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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

J’exagère un peu parce que vous ne comprenez rien quand je n’exagère pas du tout

La phrase n’est pas de moi. Elle est de Foglia, ce chroniqueur adorateur des chats et des vélos. Et elle dit en substance ce que j’ai toujours pensé de la chronique. Il n’y a pas d’espace pour le sérieux là-dedans. Il s’ensuit que le Polyscope — un journal qui a érigé la chronique au statut de règle de conduite — n’est pas un journal sérieux. C’est d’ailleurs pourquoi, quand j’entends des réactions offusquées sur ce qui s’écrit dans le Polyscope, la première question qui me vient à l’esprit est : on lit-tu le même journal ?

Y a des fois, j’ai l’impression que les gens s’attendent d’un journal comme celui-ci le contenu sérieux qu’il est tout simplement incapable de produire. Le problème m’a tourmenté des nuits entières quand un sale nigaud m’a demandé d’écrire mon premier édito. Je me suis dit : bordel de merde, qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? Ce qui me manquait surtout, c’est le ton juste. Alors j’ai adopté celui qui m’était le plus familier, et j’ai parlé d’une baleine que j’ai trouvée à ma porte en sortant le matin. Les gens avaient aimé. Et je crois bien que c’est ça que les gens aiment. Un tantinet de sens, un beaucoup de délire. Alors quand ils s’étonnent qu’on plaisante… je suis tout simplement abasourdi.

Il faudrait que j’en conte quelques bonnes. Ça fait toujours plaisir et ça va permettre de mettre les choses en contexte. Le canular de la mort, c’est celui de Damien, un étudiant français en échange auquel le Polyscope doit beaucoup. Un jour, il raconte qu’un laboratoire de génie chimique s’est fait cambrioler par des terroristes et que l’AÉP veut étouffer l’affaire. C’était tellement gros et grossier que personne n’aurait pu croire une telle histoire. Erreur ! La réaction ne s’est pas fait attendre et a été démesurée. Damien a dû s’expliquer avec l’AÉP. Un démenti a été publié. Pire encore, le pauvre étudiant en échange a été accueilli froidement au Party Molson (le Party Molson est un gros party auquel vous n’avez pas droit et dont les impliqués profitent sur votre dos). BDL, que son nom soit psalmodié et sa parole prêchée par les fidèles, a refusé de serrer la main du pauvre Damien qui, heureusement, ne se laissait pas intimider pour autant : c’était vraiment un plouc BDL…

Un autre truc chouette. Un texte dont je ne suis pas spécialement fier, mais qui en a fait jaser. C’est d’avoir parlé de BDL qui me le rappelle. Alors je mets un peu le décor. On est en 2003. BDL et sa gang vont à l’autre bout du monde (c’est vous qui payiez déjà) pour une conférence à la con ou une rencontre vraiment naze. Le CA leur réclame un compte-rendu dans la presse locale, c’est-à-dire la feuille de chou que vous lisez en ce moment. Le gargantuesque susmentionné accouche d’une littérature aussi fade que désopilante — malgré lui, s’entend. Il confond le participe passé et l’infinitif pour ne citer que le bénin. Je tombe sur le texte, et puis je tombe sur lui — je veux dire que j’écris un truc où je démolis le vénérable, l’intouchable, le prèze : comment un président d’asso peut se permettre d’écrire comme un ignare ? Bref, je ponds des gentillesses gratuites sans conséquence. Enfin, sans conséquence, presque. Là encore la réaction démesurée du C215 ne tarde pas à se faire connaître. Un souper est même organisé pour essayer de concilier le C214 et le C215. Méchante brouille. On s’en est mis plein la gueule, dans les deux sens du terme. Grande bouffe, grande prise de becs. Résultat des courses ? Une facture de 300$ que vous avez réglée. Je vous en remercie, en passant…

Une dernière pour la route. Le formidable édito à quatre mains concocté par Guigui et moi-même à l’occasion du 60e anniversaire de la Coop. Un truc vraiment plein de méchanceté gratuite. On n’est pas allé de main morte ce coup-là. Et encore, on s’est autocensuré. La première version (pourquoi ne l’ai-je pas gardée?) était vraiment salée. Mais tellement drôle ! En gros, on disait, 60 ans, c’est l’âge de la retraite. Un truc gratuit. Une façon de dire le contraire de ce qu’on pensait, c’est-à-dire : ouais les gars, la Coop c’est chouette et on lui souhaite de continuer. Un boniment enfantin si on y réfléchit bien. Un boniment qui nous a valu une réaction acerbe. Les gens nous ont pris au pied de la lettre. Au pied de la lettre ! Ils ont tout avalé au premier degré. Alors forcément, on passait pour les méchants. Nous, on savait plus trop où se mettre quand les officiels se sont mis à nous vilipender. Il aurait fallu répondre : hey, c’est le Polyscope, vous vous attendiez à quoi ?

Pour revenir au point de départ de tout ça. Déconner c’est sain. Très sain, surtout quand on manipule x et d de x du matin au soir (ou du soir au matin). Et les années ne me démentent pas. Ça a toujours été comme ça. La preuve. Pour nos quarante ans, les anciens ont refait surface. Vous savez, les défroqués qui polluent l’industrie si austère avec le titre ing. en se donnant des airs sérieux. Et devinez quoi, ces gras du bide veulent venir au Polyscope. Ils veulent revivre leur jeunesse. Et miracle, ils étaient aussi délurés que nous. Et ils ont gardé l’esprit. Ils se souviennent de tout. Y en a même qui veulent garrocher des chaises à travers le deuxième. « Et on voudrait que je sois sérieux… »

Conclusion : au Polyscope, on est capable du meilleur comme du pire, mais c’est dans le pire qu’on est meilleurs… Alors ne nous (vous) prenez pas trop au sérieux.

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