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AZAFRAN OR ROUGE: PASSION ET GRÂCE

Si Montréal est une ville réputée pour son foisonnement de créativité et son effervescence artistique, on ne peut alors ignorer le Ballet Flamenco Arte de España car cette compagnie de danse, fondée à Montréal en 1990 par la talentueuse maîtresse du flamenco Lina Moros, a présenté sa 6e œuvre intitulée Azafran Or Rouge au Club Soda les 20 et 21 septembre 2006. Dommage qu’elle n’ait présenté que deux soirs car le public en redemande insatiablement. Casting entièrement composé de danseuses, cette œuvre expose les tréfonds des âmes de plusieurs femmes qui expriment leur condition, leurs passions, leurs joies et douleurs de la vie par le flamenco. Ces personnages évoluent autour d’une femme de condition très modeste qui s’enrichit par la cueillette de fleurs de safran.

La chorégraphie est contruite sur le modèle d’une pièce de théâtre en deux actes; les décors sont minimalistes avec des paniers de pétales et quelques bancs de bois grossier, les jeux de lumières se déclinent uniquement sur les teintes de rouge (joie, passion, douleur), et les actrices racontent l’histoire par la danse.

Lina Moros incarne la cueilleuse de safran : elle honore le flamenco tant la maîtrise des gestes, des jeux de bras, de pied, du corps et du visage sont impeccables et empreints de maturité. Par la suite, une autre danseuse interprète une dame apparemment âgée mais vibrant toujours sur le feu de la lubricité (quel déhanchement!) car elle se débarrasse de sa canne sur laquelle elle appuie sa vieillesse tout en démontrant sa fougue de jeunesse en offrant un jeu de claquettes plus énergique que les jeunes! Ensuite, la courtisane à l’éventail rouge avec une élégance et un jeu de séduction de chassés-croisés de regards légèrement masqués par son éventail. Cet accessoire traduit avec justesse la féminité de la femme jusqu’au bout des doigts. Aussi, l’épouse modèle avec son immense châle doré a fait une interprétation gracile et éblouissante par son châle d’or qui virevoltait autour d’elle, dans tous les sens. Le châle doré l’enveloppe sagement comme une femme chaste mais elle souffre dès qu’elle l’enlève et tente de s’en départir. Toute habillée de rouge donc elle doit rester dans sa condition en réprimant ses ardeurs de liberté et de soif d’affection.

Globalement, on pouvait distinguer celles qui sont expertes au flamenco par la maturité et la précision des gestes, de celles qui « s’initiaint » à cet art (ce sont quand même des danseuses professionnelles) car quelques unes manquaient de tonus dans les jeux de bras; elles disposeront de nombreuses années devant elles pour se perfectionner. Par ailleurs, la soirée n’aurait pas été aussi excitante sans la présence indispensable des musiciens live : ils ont réussi à recréer une ambiance espagnole, les voix des musiciens sont si lyriques et si colorées qu’elles dessinent les ambiances tantôt flamboyantes, tantôt profondes, et si entraînantes. L’auditoire voulait suivre la danse!

Finalement, la finale choque, tel un poignard direct et glacial dans le cœur des spectateurs, qui semblaient avoir arrêté de respirer. Les femmes, ayant été les confidentes aidantes, joyeuses et proches de la cueilleuse, se mettent subitement à voler cette dernière, la laissant dépossédée de tout. Malgré l’empathie témoignée tout au long de la pièce, l’hypocrisie a régné en fond de tableau puisque la passion a pu leurrer aisément la réalité de chacun et surtout celle de l’héroïne : elles auront été ses meilleures amies pour mieux la voler et lui faire mal.

Ballet Flamenco Arte de España, une compagnie de danse à surveiller!
http://www3.sympatico.ca/linamoros




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