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Retour sur la tragédie de Dawson: votre opinion

Deux semaines après qu’un jeune homme de 25 ans soit entré armé dans le collège Dawson et ait ouvert le feu sur des étudiants, blessant 19 personnes, dont une mortellement, avant de se donner la mort, nous avons décidé de revenir sur cet évènement et d’écouter ce que vous aviez à dire.

La tragédie de Dawson

La majorité des réactions recueillies traduisent l’incompréhension, l’émoi, voire le dégoût vis-à-vis des actes du tueur. Ainsi les mots «horrible, tragique, dégueulasse…» reviennent régulièrement dans vos témoignages.

Vous êtes aussi nombreux à modérer ce que l’on a pu entendre ou lire dans la presse au sujet de la violence chez les jeunes ou dans la société québécoise, et certains ont tenu à expliquer que cette tragédie ne symbolise rien du tout, qu’elle est l’oeuvre d’une personne déséquilibrée et que dans une ville de 3 millions d’habitants comme Montréal on ne peut pas être à l’abri d’une catastrophe humaine.

C’est la faute à…

Si certains se refusent à formuler des critiques envers la société ou l’entourage d’un jeune homme, «tout simplement fou», la responsabilité des parents est mise en cause par beaucoup d’entre vous, «des parents qui n’ont pas réussi à éduquer leur fils dans un environnement sain». En effet, ceux qui jugent les parents fautifs mettent en avant le fait qu’ils n’ont pas réussi à détecter le comportement déviant de leur enfant, par manque d’écoute et d’attention. D’autres nous disent que l’environnement familial a une grande influence sur la construction de la personnalité d’un enfant et que l’on peut raisonnablement attribuer une part de responsabilité au cercle familial. Même si un individu s’exclut tout seul de la société qui l’entoure alors que ses parents ont un comportement normal, il est du devoir de l’entourage de cet individu de faire tout ce qui est possible pour l’aider et le faire revenir sur le terrain de la discussion pour partager ses problèmes, ses inquiétudes ou tout autre forme de mal être.Cependant, le durcissement de la loi québécoise en matière de protection des enfants est aussi mis en cause, et un étudiant s’interroge sur le bien fondé et surtout l’impact des pénalités que la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) peut appliquer sur un ménage, s’il juge que celui-ci est trop strict dans son éducation. La question soulevée a le mérite de ne pas simplement accabler les parents mais d’essayer de comprendre le contexte dans lequel certaines familles en arrivent à abandonner leur rôle de guide, de modèle, permettant à l’adolescent de faire la part des choses entre son monde et celui dans lequel il doit parvenir à trouver sa place.

La banalisation et, dans certains cas, la glorification, de la violence dans les médias, que ce soient des films ou des jeux vidéos, se retrouvent aussi sur le banc des accusés, bien que leur influence soit difficilement quantifiable et qu’elle soit souvent prise comme bouc émissaire pour masquer les insuffisances de notre modèle social vis-à-vis des gens qui se sentent exclus.D’ailleurs, la culture individualiste de notre société, qui a tendance à marginaliser ceux qui ne rentrent pas dans le moule en cristallisant les différences par rapport au «modèle» du jeune moderne est à la source de bon nombre de réactions violentes de rejet de ceux qui incarnent ce modèle, les plus extrêmes de ces réactions se traduisant par des agressions physiques.

Enfin, les armes à feu sont aussi évoquées: leur nombre et la facilité à s’en procurer.

Le registre des armes à feu

S’il est un sujet sensible de part son caractère politique, c’est bien le registre des armes à feu. Le débat divise ceux pour la conservation du registre d’un côté, et ceux qui au contraire estiment qu’il n’a pas rempli la fonction escomptée et qu’il n’a donc plus de raison d’être. Les défenseurs du registre notent qu’il peut être un bon outil de travail pour les policiers, et que même s’il ne peut prévenir toutes les utilisations, il reste un obstacle à la circulation d’armes non enregistrées.

La question de l’amélioration du registre est souvent posée. Faudrait-il le rendre plus complet et récolter davantage de données sur les personnes, y compris des antécédents médicaux ou psychologiques? Des avis vont dans le sens de la rigueur en suggérant une interdiction totale de possession d’arme pour les civils ne faisant pas partie des forces de police.

Une chose est sûre, des événements tels que la tragédie de Dawson doivent donner place au débat parmi les politiques, à la réflexion, à la correction des failles du système, sans préjugés, et avec le courage de poser toutes les questions et de remettre en cause même ce qui semble confortablement institué.

La sécurité

Par la suite, deux questions sur les mesures de sécurité ont été posées. La première vise surtout à obtenir des opinions par rapport aux mesures de sécurité employées à l’heure actuelle. Quant à la deuxième, il s’agit d’une réaction à la première, permettant aux répondants de pouvoir donner un avis sur des quelconques modifications à apporter à ces mesures employées.

Pour les avis concernant les mesures de sécurité, malgré une certaine divergence des réponses, deux opinions se démarquent. Environ 50% des répondants estiment que les mesures de sécurité actuelles sont amplement suffisantes. De plus, les tragédies telles que celle-ci sont des événements ponctuels difficiles à éviter, donc ce n’est pas un renforcement des mesures de sécurité qui nous protégera forcément. D’autres encore vont plus loin en craignant que l’accroissement des mesures de sécurité mène à une restriction des libertés personnelles. Sur les 50% restants, 40% se questionnent encore sur l’existence de ces mesures et 10% les jugent déjà excessives, voir même superflues (« où est mon body guard! »).

Quant aux réactions sur ces mesures de sécurité, elles aussi sont partagées. Tout d’abord, un tiers des répondants ne trouve aucun commentaire à émettre alors que la majorité restante se divise en deux groupes : un premier prônant des mesures draconiennes telles que la mise en place d’arsenaux de sécurité, toutefois controversés car démontrant l’échec de la politique de prévention. Le second groupe préfère souligner que la politique de prévention devrait être renforcée, par le dialogue et l’écoute d’autrui afin de lutter contre l’isolement et la marginalisation, ainsi que par la prohibition des armes, seule vraie garantie qu’une arme légalement enregistrée ne serve plus à commettre un massacre.

Regard sur la tragédie de Poly

En 1989, Marc Lépine s’introduisait dans l’École Polytechnique de Montréal et abattait de sang froid 14 femmes. En 17 ans, qu’est ce qui a changé à Poly? Hormis le fait que la sécurité ait été augmentée depuis, c’est surtout un effort d’intégration envers les femmes dans le domaine du génie traditionnellement masculin qui vient à l’idée. Il est aussi probable que depuis ce jour les gens aient pris conscience que ce genre de tragédies pouvait arriver à tout moment, n’importe où, il se peut donc que l’on puisse plus facilement gérer et comprendre ces situations de crises qu’à l’époque.

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