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Sous le pont d’Avignon

Les Gaulois n’ont peur que d’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête. Depuis cette semaine, les Québécois aussi. Par contre, en ce qui nous concerne, le ciel prend la forme d’un pont en béton. Depuis la chute dramatique du tablier du viaduc de la Concorde, une quantité innombrable de doigts ont pointé dans toutes les directions cherchant à trouver et à comprendre le pourquoi du comment.

Les vrais responsables? Comment savoir? Une enquête à évidemment été ouverte et tous y vont de leurs théories. Les ingénieurs ont mal fait la job… Les ouvriers ont botché la construction… ou l’entretien. Les inspecteurs n’ont pas été capables de prévoir l’incident… Chaque pont est d’ailleurs inspecté annuellement et le pont en question aurait justement été inspecté une heure avant sa chute fatidique puisque des morceaux de béton s’en seraient détachés. Forcément, les politiciens n’y échappent pas. Toutes les raisons sont bonnes pour les accuser d’incompétence. Attention, je ne veux pas les défendre; au contraire, je suis certain que de nombreux politiciens n’ont pas les compétences, ou la crédibilité, requises pour accomplir les tâches qui leur sont attribuées, et je pense ici à de nombreux ministres du cabinet Harper. Ceci étant dit, ceux-ci sont quand même plus qualifiés que le citoyen moyen qui se complaît à envoyer ses états d’âme au courrier des lecteurs des quotidiens québécois.

Du pain et des jeux, dit-on. Cette sainte dualité est toujours valable de nos jours : la population veut des investissements dans des dossiers intéressants et non plates. Investir dans le système d’égout, comme l’a fait le maire Tremblay pour ensuite se mériter les pointages de doigts rituels de l’électorat, n’a pas vraiment de répercussion directe pour le citoyen moyen, cet animal si complexe, mais constitue un investissement nécessaire pour la ville et le bien de sa population. Bref, du pain et des jeux, mais n’allez surtout pas dépenser le trésor national pour rénover le stade… Jusqu’au moment inévitable où celui-ci nous tombe sur la gueule.

Les ponts construits au Québec ont, face à des conditions normales, une espérance de vie de plusieurs dizaines d’années (ma mémoire fait défaut sur ce point). Cependant, la définition de «conditions normales» est très relative. La surutilisation du réseau routier québécois, notamment dans la grande région montréalaise, nécessite un effort de réparation, et donc monétaire, qui pèse lourd sur le budget allouable. Augmentez le budget du ministère, des transports est la première solution qui vient à l’esprit, mais quelques lignes plus haut sur le budget du trésor se trouvent la santé, l’éducation et les services sociaux qui sont inévitablement sous-financés quoi qu’il arrive. Solution numéro deux : augmenter les impôts/taxes, mais, encore une fois, le complexe animal dont on parlait plus tôt est très frileux face à l’augmentation de la présence de la main gouvernementale dans son portefeuille.

Les transports en commun sont clairement sous financés, mais l’augmentation de son budget est directement liée à sa fréquentation et de nombreux banlieusards sont réticents à passer de l’auto uni-passagère au transport collectif. Choix compréhensible lorsqu’on voit le service auquel la clientèle a droit en terme de qualité et de quantité – pour ce qui est des employés bêtes, faut blâmer le syndicat trop protecteur -, mais ce service dépend du financement qui dépend lui-même de blah, blah, blah… bref, vous voyez le tableau : un cercle vicieux de plus. Et celui-ci est là pour rester puisque personne n’a la volonté d’y mettre fin. Et n’allez pas blâmer le manque de volonté politique, dans la mesure où celle-ci ne dépend que de la volonté de l’électorat à conserver les politiciens au pouvoir : pourquoi faire quelque chose qui garantira sa propre destitution aux prochaines élections, qui sera remis en question par le nouveau parti au pouvoir et finalement mis aux calendes grecques?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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