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Géométries politiques

« Tous pourris. » Voilà un adage en politique qui a de beaux jours devant lui. En gros, ça veut dire : de gauche comme de droite, les politiciens sont tous pourris. Le barycentre de la pourriture politique se trouve certainement dans l’indifférence du cœur des électeurs qui n’en ont vraiment rien à ficher.

Moi je suis de gauche, de la gauche caviar. Celle qui s’émeut d’un rien et qui se soûle de beaucoup. Chacun son camp. Moi j’ai choisi le mien. Sur la ligne rectiligne qui part de l’extrême droite à l’extrême gauche, passant par le très controversé extrême centre, je suis aux coordonnées (-5), le vertige abyssal du zéro m’ayant exclu du camp des centristes — pourtant majoritaire.

Ce n’est pas par manque de sentiments que je ne suis pas de droite. La droite a des qualités incontestables telle que la richesse. Mais détrompez-vous, les gauchistes sont riches aussi. Regardez plutôt les Michel Chossudovsky, les Jack Layton, les Omar Aktouf et les Léo-Paul Lauzon. Personne ne s’offusquera à ce que je rapporte ici les propos pleins d’esprit du prof de gauche des HEC, qui colporte avec ironie : j’aime manger, j’aime les écrevisses, mais je suis pour la justice. C’est pour ça qu’ils publient tous chez Écosociété, les gauchos. Lauzon lui-même rapporte avoir des REER bien planqués pour ses vieux jours. C’est dire si il est riche !

Il y a pourtant un charme hypnotique dans la richesse de droite. Celle des nantis, celle qui manipule l’opinion publique. Elle est dotée d’un pouvoir de persuasion que l’on comprendra sans peine à l’énumération attentive des mass medias qu’elle contrôle. Mais il fallait choisir son camp, et je n’avais pas sur moi le capital nécessaire pour investir dans la pensée unique. C’est quand même plus pratique de lire les journaux gratuits : Alternatives, L’Aut’journal — avec une apostrophe, pour apostropher.

Je dis que je suis de gauche, je ne dis rien. Je suis tombé récemment sur un courant qui m’a scié les jambes. Le libertarianisme, vous connaissez ? C’est nouveau. Bon chic bon genre. Mais si, vous connaissez certainement. Il y en a même qui votent pour. On appelle ça l’ADQ au Québec. Avec Mario Dumont pour idéologue. J’ai failli m’étouffer de rire en apprenant ça. C’est quand même drôle si on imagine Mario Dumont en anarchiste du plateau. D’autant plus qu’anarchie est synonyme de foutoir sur l’échiquier politique. C’est pourtant vrai. Le libertarianisme a des relents anars. Ça ne s’habille pas en noir, mais presque. L’idéologie est née au États-Unis. Comme ils étaient proches des libéraux et qu’ils ne voulaient pas foutre le bordel, ils se sont appelés les libertariens (et non pas l’hiver t’as rien), pour ne pas qu’on les confonde avec les libertaires.

Le problème est que cette idéologie bouleverse la géométrie politique telle qu’on la connaît, traditionnellement. Elle rajoute une seconde coordonnée. Le changement d’espace vectoriel est assez hallucinant. Selon un certain David Nolan, la politique comporte deux axes avec deux vecteurs indépendants pour famille génératrice : la liberté économique et la liberté individuelle. Le libertarianisme se situe à l’extrême des deux axes, supérieurs à tous. Mathématiquement parlant, nous devrions tous être libertariens. Pire encore, il y en a des illustres, comme Richard Branson, le patron de Virgin, Jimmy Wales, cofondateur de Wikipédia.

Ça alors… On ne sait plus à quel sein se vouer. Mais regardez plutôt le coup tordu qui est là. Les anglais traduisent libertaire en libertarian. Les français traduisent libertarian en libertarien. Une moulinette qui pourrait tourner comme ça continuellement. Un peu comme femme, qui a donné meuf, qui a donné feumeu. Et personne n’est à l’abri de l’émergence d’une troisième dimension — celle de l’intérêt de la population — qui introduirait en politique le concept de relativité générale d’Einstein. Imaginez un instant une politique à géométrie variable. Mais à propos, comment on dit « Tous pourris » avec trois variables indépendantes ?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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