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Parce que différents mais non indifférents

Suite des aventures d’Alexandre au Mali, dans le village de Kaban.
Résumé : La nuit de l’arrivée d’Alexandre, la première pluie est tombée sur le village. Le lendemain matin est un vrai jour de fête : il est enfin temps de semer! Alexandre part aider aux travaux des champs. Cette journée est éreintante, mais les grands sourires des villageois lui sont un vrai réconfort. La nuit venue, Alexandre doit écourter sa soirée, et part se coucher avec une fièvre inquiétante…

« Aujourd’hui est un autre jour en effet, la santé est revenue. Le soleil se lève, les chants du coq et de l’imam à la mosquée l’accompagnent. Ce matin, mon plat de bouillie de mil et ma jarre d’eau sont au rendez-vous. Après m’être lavé et nourri, le forgeron vient me rejoindre. C’est avec lui que je vais passer la journée. J’entreprends donc de le suivre dans toutes les petites rues de terre, qui semblent identiques. Partout dans les rues, je croise des tonnes d’enfants, tous extrêmement effrayés à ma vue. Pour eux, je suis un monstre. Comment quelqu’un pourrait-il avoir la peau blanche? Ils se sauvent en criant et en pleurant à chaudes larmes. Au contraire, les adultes exhibent leur plus beau sourire, partout, ils me saluent. Ils sont joyeux, la pluie est vraiment un miracle pour eux. Ils peuvent enfin cultiver leurs champs. Cette joie omniprésente me fait complètement oublier la pauvreté. La pluie a été mon petit miracle!

Arrivé à sa maison, le forgeron s’installe sous un petit toit de paille qui lui permet de se cacher du soleil et il allume un petit feu de charbon. Moi, je l’observe attentivement. Une roue couplée à un petit ventilateur pousse le vent vers le charbon lorsqu’on active la manivelle et permet de rendre le brasier brûlant. Il installe dans ce brasier la première pièce à forger. Il tourne la manivelle. La chaleur se fait maintenant suffocante sous ce petit toit de paille. Une fois la pièce bien rouge, il la sort à l’aide d’une vieille pince et, avec son maillet, il lui assène des coups d’une force herculéenne. Kling! Kling! Le rythme est ahurissant. Toute la matinée, je le regarde forger. Il est plus qu’un forgeron, il est un véritable artiste. Pieds nus et avec seulement quatre outils, il peut donner vie à n’importe quel morceau de métal insignifiant. Ce matin, ce sont les agriculteurs qui viennent le voir pour faire réparer les houes, les haches, les laboureuses et les couteaux. Il coupe, tourne, tord, chauffe, cogne, tire, rit, il trouve la solution à tout!

Harouna Tangara est le seul forgeron du village. Il a 46 ans. Ses ancêtres étaient forgerons et ses cinq enfants le seront. Au Mali, le nom de famille signale la caste à laquelle on appartient. C’est ainsi que tous les Tangara sont des forgerons, comme tous les Coulibaly sont des agriculteurs. Les journées occupées comme aujourd’hui, il peut faire 1000 FCFA (2$), mais pendant la saison morte, il doit quitter pour se rendre à Bamako où il fabrique des bijoux. Ce sont ses enfants qui, pendant ce temps, assurent les petites réparations au village. C’est donc assis à ses cotés que j’ai pu observer la vie du village. Ce fut d’abord la vente du poisson. À chaque mercredi, une femme venant d’un village voisin marche des kilomètres et vient vendre ses poissons. Une quinzaine de mères de famille parées de leurs plus beaux habits tentent d’avoir les meilleurs prix. Les poissons gisent sur le sol sablonneux et sont envahies par des hordes de mouches. Pendant ce temps, les enfants s’amusent à donner des coups de bâtons sur les poissons toujours vivants. Kling! Kling! Harouna cogne toujours.

Devant moi défilent aussi beaucoup de gens chargés de marchandises de toutes sortes. La raison est simple. Aujourd’hui c’est le jour de marché, le seul jour! Il y a aussi plusieurs enfants revenant des champs avec d’énormes iguanes qu’ils y ont attrapé. En deux temps, trois mouvements, ils leur coupent la gorge. Ces reptiles sont désormais voués au souper. Il y a aussi tout près de moi deux vieillards, qui, à l’aide de filaments de plastiques, fabriquent de la corde. La technique semble si simple! Tout l’après midi durant, ils créeront des mètres et des mètres de corde. Leur patience est inébranlable. Il est midi quand la femme du forgeron met devant moi un plat rempli de têtes de poissons et de tô. Finalement, des yeux de poisson, c’est bon!

Le temps est doux, les gens chaleureux, le paysage si simple, il fait bon de vivre parmi eux. Ils apprécient ma présence et j’apprécie leur accueil. Suite à cette magnifique journée, je vais faire une visite au marché. Malheureusement, il est plus petit que d’habitude car les gens des autres villages n’ont pas pu se rendre : la pluie ayant inondé les chemins. Mais partout, les femmes préparent des plats, vendent des piments et des arachides. Les couleurs et les odeurs fusent de partout, la vie est là, devant mes yeux. Réparateurs de vélo, vendeurs de médicaments et d’animaux. C’est le temps pour eux de refaire leurs stocks et pour moi, de retourner à la maison. Un repas de tô, une douche sous le clair de lune et une discussion sur la politique malienne avec mon diatigui occupent ma soirée. Je termine cette journée en écrivant ces dernières lignes sous l’éclairage maintenant épique de cette vieille lampe à l’huile. Aujourd’hui, je crois que j’ai vraiment compris que la pauvreté naît en partie du regard que nous posons. Les pauvres n’existent que parce que nous décrétons qu’ils sont pauvres. À Kaban être pauvre, c’est n’avoir aucune famille! »

La suite la semaine prochaine!

Mots-clés : ISF (11)

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