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24 août : Au suivant!

Soyons honnêtes : qu’il y ait ou non un nouveau numéro du Polyscope chaque semaine dans les bacs à journaux du campus ne change strictement rien dans la vie d’au moins 50 % des étudiants de Poly. À quoi sert Le Polyscope alors? À RIEN. À quoi sert la page 2 du Polyscope? À rien non plus. Des articles intéressants, innovateurs, dans des journaux bien ficelés, ça existe déjà à la tonne, alors un journal de plus ou de moins… Ils vont vous dire que le Scope, c’est «la voix de la communauté étudiante de l’École Polytechnique de Montréal», ne les écoutez pas. Ils vont aussi vous dire que si vous n’aimez pas le contenu du Scope, si vous trouvez qu’il ne reflète pas votre image «en tant qu’étudiant de Poly», il n’en tient qu’à vous de vous enrôler pour le modifier… Ne les écoutez pas davantage. J’ai été membre du Polyscope pendant près de quatre ans, ce qui me permet d’affirmer lucidement aujourd’hui que ce Journal ne sert fondamentalement à rien. On en tire chaque semaine 5000 exemplaires dont un pourcentage non négligeable est directement recyclé… En plus de ne pas être lu à son plein potentiel, Le Polyscope contribue à faire mal aux arbres… Pourtant ils sont utiles, eux, les arbres. Ils aident la planète à respirer, ils aident tous ceux qui la peuplent à respirer. Concrètement, Le Polyscope n’est donc rien de plus que le résultat de la transformation de quelque chose d’utile en quelque chose d’inutile.

Malgré ce sombre constat, il fut un temps où, chaque semaine, je chérissais la page 2 de ce Journal. En vérité, j’ai développé un amour viscéral à son égard et cela me surprend moi-même : c’est vrai quoi, quel est l’intérêt d’aimer quelque chose qui, en plus de ne servir à rien, est nuisible à quelque chose d’aussi utile et d’aussi noble qu’une forêt? Je ne comprenais pas pourquoi je participais à ce gaspillage de papier. Et puis un jour, j’ai reçu un e-mail : une fille qui avait eu chaud au coeur en lisant l’une de mes Chroniques Névrotiques dans laquelle je faisais allusion au chocolat en poudre Poulain. Elle était nostalgique de sa France natale et avait apprécié que je réfère de la sorte à son pays. Ensuite, il y a eu ce gars qui voulait juste me dire un p’tit merci, comme ça, en passant, parce qu’il lisait ma Chronique depuis le début et que ça le faisait bien marrer. Et puis quelques jours plus tard, sur la rampe mobile, j’ai croisé cet autre étudiant avec un Polyscope entre les mains, les yeux rivés sur une chronique… la mienne, me suis-je rendu compte en le dépassant!!! Ça y était, très difficile à croire mais ça y était : j’avais des lecteurs, des vrais! Jusqu’aux HEC même! Incroyable! Pas juste ma soeur, mon frère, mes parents ou mes amis, non : des VRAIS lecteurs que je ne connaissais pas et qui ne me connaissaient pas! À part mon chat et quelques personnes particulières, je n’avais pas réussi à apprivoiser grand-chose dans ma vie. Alors le jour où j’ai compris que j’avais apprivoisé des lecteurs inconnus, que j’avais réussi, avec un fun grandissant, à les faire rire et sourire et qu’en plus, ils me rendaient ces sourires et bien… ça n’a pas changé grand-chose finalement. Sauf que des sourires, ça aussi ça m’aide à respirer…

Voici ce qui me plairait. Si vous possédez un petit attrait pour les mots, pour les textes (et que vous n’aimez pas trop les arbres…!), emparez-vous de la 2 sans réfléchir, ayez du fun à en faire ce que vous voudrez chaque semaine, aimez-la et puis, à la fin de votre passage à Poly, cédez-la au suivant avec un gros pincement au coeur. Je crois que c’est ce qu’elle mérite, quelqu’un d’autre qui l’aimera à son tour et qui s’amusera avec elle… même si elle ne sert à rien, surtout parce qu’elle ne sert à rien! Offrez-vous le luxe de prendre cette décision sans décider quoi que ce soit, sans évaluer le moindre paramètre, sans tracer la moindre ligne directrice, et surprenez-vous du résultat. Ah oui et, s’il vous plaît, ne vous faites pas «la voix de la communauté étudiante de Poly»… Soyez votre petite voix à vous et, surtout, surtout : ne tentez pas d’en définir l’utilité!

MAUDE – «Pendant que le monde bavarde à rien d’important, on pourrait dormir sous les arbres, le reste du temps…» – BOILLOT
P.S. : Non mais sérieusement là, pensez-y deux secondes : si personne ne reprend la 2, ils risquent de vous repasser des vieux épisodes de la Chronique Névrotique de l’année passée… C’tait bon mais… au point d’en diffuser des reprises? Pas sûre…
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Crédit photo : Maude Boillot
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Chronique Névrotique suivante : 729




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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