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Les aventures de Marmoussette au pôle nord

Le Svalbard, ça vous dit quelque chose ? La mémoire fait défaut, dur, dur de placer cet endroit sur une mappemonde. Peut-être la consonance du mot Svalbard… Non toujours pas. Alors l’île Spitzberg ? Spitzberg en norvégien, ça signifie montagnes pointues. Ah plusieurs indices : Norvège, île, montagnes pointues. Norvège, pays des gnomes, plutôt froid même fret ; île, terre perdue au milieu de l’océan ; montagnes pointues : on y trouve peut-être des stations de ski ? Allez, quelques autres indices : 78 degrés Nord, banquise, ours polaires, la nuit qui n’arrive jamais, ah vous y voilà, vous êtes en plein survol de Longyearbyen, Barentsburg et NY-Ålesund, près du pôle nord…

Le Svalbard, deux petits milliers d’habitants, beaucoup moins l’hiver. Deux tiers de norvégiens, un tiers de russes et 2500 ours polaires. Le Svalbard a pour capitale Longyearbyen : un millier d’habitants l’été, un port, un aéroport depuis 1994, des maisons style bungalows, des renards polaires et des coordonnées (au niveau du quai de débarquement du bateau de Marmousette) de N 73° 13’ ,243 et E 15° 01’ , 646. Beaucoup de scientifiques, et des curieux de cette faune et flore polaires que l’on ne peut observer que depuis si peu d’endroits sur notre planète. Voilà le décor du périple de Marmousette.

Le voyage de Marmousette commence au milieu du mois d’août sur l’île du Spitzberg. Ah non, je reprends. Le voyage de Marmousette commence avec l’apparition du soleil au dessus des nuages depuis les hublots de l’avion de SAS, Scandinavia Airlines. Il est bien 2h du matin et plus nous volons vers le nord, plus le soleil se lève. C’est en pleine nuit éclairée que Marmousette embarque sur le Noorderlicht, un vieux gréement néerlandais de 1910 coutumiers des voyages polaires. Après un bon brunch, la bienvenue de l’équipage, première nuit à bord bercée par le doux mouvement du voilier sur la mer arctique. La croisière commence. Les premiers animaux observés sont les rennes, et aussi plein de belugas. Bon d’accord rien de très exceptionnel pour des habitants du Québec, mais vraiment peu commun pour Marmousette qui n’en avait encore jamais vu. Toute la nuit, le bateau glisse vers le Nord, contournant l’île principale du Svalbard par l’Ouest. Des phoques se cachent sur la banquise, jouent avec le bateau. L’équipage emmène Marmousette au glacier du roi. La glace est bleu clair légèrement turquoise, cela est due à la surface de la glace en biseau qui réfléchit les rayons du soleil . De temps en temps un grondement se fait entendre, le glacier s’écroule par morceaux, des crevasses se forment et de nombreux petits icebergs se retrouvent sur l’eau. Le navire se cogne d’ailleurs souvent à ces tas de glace. Gare aux secousses ! Marmousette vogue vers NY-Alesund, la ville la plus nordique du monde (79°N), enfin là où on trouve la poste la plus nordique. Amundsen, ça vous rappelle quelque chose? Non pas le bateau brise-glace venu soutenir le protocole de Kyoto l’hiver dernier à Montréal. Non Amundsen, c’est un grand explorateur qui a survolé le pôle nord. Revenons quelques années en arrière. En 1926, Roald Amundsen et Umberto Novile décollèrent depuis le mât de Ny-Ålesund avec leur dirigeable et survolèrent le pôle nord. Ben voilà Marmousette se trouve au milieu de cette petite ville d’où sont partis de nombreux explorateurs à la découverte de l’arctique. Le prochain arrêt, présente bien des surprises. Un clan de sternes fonce sur Marmousette et lui pique le crâne. Ces oiseaux peuvent blesser les rennes et les ours avec leur petit bec pointu. Marmousette erre au milieu des vieux fours baleiniers. Les russes installés vers 1660 faisaient fondre la graisse de baleine dans ces immenses fours. Les chasseurs sont réunis dans un cimetière composé de grosses pierres entourant les tombes. Sur l’île de Moffen, la petite Marmousette découvre les morses, ces mammifères marins pesant en moyenne plus d’une tonne. Deux défenses, qui leur servent à gravir la glace et remonter sur les terres arctiques, de grandes moustaches qui sentent sur les fonds marins les coquillages dont ces gros animaux raffolent. Dring, alarme, double alarme, que se passe-t-il? Apéritif aux herbes hollandaises sur le pont, Marmousette et tout l’équipage viennent de passer le cap du 80. Le cap du 80? 80°Nord de longitude, ça se fête !! La prochaine promenade sera sous le signe des fleurs, des mousses et les botanistes s’en donnent à cœur joie. La palme revient à la saxifrage araignée avec ses grandes et fines pattes très colorées! Des centaines de guillemots, de la famille des pingouins, nichent sur la grande falaise de Alkafjellet. Des goélands attaquent ces petits oiseaux, ah berk, un goéland vient de gober un guillemot vivant et presque de la même taille que lui ! Bon appétit ! Le vent souffle, et bonne nouvelle, dans la bonne direction. Marmousette s’atèle à monter les voiles : 3 focs à l’avant, deux grand-voiles, et d’autres dont Marmousette ne connaît pas les noms… Ho hisse, il en faut des bras pour monter tout ça, mais quel calme, le gréement glisse sur les flots dans un silence peu commun. Marmousette à la barre, découvre les joies de la navigation. Le cap est souvent un peu trop à bâbord ou à tribord, mais un petit tour de barre et tout rentre dans l’ordre. Quelques coups d’œil dans les jumelles pour voir si un ours ne ferait pas sa sieste ou prendrait un bain dans les parages. Marche sur Nordaustandlet, sur une mer de fossiles et Marmousette observe son premier ours polaire de bien près ; celui-ci est mort de faim il y a plus d’un an. La banquise recule de plus en plus tôt chaque année et les ours se retrouvent coincés sur la terre ferme là où leur nourriture favorite (le phoque annelé) se fait rare.

