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The TIGER LILLIES

L’Usine C était hôte du groupe londonien pour leur première foulée 2006 du sol nord-américain. Ils offrent un nouveau spectacle dont le seul titre en dit long: Danses Macabres. Pittsburgh, New York, Toronto, etc., les attendent prochainement.

Les trois hommes entrent sur scène, l’air sobre et posé d’un meurtrier résigné à accomplir sa tâche. Ils portent trois costumes dont on pourrait en dire long sans vraiment arriver à les décrire : burlesque? Absurde? Macabre? L’économie de paroles demeurera un élément clé tout au long de leurs «Danses Macabres». Le cas échéant, de leur bouche sortent des combinaisons de mots que plusieurs voudraient voir à l’index. La foule rit, et le paradoxe est encore plus fort. La recette est gagnante: sobriété dans l’attitude et décadence dans les propos.

Au-delà du verbal et du non-verbal restent des airs musicaux uniques. Le groupe, en opération depuis 1989, a produit depuis 12 albums dont 2 opéras, un disque avec le Kronos Quartet et un autre live en Russie. Auparavant, ils ont travaillé avec Iggy Pop et Malcom MacLaren. On dit d’eux qu’ils rassemblent sous un même son la musique manouche, Kurt Weil et le «gros son anglais».

Les Tiger Lillies nous valsent tantôt à la mélancolique mixture de la voix d’opéra de Martyn Jacques et de son piano, tantôt avec un afflux de musique «style cabaret» à l’accordéon et contrebasse bien rythmés. La voix du chanteur est en elle-même un must. Autrement, l’audience est ravie par la diversité qu’offre la batterie artisanale du batteur.

Le contrebassiste surprend lorsqu’au cours du spectacle il troque sa basse pour une scie égoïne. Armé d’un archet, une extrémité de la scie coincée entre les jambes, le résultat est un fond musical creepy style maison d’horreur, fantomatique et lugubre. Parfois on plongera dans le «gros son», dans le trash et la tempête, mais plus souvent qu’autrement on est déchiré par des sentiments contraires: joie pour la musique et tristesse pour le texte, mélancolie musicale et rire de l’absurde.

C’est bien ce qui frappe le plus dans la salle, les éclats de rire à l’écoute des paroles: «When I’m tired of all the murders, when I’m tired of all the rapes, I kick a little baby, or maybe an old lady, I kick a little baby down the stairs». Ma préférée: «Mary is going down on the Lord». La façon d’aborder les textes est prenante. Directe et inusité, scabreuse et grotesque, elle déroute. Drogues, prostitutions, meurtres, horreur, blasphèmes et misère sont le matériel brut des textes. On espère qu’ils ne pensent pas ce qu’ils disent. Si c’est le cas, alors on espère que ce ne soit pas arrivé pour vrai. Sinon…

Ceux qui ne prendront pas le contenu du spectacle au pied de la lettre croiront sûrement à un fou rire bien déguisé. Sous le costume trois pièces et le sérieux d’Adrian Stout, contrebassiste, et les bouffonneries surréalistes du batteur Adrian Huge, armé d’une panoplie d’objets avec lesquels il donne vie aux textes, se cache autre chose. Est-ce une satire? Il vaut toujours mieux en rire qu’en pleurer. Le chanteur a vécu dans un squat minable au-dessus d’un bordel du quartier Soho de Londres, un quartier où les thématiques abordées dans ses textes sont monnaie courante. Est-ce une ode à la misère? À vous de juger, ils reviendront sûrement l’an prochain!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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