Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Rêver à RIEN

On est mercredi soir et ma mère viens de m’offrir un verre de vin. Je suis content. C’est du vin rouge, et il coûte cher. Ça veut dire qu’il est bon. À moins qu’il coûte juste cher et qu’il soit mauvais? Je ne crois pas, on l’aurait su et ils auraient arrêté de le produire. Non?

Mercredi… J’étais content parce que ma mère voulait me faire plaisir en m’offrant du vin. Elle m’aime voyez vous?! Et à 23ans, ma mère fait encore mes lunchs. J’ai des carottes coupées, et une salade de fruits pour les vitamines.

Alors mercredi soir, j’ai commencé à boire le vin. Puis j’ai commencé à me sentir plus à l’aise avec ma mère. Je lui ai parlé de mes difficultés en français écrit, et dans un élan d’échange d’émotion, elle m’avoua qu’elle ne savait pas ce qu’était une racine carrée. Je ne savais pas comment lui dire. C’est vrai, je ne sais pas comment on a pu me l’enseigner? C’est si compliqué une racine carrée. Ce qui est compliqué dans la racine carrée, c’est qu’elle pose une question. Elle demande à l’égalité qui est-ce qui, multiplié par lui-même, donne celui qui a demandé la question. Tu vois? Comme dans la discussion suivante entre M. Racine et Madame Égal:
– M. Racine de 9 : «Qui est-ce qui, multiplié par lui-même, me donne?»

  • Madame Égal : «Je crois que c’est 3. »
  • M. Racine de 9 : «Mais pourquoi n’es-tu pas sûr de toi?»
  • Madame Égal: «Mais c’est que je suis parfois obligé d’approximer ma réponse, c’est une habitude. »

Ma mère ne comprend les maths que si je parle en nombre de pommes ou que je les représente humainement et qu’ils parlent. Mais là je crois que je l’avais perdu. Moi qui voulait introduire M. Intégrale et ses folles aventures trigonométriques dans la prochaine scène. J’étais déçu.

En abandonnant, ma mère m’a donné plus de vin.

En buvant mon rouge, j’ai commencé à m’étendre dans le fauteuil. Calmement, en écoutant la télévision.

On était mercredi.

… Mercredi! Ah! Là je comprends pourquoi elle me donnait autant de vin! Elle voulait m’endormir pour pouvoir écouter ses «prôgrrrammes» tranquille. Ça fait que j’y ai dit:
«Tes programmes plates tu peux te les fourrer dans le……….. zzzzzzzzzz»

J’en revenais pas, je m’étais endormi. C’est drôle dormir. Et en plus tu le sais même pas. T’es là, convaincu que tu vis, mais tu dors. C’est pas grave parce qu’il ne peut rien t’arriver quand tu dors. En plus, en position fœtale, t’as moins de chance d’avoir froid et tu protèges tes organes vitaux des coups de pied que tes amis pourraient te donner pour te faire rire.

Tu dors et t’es là à rêver que tu couches avec la fille dans ton cours, mais elle, elle ne le sait pas que t’as couché avec. Pis là, le lendemain quand tu lui fais un clin d’oeil plein de complicité, elle te regarde comme si t’étais un inconnu. Et là tu te dis : «Mais comment Fatma peut-elle me faire ça après la nuit d’amour qu’on a eu?» Tu lui touches l’épaule et elle te demande : «Quoi?!!»

Moi j’aime pas ça dormir, toutes ces fausses illusions, ces moments, à penser que tu vis mais à rien faire.

Ce à quoi j’ai rêvé ce mercredi soir dans mon fauteuil? À rien. Pour une fois que je rêvais à rien. Un grand fond noir avec RIEN écrit en rouge. Quatre lettres. Je ne comprenais rien. Je ne voyais pas ce qu’il y avait à comprendre. J’étais respectueux de ce que je voyais. Je ne voulais pas déranger. Alors je n’ai rien fait. Et puis j’en ai eu assez de ne RIEN voir, je me suis donc réveillé.

Assis dans mon sofa, j’étais perplexe. Troublé en fait. Mon inconscient devait se trouver drôle. Pas moi. Il est ridicule de rire de moi avec RIEN. Je ne pouvais pas le laisser rire de moi impunément. J’ai donc décidé de le renier, de ne plus dormir. Le problème, c’est qu’après quelques heures seulement, j’étais encore fatigué. Je ne supporte pas très bien la fatigue. En général, je commence à délirer, puis je deviens agressif et finalement je pleure. Alors le lendemain, quand j’ai commencé à pleurer, je suis allé me coucher. Et vous savez quoi? J’ai eu juste des beaux rêves normaux. Pas de Fatma, pas d’histoire de fou, pas de RIEN.

Quand je me suis réveillé, ma mère dormait. Je n’ai pas voulu la réveiller.

Et je crois que c’est pour ça que le Viaduc de la Concorde est tombé… pour RIEN.

<< Truc précédent|Truc suivant >>

Mots-clés : Le truc à Renaud (27)

Articles similaires

La Probiscuité

15 septembre 2006

J’aime les Chinoises, grosses et petites, rondes et minces. Pourquoi les Chinoises en particulier, je ne sais pas. C’est une forme de discrimination raciale positive. Il y a quelque chose qui me fascine dans leur façon de penser. C’est comme si le fait d’être si nombreuses les avaient forcés à purifier leurs idées. Je n’ai jamais lu de littérature chinoise, mais je suis adepte de leurs biscuits de fortune. Quelle belle invention. Avec moins...

Voodoo Homemade

16 mars 2007

De tous les temps, les humains ont eu recours à des symboles pour accessoiriser leur spiritualité. Il y une foule d’objets sacrés servant à lier Ciel et Terre. Ces objets donnent souvent le ton de la religion et font ressortir la mécanique de son emprise sur les humains. Certaines religions sont basées sur la reconnaissance d’un sacrifice fait par un prophète ou servant d’inspiration à un mode de vie. D’autres font tout simplement peur....

Renaud chez les fous!

23 février 2007

Polytechnique est une école de fous. Partout les gens courent et boivent du café. Du café pour courir plus vite, et puis de la gomme… pour mâcher plus vite. La cadence effrénée isole les étudiants dans une espèce de bulle d’étude qui rend assurément fou. Peu après être arrivé à Poly, tous les étudiants reçoivent une dose de délire. Certains se promènent le crâne rasé d’une fausse calvitie ou tout simplement déguisé en vache....




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.