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Circus minimus

Mardi soir dernier avait lieu le retour sur les planches de Christian Bégin et Martin Drainville, campant de nouveau la peau de malheureux clowns. C’est ainsi que le gratin artistique de Montréal s’était réuni à l’intime Théâtre d’Aujourd’hui pour voir et même revoir la formidable pièce qu’est Circus minimus.

C’est un décor de toute beauté que nous avons pu apercevoir lorsque les lumières se sont allumées. Il est minutieux, précis et muni de détails qui, étonnament, serviront pratiquement tous pendant l’heure qui va suivre. C’est d’ailleurs une particularité de la pièce : c’est toujours bien rigolo lorsqu’un comédien nous surprend avec un objet bidon qui est à notre vue depuis le début.

Puis, la chose qui a frappé votre fidèle reporter est le langage burlesque qui a suivi et surtout perduré tout au long de la pièce. Mais bon, autant cela donne l’impression d’être gratuit et inutile initialement, autant on comprend par la suite que ça a sa place avec la situation et l’histoire des personnages.

D’ailleurs, cette pièce met en scène la douloureuse et tumultueuse vie d’un clown et de son comparse, l’homme-canon. L’histoire se déroule le jour même où ils vont donner leur dernier spectacle, suite à la fermeture du cirque. Le clown, brillamment joué par Christian Bégin, incarne en quelque sorte les pauvres gens de la société actuelle qui dénoncent et déferlent sur tout ce qui se trame autour d’eux, sans toutefois lever le moindre doigt pour remédier à la situation.

C’est ainsi que Bégin occupe l’avant-scène, hurlant et chialant constamment contre tout et n’importe quoi. D’ailleurs, ça devenait pratiquement un monologue par moment. Drainville, quant à lui, tenait un rôle effacé mais oh combien efficace. Le vieil homme-canon essaie par tous les moyens de rendre heureux son ami et co-chambreur des treize dernières années.

La scène où l’homme-canon offre au clown un cadeau « vide » a notamment été hilarante. Surtout qu’il l’avait prévenu auparavant que son cadeau « n’était » rien…

Cette soirée fut réellement plaisante, l’auteur (Bégin!) nous faisant rire à profusion, tout en nous transmettant un sentiment de culpabilité et de désolement par bout. Car cette oeuvre, derrière sa prose directe et même vulgaire, reflète une partie de notre société moribonde.

En fait, il est difficile de percevoir le sens réel donné à ce jeu avant d’assister à l’acte final. Les derniers moments nous surprennent par leur profondeur, donnant un sens politique à toutes les infâmités et pitreries du clown piteux.

Bravo.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.