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Parce que différents mais non indifférents


Ingénieurs sans frontières (ISF) vous propose la deuxième partie du récit « Parce que différents mais non indifférents » de Alexandre Bouchard, volontaire revenant d’un stage au Mali.

Ma première nuit fut courte: ça prend un certain temps avant de s’habituer à tous les bruits. En pleine nuit, c’est la pluie qui m’a réveillé. Un énorme orage a fait rage jusqu’au petit matin, rafraîchissant l’air et m’empêchant de dormir du même fait. À mon réveil, c’était la fête. La première pluie au village était enfin arrivée! Tout le monde aux champs, plus une minute à perdre, il est enfin temps de semer. Avec l’euphorie et l’empressement avec lequel on se dirige aux champs, je comprends vite que je peux oublier la journée avec le berger. Il ne me reste qu’une chose à faire, me préparer et partir avec eux. Tous les enfants s’affairent à installer les bœufs, à emplir les bidons d’eau du puit, à réparer les charrues et à se lancer de la boue.

Nous partons donc pour le champ de Sidi. J’accompagne les jeunes de la famille. Nous sommes huit: le plus vieux doit avoir 17 ans tandis que le plus jeune ne fait pas sept ans. Suite à la pluie, comme je le disais, il faut semer. C’est donc armé d’un bout de bois et d’une demi-calebasse emplie de grains que je plante, suivant le trajet fait par la charrue. Tout mon avant-midi fut consacré à ce travail éreintant.Je m’efforçais de suivre le rythme effréné des enfants, mais, malgré leurs jeune âge, l’expérience leur permet de me distancer considérablement.

Il est maintenant 13 h­. J’aperçois au loin la mère de famille traversant l’immensité des champs pieds nus, portant le plat de nourriture sur sa tête. Ça semble si facile! Dès son arrivé, à l’unisson, nous arrêtons le travail. C’est alors que le plus âgé grimpe au sommet d’un grand arbre et, avec sa machette, dépèce les branches de l’arbre afin que les bœufs puissent s’alimenter. Une fois le tô ingurgité, nous regagnons les champs. Cette fois je suis à la commande de la charrette. Mes mains souffrent sur les étreintes de métal et mon corps cuit sous la chaleur intense du soleil. Soudainement, la fatigue m’envahit et c’est vers 16 heure que je capitule. Comment un enfant de dix ans peut suivre ce rythme? Je retourne de peine et de misère à la maison pour y faire une petite sieste.

Il est maintenant 18 h, les jeunes reviennent, et moi j’ai repris un peu de mieux. Je décide de m’installer avec eux sous le manguier. Après un bref moment de lassitude, j’empoigne quatre arachides et je leurs fait un spectacle de jonglerie. Je les faits virevolter partout et à certains moments j’attrape les arachides au vol avec ma bouche, il n’en faut pas plus pour les faire exploser : rires, cris et joie sont aux rendez vous. Bien sur ils essayent tous de faire de même, mais en vain. Leurs échecs ne font que raviver les rires. Ça fait du bien de voir les sourires!

Après ces moments d’amusement, j’ai la chance de discuter avec mon diatigui, Sidi Ibrahima. C’est sur sa terre que j’ai travaillé aujourd’hui. Il m’explique que la survie de sa famille dépend entièrement de ce que sa terre lui fournira. Normalement, il arrive à acheter un peu d’engrais pour contrer l’épuisement que des années de récoltes ont infligé à la terre. Malheureusement, cette année, l’engrais est beaucoup trop cher pour lui, il ne peut donc que s’en remettre à la pluie et prier Allah! Suite à notre discussion, j’apprends aussi que je suis le premier toubabou (blanc) à mettre les pieds dans le village, ce qui explique la peur des jeunes enfants à ma vue. Il m’explique aussi un problème auquel doit faire face son village à chaque saison des pluies : les routes. En effet, à cause de la pluie de cette nuit, les routes sont condamnées. Pour deux jours, personne ne pourra quitter le village et personne ne pourra y venir, nous sommes isolés.

J’aurais pu apprendre beaucoup de cette discussion, mais malheureusement m’a tête s’est mise à me faire souffrir terriblement. Pour calmer le mal qui m’afflige, je décide d’aller prendre une douche avec la jarre, mais mon état empire. Assis au milieu de tout le monde, ma tête m’empêche de penser et tout mon corps souffre. J’ai peine à me lever. C’est avec un dernier effort que j’entreprends d’aller me coucher. Chemin faisant, je croise un jeune enfant complètement nu. Il a le ventre terriblement boursouflé (comme l’on voit à Vision mondiale) et un amas de morve est séché sur sa figure. Il est agenouillé et il est à la recherche des arachides que j’aurais pu échapper sur le sol en jonglant. Je lui flatte la tête et lui sourit! Couché à la belle étoile, la tête emmitouflée dans mon foulard, pour la première fois depuis mon arrivé au mali, je pleure… Je suis souffrant et je crains que ce ne soit le paludisme. Je suis si seul ici. Une seule personne parle le français et il n’y a pas de médecin. Je crois aussi que la pauvreté affecte mon moral. De tous les villages que j’ai visité en quatre mois, c’est sans contredit le plus pauvre. De surcroît, l’eau de puit blanche que je bois ainsi que mes trois repas de tô y sont sûrement pour quelques choses. Il fait nuit, terriblement nuit, le hennissement des ânes, le croassement des grenouilles, les criquets et les chants de femmes sont ma trame sonore cette nuit. Je dois me reposer, il me reste encore beaucoup à découvrir ici et demain sera un autre jour.

À suivre…

Si vous avez des questions ou commentaires sur les récits ou articles d’ISF, vous pouvez envoyer un courriel à sadia.arshad, polymtl.ca ou venez nous voir au B-312.

Mots-clés : ISF (11)

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