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Une victoire in extremis

Samedi 15h45. Arrivée de votre modeste journaliste et décompte de quinze minutes avant le botté d’envoi. Le représentant du Polyscope est en terre étrangère, mais il ne se laisse pas intimider : le froid n’a pas eu d’effet dissuasif sur son plan de match présenté conjointement par Labatt et Lafleur. En fait, il accentue le rythme, engloutit les Bud et les hot-dogs à une cadence accélérée, car il sait qu’il n’existe pas de meilleure protection contre l’hiver.

Date : 21 octobre. Lieu : Sherbrooke. Acteurs : les protagonistes sont les Carabins et les vilains sont incarnés par le Vert et Or. Scénario : une partie revanche digne d’Hollywood opposant deux équipes dont les résultats sont… à l’opposé. Que d’ironie !

Si les Carabins se sont présentés à Sherbrooke fort de quatre victoires consécutives avec une attaque tout feu tout flamme, les locaux affichaient une séquence de trois défaites – dont celle de 13-33 au CEPSUM, il y a à peine trois semaines – et une très douloureuse pour leur espoir d’accéder aux séries d’après-saison, suite à leur débandade de la semaine dernière vis-à-vis de McGill (14-33).

Suite à cette débâcle, votre fidèle journaliste a fait un rapide calcul, qui est tout sauf scientifique. D’une part, il y a McGill qui bat Sherbrooke et d’autre part, la même équipe de McGill qui se fait ridiculiser par notre équipe favorite. Imaginez la comédie qui allait se produire à Sherbrooke ! Et ça tombait à point, votre chroniqueur avait une envie folle de rire.

Samedi 16h00. Le sifflet officiel résonne et le ballon, frappé avec force. Pas de pitié pour les retardataires et ceux qui ont continué de tailgater dans le stationnement : il n’y avait pas une seconde d’écoulée au cadran que Sherbrooke avait pris les devants par un point, avec un coup de pied de 76 verges qui s’est arrêté à l’extrémité de la zone des buts. Vous avez bien lu ! J’espère qu’il a pris le temps de remercier… le vent qui sévissait et la gravité, qui fut un de ces retardataires !

Le premier jeu à l’offensive des Carabins laissait présager un long après-midi court en réjouissance pour l’équipe sherbrookoise. En effet, le nouveau quart-arrière partant, Michael Vick, a vu l’ouverture et a parcouru une distance de 53 verges. Bon j’avoue, ce n’était pas Vick (le cheval de course et superstar des Falcons d’Atlanta de la NFL), mais c’était pareil. Marc-Olivier Brouillette (Éthique et droit) a gardé la défensive du Vert et Or sur le qui-vive tout au long de la rencontre comme en fait foi ses 118 verges au sol. Pour les incultes, il est rarissime qu’un quart-arrière amasse plus de 100 verges en une rencontre et encore plus, de le voir trôner au septième rang de la LFUQ (Ligue de Football Universitaire du Québec).

Mais un jeu ne fait pas une partie. Après que le botteur des Bleus, Jean-Luc Lamarche, ait donné trois points à son équipe en vertu d’un placement de 12 verges, nos favoris se sont métamorphosés. Et pas pour le mieux, vous vous en doutez ! C’était horrible. Très laid. J’allais voir une comédie… pas un film d’horreur !

Voici un résumé de la première mi-temps des Carabins : des mauvaises remises à Brouillette, des receveurs aux mains pleines de pouces – Michaël Shousha qui échappe le ballon alors qu’il était fin seul -, Mroué qui fait cadeau du ballon à l’adversaire deux fois. Un peu plus et il prenait le temps de l’emballer !

Et la défensive dans tout ça ? En trois mots: Pi-toy-able ! Le 2e quart a été la pire prestation offerte depuis le désordre du quatrième quart lors de la première partie de la saison contre Laval. Or, ce n’était pas Laval, mais… Sherbrooke. Tout d’abord, une course de Pascal Fils de 10 verges qui remettait le Vert et Or en avant 8-3. Puis, Samuel Giguère, le receveur éloigné le plus productif au Québec, a ajouté deux touchés à sa fiche, ses 4e et 5e réussites de la saison. Le premier, suite à une passe de 76 verges de Jean-Philippe Shoiry. L’autre fut assez cocasse : une passe-course de 83 verges d’Alain Dorval, qui a échappé le ballon à la ligne d’un des Carabins, pour finalement être recouvert par Giguère dans la zone des buts. C’est ce qu’on appelle être à la bonne place au bon moment.

Par la suite, un placement de chaque bord a permis au Vert et Or de retourner aux vestiaires avec une avance de 24-6 pour le pur plaisir d’une foule incrédule de 4932 personnes.

Après un 3e quart somnifère, dénudé d’action et de point et auquel je me dois de remercier le café gratuit, vos Bleus se sont sortis de leur long coma. Faut croire que quand on dort trop longtemps, le réveil est brutal ! À l’instar de l’émission Transformation extrême, on a modelé du beau avec ce qui existait de plus laid. Ça prenait un touché rapide des Carabins tôt au 4e quart pour maintenir l’espoir. À juger par leur performance jusque-là, valait mieux espérer une danse en privée de Shakira qu’un late comeback, comme le disent si bien les Mexicains.

Une course de 19 verges de Brouillette, encore lui, bonne pour le touché a réduit l’écart à onze points. C’était 24-13 pour Sherbrooke, mais c’était surtout une nouvelle partie. Il était évident que le momentum venait de changer de camp. Suivait un touché de sureté accordé par Shoiry et un autre placement de Jean-Luc Lamarche, 32 verges celui-là, et le tableau indicateur affichait un résultat de 24-18 en un clignement de paupière. Faut dire que la partie était finalement excitante et on ne voulait rien louper de l’action !

C’est ainsi que Brouillette, qui a démontré ses qualités athlétiques tout au long de la rencontre, s’est une fois de plus distingué. Avec moins de six minutes à disputer à la rencontre et l’offensive des Bleus en territoire ennemi à la ligne de 46, il a décoché un missile dans les mains de Shousha qui s’est assuré d’en maintenir possession cette fois-ci. Et voilà le touché de la victoire, et un 2e en autant de partie pour le receveur de troisième année. Le Vert et Or concèdera un autre touché de sureté, ce qui s’avèrera être les derniers points d’une rencontre folle en rebondissement et remportée par les Carabins 27 à 24.

Pourtant, sur le touché victorieux, le jeu d’attiré – feinte de remise à Mroué – n’avait rien de menaçant ; la couverture étant excellente, si ce n’est d’un secondeur du Vert et Or qui a mordu à pleines dents à la feinte de remise, le même qui se devait de couvrir Shousha.

Un jeu d’enfant pour ce dernier et du coaching d’enfant pour l’entraîneur de la défensive sherbrookoise. Appelé une défensive homme à homme avec un secondeur réserviste qui se les gelait sur les lignes de touche, et tout ça pour pénaliser l’excellent Charles Beaubien, qui venait de faire une erreur. Est-ce ça, regretter une décision ?

Peu importe, les Bleus ont gagné et on a finalement un véritable quart-arrière, en Brouillette. Ça fait maintenant cinq victoires de suite pour les détenteurs de la septième position au pays, eux qui accueilleront samedi à 12h la redoutable équipe de Laval, invaincue cette saison, et numéro un au Canada. Quelle équipe des Carabins va se présenter : celle qui se faisait humilier par le Vert et Or ou bien celle qui nous a fait écarquiller les yeux au 4e quart?

On se donne rendez-vous samedi prochain. Peut-être reste-t-il encore un peu de magie ?

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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