Depuis le pont, lors de la navigation, de patients observateurs repèrent une tâche blanche, beige sur la rive. Capitaine fait demi-tour… Le noorderlicht se rapproche et oui il s’agit d’un ours ! Le premier ours blanc de Marmousette faisant une sieste. Paisible, beau, pas de ronflement, ah le mythe des ronflements de l’ours est cassé… Peut-être que dans les contes, les ours sont enrhumés…

Le bateau reprend sa route vers Barentsøya puis Edgeøya, où Marmousette voit des renards arctiques, espiègles et joueurs avec le poil couleur terre. Leur pelage va bientôt changer pour devenir blanc comme la neige, quel camouflage intelligent, adapté aux saisons.

Quelques escapades plus tard, de téméraires marins vont faire un tour dans l’eau à 2°C, une nage même jusqu’à un petit iceberg ! Quelle folie, même pas froid ! Brrr, Marmousette grelotte rien que d’imaginer de l’eau à 2°C le long de son corps.

Quel jour magnifique où Marmousette débarque à Bellsundfjord. Chut, pas de bruit, deux ours se font un festin d’un cachalot échoué déjà depuis plusieurs mois. Marmousette de l’autre côté de la baie les regarde, déguster cette viande abondante. Remonté sur le bateau, on pourra les observer de plus près. Les voilà qui jouent, se chamaillent, se testent, se grognent dessus et vont se prendre un long bain d’une bonne heure tout en jouant gaiement. Une petite sieste et s’est reparti pour les défis entre ces deux gros ours en pleine forme. Après des heures d’observation, Marmousette doit laisser les deux ours vaquer à leur occupation et reprendre la route. C’est tellement plus joli que sur le rocher et dans la piscine du zoo de St Félicien.

Le périple touche bientôt à sa fin, visite de la ville de Barentsburg, bourgade russe et ukrainienne. Une mine de charbon y est toujours exploitée. Il s’agit aussi d’un ancien lieu pour les espions du KGB il y a quelques années. Il est vrai que Marmousette a trouvé l’ambiance là-bas bien étrange : peu de gens, quelques tas de charbon, pas beaucoup d’activité, des baraquements vides, une atmosphère austère et inquiétante. Mais une belle piscine olympique, des tables de billards flambantes neuves, une chapelle, cantine collective, une école (heu. juste quelques enfants vivants ici à l’année), un hôpital, une poste, un musée, un magasin peu garni et des petits wagonnets et des rails laissés à l’abandon sur le quai du port…

Après un bon repas à bord, où la fête bat son plein, dernière nuit sur le bateau et voilà Marmousette à Longyearbyen. Les habitants se promènent le fusil à l’épaule en cas d’intrusion d’ours polaires. Les magasins ont des prix bien élevés, et le soir, Marmousette goûte de la viande de baleine. Non , pas de la baleine protégée, un rorqual commun. De la chair noire et très goûteuse, enfin pas d’un goût très apprécié de Marmousette mais avec beaucoup de saveurs. Une dernière nuit au pays où le soleil ne se couche jamais et c’est le départ…

Marmousette ne reverra pas d’aussi tôt la vie arctique et ses magnifiques paysages, elle rentre la tête pleine de belles images, d’ours blancs et se laisse bercer pas la mer…




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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