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Un vendredi de Champion

Et non, le grand champion ce n’est pas moi. M’enfin, c’est pas que je n’ai pas envie de vous entretenir de moi. Me psychanalyser, me mettre à nu sur la place publique et ouvrir toutes grandes les portes grisantes de mon jardin secret, c’est un rêve que je chéris. Mais je crois que ma vie n’est pas assez banale pour être populaire auprès du lectorat que vous, fidèles admirateurs du Polyscope, formez. Avant de m’entretenir de la performance mémorable qu’a offerte vendredi dernier DJ Champion, accompagné de ses fameux G-Strings, je dois vous mettre dans l’ambiance de mes vendredis polytechniciens. Le vendredi à Polytechnique est une bonne vieille tradition avec laquelle j’ai renoué récemment, ayant passé la dernière session à soi-disant étudier à Prague.

Mon vendredi typique commence habituellement par un douloureux réveil, précédé de trop nombreux coups sur mon cadran. De mauvaise humeur, je me rends compte qu’il me reste à peine vingt minutes pour me préparer si je ne veux pas arriver en retard. Bref, j’ai cours de 8h30 à 11h30. Maudit que c’est tôt 8h30 le vendredi. Et le lundi également. Et tous les autres jours passés entre ces murs multicolores. Je sais ce que vous pensez. Ça fait trop longtemps que je remue la poussière dans cette école.

En tout cas, une fois le cours terminé, deux cafés bien vite consommés et quatre cigarettes brûlées, je me rends prendre mon repas au local du Polyscope, doux refuge rempli d’étranges créatures. J’en profite pour prendre les plaintes de tous et chacun, la distribution du journal de la semaine ayant donc été assurée par Philippe, roi des sports et des mini-jupes, bien entendu, puisque les deux vont de pair. Après avoir réglé les petits problèmes des uns et des autres, discuté de « press people » avec la rédactrice en chef et ensuite de drogue avec le gars qui a fait la couverture du journal, je me rends au dernier blitz de la semaine. Trois heures de laboratoire en compagnie d’un chargé peu intéressé et deux heures de cours, le tout entrecroisé d’une heure palpitante de conflit d’horaire et se terminant à 17h30. Maudit que c’est tard 17h30 le vendredi. Et le lundi. Vous avez compris la chanson.

Mais 17h30 le vendredi, c’est aussi l’heure où tout commence, en particulier la débauche, le Pub et les jeux installés sur les ordinateurs du Polyscope. C’est aussi l’heure vers laquelle mes amis débarquent à Polytechnique. Parce que voyez-vous, ce qu’il y a de sympathique avec mes amis, c’est qu’ils sont « cheap », et qu’ils adorent abuser de l’alcool. Résultat : ils viennent débuter, et parfois terminer, leurs soirées ici, où la bière n’est pas chère. Et ils se surprennent de mon manque de motivation hebdomadaire! Ben voyons donc, ce n’est certainement pas parce que j’y passe en moyenne 14 heures par jour, que c’est ici que j’ai connu mes pires migraines et que c’est ici que j’ai une réunion d’équipe à 10h samedi matin, que je ne trépide pas de joie à l’idée d’y célébrer l’arrivée de la fin de semaine.

Enfin, c’est à ce point de l’histoire que les choses prennent une tournure imprévue semaine après semaine. Comme cette fois où j’ai cherché ma chère coloc pendant une heure dans l’École, alors qu’elle s’était endormie dans les toilettes du deuxième, ou encore cette autre fois où une meute d’étudiants en manque de sensations fortes regardaient passionnément par la fenêtre un couple baiser dans la cage d’escaliers, près de l’entrée des étudiants. Je n’ai jamais su si nous avions eu affaire à un couple d’exhibitionnistes ou de junkies, mais ils se sont laissé filmer sans grande résistance. Je voulais publier le résultat sur YouTube, mais j’étais alors sous l’emprise d’une certaine conscience. Quel con. Je devrais arrêter d’écouter cette foutue voix féminine dans ma tête. À moins que ce soit celle de ma coloc?

Vendredi dernier heureusement, c’est à l’extérieur des murs de Polytechnique que m’a mené la soirée du vendredi. Accompagné de mes deux fidèles amis de toujours, Geneviève et Simon, nous nous sommes dirigés en direction du Métropolis pour une flamboyante soirée signée DJ Champion. Car oui, il possède sa propre signature, sa propre touche, sa propre musique. Et en plus, le chanceux, il repartira faire vibrer les salles en France au cours des prochaines semaines, sur ce même continent où il a fait danser des milliers de festivaliers tout au long de l’été.

Heureusement, on nous avait prévenus que le Champion ne commençait jamais à l’heure. Avec deux heures de retard, nous sommes arrivés juste à temps pour le début du spectacle. La salle, elle, était pleine à craquer.

Dès les premiers sons, on se sent transporté dans un autre univers, et on sait qu’on y passera une splendide soirée. Cet univers, c’est Maxime Morin, alias Champion, qui le dirige à son gré et lui donne la direction qu’il veut. Sur scène, debout devant ses consoles telles des tableaux de bords, il est accompagné de ses fabuleux G-Strings : quatre guitaristes (Sébastien Blais-Montpetit, Jean‑Luc Huet, Stéphane « fets » Leclerc et Barry Russel), une bassiste (Manon Chaput) et l’irrésistible chanteuse Béatrice Bonifassi, qui entre en jeu un peu plus tard. Le plus beau, c’est de le voir orchestrer tout ce monde. Il indique à chacun quand commencer sa mesure en les pointant du doigt.

C’est donc un concert très rock qu’il nous livre, avec tout ce beau monde sur scène. Ce n’est pas surprenant, puisque le talentueux Maxime Morin est un amateur de guitare, l’électrique étant son dada. Fusionnant le tout avec de l’électro, il mélange les deux genres à merveille. Le public ne peut tout simplement pas rester en place. Avec le système d’éclairage hallucinant, qui pointe à tout moment en direction des spectateurs afin de laisser les artistes dans l’ombre, on se sent vraiment au sein du concert. Tous et chacun y participent. La photo de gauche nous donne d’ailleurs une bonne idée de l’énergie flamboyante qui se dégageait du Métropolis la fin de semaine dernière!

DJ Champion offrit donc une solide performance ce week-end à Montréal. Une fois de plus, grâce à ses rythmes parfaitement ficelés, il réussit à nous faire bondir, en passant d’un air à l’autre sans que l’on s’en rende compte, sans que l’on sache vers quelles sonorités il nous emmène. Franchement, pour sortir de ma routine du vendredi, je ne pouvais trouver mieux. Et lorsque les rythmes s’endiablent, que le jeu de lumière est déployé à son maximum et que les G-Strings atteignent leur paroxysme, même le spectateur le plus réticent ne peut s’empêcher de danser, sauter sur place et s’écrier : vive le Champion! Vive Maxime!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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