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Très chère Mathilde… vous nous fascinez

Très Chère Mathilde est une pièce contemporaine écrite par l’auteur dramatique exceptionnel Israel Horovitz, et mise en scène par Daniel Roussel en deux actes de 5 scènes chacun. Elle se déroule sur une semaine dans un quartier luxueux de Paris (France) et relate l’histoire de Mathias Gold, écrivain américain sans le sou dans la mi-cinquantaine, qui avait hérité à la mort de son père d’un appartement luxueux à Paris et avait planifié de le vendre. Ses plans seront bousculés puisque l’héritage inclut également Mathilde Giffard, une pétillante et intelligente femme de 92 ans, et sa fille Chloé, institutrice de 55 ans, qui possèdent le droit d’y résider à perpétuité (les logis en viager est une pratique courante en France). Cette histoire stupéfie par ses dialogues profonds, ses répliques politiquement incorrectes mais hilarantes, et la gravité du thème: l’apprivoisement entre des êtres profondément malheureux, conséquence des actes joyeux mais insouciants de leurs proches. Les spectateurs constatent en effet comment des secrets de famille révélés peuvent dramatiquement changer des vies en une semaine, et que les mensonges peuvent ruiner l’estime de soi et d’autrui.

La réussite de Très chère Mathilde réside dans le choix judicieux des décors et des costumes, et le jeu impeccable et crédible des trois acteurs.
Les quelques meubles style Louis XIV dans des nuances de rose et de rouge, placés dans un salon et salle à manger à aire ouverte au murs à enluminures de bois reproduisaient une ambiance charmante et vieillotte d’appartement de luxe typique de Paris; de plus, l’équipe des décors a également placé des vues extérieures sur des immeubles historiques parisiens et par ailleurs je remercie l’équipe de ne pas avoir inclus la Tour Eiffel car cela aurait été trop ordinaire. Les éclairages illuminaient simplement les scènes et étaient saisissants lorsqu’ils annonçaient l’aube ou le crépuscule sur la Ville Lumière.

On ressentait tantôt la nonchalance de Mathias et de Mathilde par le peignoir de velours brun ou des tenues brunes usées du premier et d’un complet d’intérieur pour personnes de l’âge d’or et du jolie peignoir vieux rose de la seconde. De plus, la sévérité et l’intemporalité de Chloé se traduisaient dans ses tenues de tailleur complet gris clair ou bien ses classiques avec des châles de cachemire, signe qu’elle n’a aucun souci pécuniaire et qu’elle a du bon goût vestimentaire.

Du début jusqu’à la fin la scénographie et les textes, bien traduits de l’anglais à un français finement brodé comme de la dentelle, tiennent les spectateurs en haleine et dans un suspense savoureux. Bruce Dinsmore, alias Mathias Gold, est très crédible avec un accent américain dans la langue de Molière et son jeu corporel, celui d’un homme qui tente désespérément de recommencer à neuf en France sa vie ratée à New York et qui doit inlassablement combattre ses vieux démons. Marthe Turgeon saisit le spectateur en interprétant une Chloé Giffard qui a dû se replier comme une huître, acariâtre, impolie et pourtant aussi malheureuse que l’est Mathias. La distribution se complète avec notre très chère Mathilde, campée par Béatrice Picard, l’une des pionnières incontestée du milieu artistique québécois avec plus de 60 ans de carrière sur les planches (elle est toujours aussi pleine de vivacité!); sa performance impeccable en vieille femme élégante ayant joui d’une vie trépidante d’amours intenses et d’intellectualisme montre que Mathilde est la véritable maîtresse des lieux.

Très chère Mathilde demeure à l’affiche au Théatre Jean-Duceppe (Place-des-Arts) du 6 septembre au 14 octobre 2006. Allez le voir et vous apprécierez une pièce divertissante!




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