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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Le Mozart de Montréal

« Je ne peux pas vous dire qui je suis, seulement que vous êtes la seule personne en qui j’ai confiance (…) et c’est à vous que je remets cette partition. » Tels étaient les mots qui accompagnaient le paquet que reçut un jour chez lui le pianiste Alain Lefèvre. À l’intérieur se trouvait la Rhapsodie romantique d’André Mathieu, composée en 1958.

L’expéditeur-mystère avait vu juste, Alain Lefèvre a effectivement pris grand soin de cette œuvre oubliée. Le 11 octobre dernier, il effectuait le lancement de l’album Rhapsodies, son tout nouvel enregistrement avec l’Orchestre Symphonique de Montréal, sur lequel on retrouve, en première mondiale, la Rhapsodie romantique de Mathieu.

Né en 1929 d’un père compositeur et d’une mère violoniste, André Mathieu est le trésor musical encore trop bien caché de Montréal. Pris sous l’aile de Rachmaninov qui voit en lui son successeur, ce jeune prodige du piano et de la composition donne très jeune des récitals à Montréal, Paris et New-York. Lorsqu’il joue, à l’âge de 13 ans, son Deuxième Concertino avec l’Orchestre philarmonique de New-York qui vient de lui décerner le premier prix d’un concours de jeunes compositeurs, Rachmaninov déclare alors : « C’est un génie, bien plus que je ne le suis moi-même. ». Malheureusement, pour des raisons obscures, les compositions d’André Mathieu sont ignorées à partir des années 1950 et sa carrière décline. Celui-ci meurt à l’âge de 39 ans dans la pauvreté, l’indifférence générale et l’ostracisme des milieux musical et politique.
Avec cet album, Lefèvre met brillamment fin au combat qu’il livre depuis 20 ans : celui de réhabiliter l’œuvre de Mathieu. Portant pantalon de cuir et verres fumés (la lumière sur les partitions lui a fatigué les yeux, nous dit-il), ce musicien classique des temps modernes a profité du lancement pour faire plusieurs annonces. Il confie à Gilles Bellemare, qui a réorchestré la Rhapsodie romantique, le travail à faire sur les partitions de Mathieu (des centaines d’ouvrages dorment encore dans des caisses, en attente d’être classés, joués, réorchestrés et publiés), à Georges Nicholson la rédaction d’une biographie et à Luc Dionne la réalisation d’un film sur ce Mozart de Montréal. Quant à lui, il continuera bien sûr de jouer partout dans le monde l’œuvre de Mathieu qu’il aime tant. Il souhaite également faire sortir de l’ombre d’autres compositeurs d’ici, méconnus bien qu’ils aient pourtant, eux aussi, créé des œuvres sensationnelles.

Au terme de 20 ans de travail sur Mathieu, j’ai donc eu ce soir-là le plaisir de rencontrer un Alain Lefèvre fébrile, ému, humble, et qui ne voulait pas parler trop longtemps de peur « de nous embêter ». Arrête ton cinéma Alain! Avec ta belle voix et tout juste ce qu’il faut de français dans l’accent pour être parfaitement charmant, on t’écouterait parler presque aussi longtemps que l’on t’écouterait jouer…

Figurent également sur ce magnifique album qui sera en magasin le 17 octobre la Rhapsodie sur un thème de Paganini, opus 43 de Rachmaninov ainsi que la fameuse Rhapsody in Blue de George Gershwin. Et puis pour la belle voix d’Alain et ses propos toujours fluides et impeccablement exprimés : Espace musique, 100.7 FM, le dimanche matin à 10 heures.
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Rhapsodies,
Mathieu, Rachmaninov, Gershwin, Orchestre Symphonique de Montréal, piano : Alain Lefèvre, chef d’orchestre : Mathias Bamert, disponible à compter du 17 octobre 2006.
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