imprévu, et secouez bien pour faire tomber les paillettes. Cachez le tout derrière un masque, en contrejour, dos au public, sous l’ombre d’un chapeau, d’un parapluie ou dans la coulisse. Vous n’obtiendrez qu’une vague évocation du bonhomme, allez plutôt l’entendre sur scène ! Attendez-vous à de la chanson, mais soyez ouvert aux styles jazz, western, salsa, fanfare, contemporain, folklorique, bossa nova… alouette ! Seule constante : cette voix d’homme enveloppante et secouée d’un trémolo désuet façon « chanteur français ».

Au rayon des occasions manquées : ce masque qui, au lieu d’être une cachette, pourrait soutenir l’expression scénique. Sans aller jusqu’à la commedia dell’arte, la mince silhouette du chanteur pourrait vivre et occuper vraiment l’espace, comme le font si bien ses équipiers. Son statisme renforce cette impression de froideur, alors qu’on voudrait voir Bori s’allumer et changer de ton au gré des ambiances. Et, il faut l’avouer, ses efforts de camouflage finissent par lasser et gruger une part de l’attention qui devrait revenir aux textes.

Cette contrainte est peut-être le prix de la liberté. Liberté de n’être qu’un personnage, d’insérer un numéro de cirque au milieu du récital ou encore d’asseoir ses musiciens devant le génial vidéoclip de Dans ce monde poutt poutt (courez le voir sur www.bori.com).

Au fait, j’ai vu le visage de Bori! À quoi il ressemble? Poutt poutt poutt




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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