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Nagano l’universel

Ses parents sont japonais, il est né en Californie, y a vécu 20 ans, habite aujourd’hui Berlin, possède un appartement à Paris et a déjà résidé à Boston. Le chef d’orchestre Kent Nagano est de partout. Il appartient à tous les lieux, et peut-être à nulle part en particulier : il est universel et c’est ce qui le rend, à mon avis, si intéressant.

Son carnet de route est étourdissant : directeur musical de l’Opéra national de Lyon de 1988 à 1998, directeur musical du Hallé Orchestra de 1991 à 2000, directeur artistique et premier chef du Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin et, jusqu’en 2006, directeur musical du Los Angeles Opera. Et puis depuis le début de cette année, Kent Nagano dirige l’Opéra national de Bavière ainsi que l’Orchestre symphonique de Montréal, et ce, tout en maintenant son association avec le Berkeley Symphony Orchestra de Californie, qu’il dirige depuis 1978.

Ce mois-ci, on peut le voir performer dans le cadre de cinq concerts de l’OSM présentés à la Place des Arts et j’ai eu le plaisir, le 9 février dernier, d’assister à l’un deux. Nagano dirigeait ce soir-là la Huitième Symphonie du compositeur russe Dmitri Chostakovitch, œuvre écrite en 1943 pour évoquer la douleur, le désespoir et la résignation qui hantaient l’être humain pendant la guerre. « J’ai voulu recréer le climat intérieur de l’être humain assourdi par le gigantesque marteau de la guerre. », expliquait Chostakovitch, dont on célèbre cette année le centième anniversaire de naissance.

En deuxième partie de programme, le pianiste roumain Radu Lupu, considéré comme l’un des plus grands pianistes du XXe siècle, s’est joint au spectacle pour interpréter le Cinquième Concerto de Beethoven, composé en 1809 pendant les bombardements de Vienne. On restait donc dans le thème de la guerre mais, cette fois-ci, en contraste avec la symphonie de Chostakovitch, c’est l’extraordinaire héroïsme dont l’homme peut faire preuve dans l’adversité que Beethoven cherchait à dépeindre.

Bref, une soirée magnifique. Nagano est fascinant : il entre sur scène le pas rapide et impérieux, le corps svelte, le dos parfaitement droit… mais le regard malgré tout légèrement rieur et le visage enjoué. Cet homme de 54 ans qui marche vers sa passion ne réussit pas à cacher qu’une grande partie de lui s’apprête à s’amuser comme un enfant.

À la fin du spectacle, alors qu’il saluait les musiciens de l’Orchestre et leur souriait, j’ai compris que Nagano était universel… comme la musique. Comme sa musique. Cette universalité est sûrement un prérequis pour être un chef d’orchestre de sa trempe…
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