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The Akron Family

Vite ! Un apéritif! On s’enfile une bonne bière (ouf ! Le Nationale n’offre pas que des produits Molson ou Labatt!), puis une autre. Au menu ce soir : The Akron Family. Nous arrivons mystérieusement en avance, contrairement à l’habitude, ce qui nous donne le temps de nous mettre dans l’ambiance. Celle-ci sera plutôt festive. Je m’en doute bien, les ayant déjà vus à la Sala Rossa, il y a environ deux ans. Excellent souvenir. Une bouteille à la main, nous nous déhanchons nonchalamment sur des airs funks, attendant le début du spectacle. La salle et ses quelques badauds font de même. Ça s’annonce bien. Tiens, on nous sert justement l’entrée.

En première partie, Born Ruffians. Jeune trio ontarien au chanteur rachitique. Ils nous gratifient de quelques bonnes tounes bien rythmées par la batterie, la basse et la guitare électrique, sombrant dans le trash par moment (ouais!), pour retourner ensuite à un rythme plutôt rock à des mélodies, disons, plus accrocheuses. C’est la voix du jeune chanteur Luke LaLonde qui attire l’attention, démontrant son potentiel non négligeable et qui nous accroche inévitablement à la musique. Cette dernière ne manque pas d’originalité, mais, peut-être par sa simplicité, donne l’impression d’une immaturité qui s’entend; ou se sent? Peu importe, à revoir dans quelques années, s’ils existent encore.

La salle se réchauffe et se remplit tranquillement pendant qu’on nous offre encore une fois du funk en guise de musique d’entracte. Quelques petits pas de danse tout en regardant la scène se remplir d’instruments de musique sous nos yeux : ukulélé, batterie, guitares, trompettes, saxophone, mandolines… Je sens qu’on évolue. Mais, ce n’est pas encore le temps du plat principal, nous avons droit à une autre entrée, disons le potage : Beirut. Devant nous, huit multi-instrumentistes lancent leur musique avec énergie et sans aucune hésitation. C’est la fête dès le premier morceau ! Devant leurs sourires extasiés, on sent que leur soirée a débuté bien avant leur montée sur les planches. On navigue sur une musique absolument gitane appuyée du violon, de la contrebasse et de l’accordéon, puis les cuivres qui s’ajoutent soudainement, accompagnés des nombreuses cordes déjà présentes, leur donnant par moments des airs de mariachis. On retrouve surtout cette ambiance caractéristique de l’Europe de l’Est que le jeune leader du groupe, Zach Condon (voix de « crooner » fascinante), a visité lors d’un long voyage probablement… alcoolisé. Sur la scène, on croirait une gang de potes en train de festoyer dans un pub au cœur de la Croatie, tolérant même avec complicité l’ivresse frappante d’un de leurs membres. Pour le dernier morceau, nous avons droit à une chanson de beuverie slave avec tout l’orchestre qui rejoint le public pour hurler son envie de faire la fête. Atmosphère démente, je me vois moi-même dans ce pub, ma bouteille se transforme en buck, la table est mise pour The Akron Family.

Malheureusement, ce qui devait être le plat de résistance me laissa quelque peu sur ma faim. Et je mets l’entière responsabilité de cette déception sur l’enthousiasme délirant de la foule, et sur celle de ce groupe de quatre chanteurs et musiciens aux rôles bien équilibrés. Je m’explique. The Akron Family est vraiment capable. Je le sais. Musique rock indescriptible, frôlant parfois un country folk à la cadence égayée, puis tombant dans un progressisme rappelant celui des années 70, le tout extrêmement imaginatif, coloré, inventif, absolument entraînant, puis planant. Les refrains souvent chantés à quatre voix simultanées nous saisissent, on tape du pied et on brasse la tête sur les rythmes lourds et saccadés des guitares électriques, puis on se surprend à frapper des mains sur de jolies mélodies aux airs de comptines parsemant ici et là leur musique qui peut soudainement s’envoler vers un psychédélisme désarmant et parfois même agressif. C’est ce dont ils sont capables et ce à quoi je m’attendais. D’ailleurs, je pense sincèrement que c’est ce qu’ils avaient prévu nous balancer dans les oreilles.

Mais voilà, les spectateurs bouillonnent et les musiciens s’emballent dans un besoin de festivité palpable. Dans un souci constant de supporter ce climat de réjouissance, ils donnent au spectacle des allures d’immense jam où la foule, abusivement incluse, laisse le quatuor nous soûler d’incantations réitérées excessivement. Les répétitions aux airs de mantras – pour embarquer une assemblée de toute manière déjà gagnée – n’en finissent plus. Le groupe peine à se détacher d’un bon rythme qui s’use avant de se terminer, les envolées se font attendre si longtemps qu’elles déçoivent par leur brièveté, des phrases maintes fois scandées commencent à m’agacer… J’ai hâte qu’on passe aux choses sérieuses, mais on ne le fera pas. The Akron Family sacrifiera une bonne part de sa substance au profit d’une fougue mal contrôlée, pour que nous gardions la cadence, pour, j’en suis sûre, faciliter l’intégration des groupes précédents venus se joindre à eux. Ainsi, la très longue finale se rapprocha plus de l’orgie romaine ou d’un délire hippy que d’une vraie fusion musicale. Bref, un concert déconcertant, une véritable kermesse surprenante. Mais malheureusement ils nous gavèrent tant d’amuse-gueules qu’il n’y eut plus de place pour le repas, encore moins pour le dessert, nous laissant sur une désagréable impression : celle d’être passés à côté de quelque chose de vraiment génial.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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