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19 janvier : Relish et raffinement

Je suis restée un peu perplexe de constater que tout ce qui me sera essentiel en voyage tient dans un sac à dos de 65 litres que je n’ai vraiment pas l’intention de remplir complètement. Et encore là, «essentiel», faut l’dire vite. C’est vrai, sur les 65 litres, il y a plusieurs millilitres qui sont loin d’être essentiels, comme par exemple les 875 millilitres de relish que j’apporte pour offrir au Grand Dam. Le pire dans tout ça, c’est que ce n’est même pas une blague : de la relish! De la relish, bordel! Je ne me serais jamais doutée qu’en lui demandant «Au fait Damien, qu’est-ce que tu veux que je t’amène? Y’a pas un truc que tu ne trouvais qu’ici pendant ton échange et qui te manque depuis que t’es retourné en France? J’sais pas moi, t’as pas un équivalent de mon chocolat en poudre français?», il me répondrait l’atrocité suivante : «Si! De la relish! C’est mon péché mignon et on a fini depuis longtemps les deux gros pots que j’avais rapportés à la maison.». De la relish?!? Hé oui, de la relish, le truc vert-gluant-dégueu-sucré-chimique-qu’on-met-dans-les-hot dogs. Maudits Français!!! Comment voulez-vous qu’on réussisse à casser notre image de Canadiens-bûcherons-pas-d’classe en France si vous nous obligez à nous la ramener chez vous avec des pots de relish?!? J’arrive pas à croire que je vais me pointer en France, le pays du raffinement gastronomique, avec deux pots de relish (de 375 et 500 millilitres respectivement) dans mes bagages…

Je suis également restée perplexe quand, à la fin de mon bac, j’ai dû vider mon appart et tout rapatrier mon merdier dans ma chambre chez mes parents. Je manquais d’espace de rangement alors je me suis mise à fouiller dans tout ce qui en prenait déjà et que j’avais accumulé au fil du temps, histoire d’essayer de virer quelques trucs pour faire un peu de place. Je suis passée par plusieurs phases émotives : des sourires tendres et nostalgiques à l’envie de tout foutre aux poubelles. Je ne sais pas pourquoi je garde autant de choses, autant de livres, pourquoi j’archive autant de photos, autant de souvenirs. Y’a absolument rien de tout ça que j’ai mis dans mon pack sac de 65 litres alors ça ne doit pas être si essentiel que ça… Précieux, peut-être, mais pas essentiel. Surtout qu’une immense partie des évènements et des objets qui s’y rattachent s’incrustent en nous, on s’en souvient implicitement, qu’on le veuille ou non, alors pourquoi s’encombrer d’autant de souvenirs qui sont, finalement, emmerdants à déménager? Comme si on n’avait pas assez de les traîner mentalement toute notre vie, on se les trimballe physiquement en plus, en prime. On accumule. Et on garde, peut-être par peur d’oublier. Oublier quoi exactement, je ne sais pas. Mais je sais qu’il y a des heures rares et isolées au cours desquelles je retourne visiter tous ces vieux livres, ces vieilles affaires, ces vieilles images, quand cette envie bizarre à l’utilité mal définie me prend. L’envie, non pas de me souvenir mais, de mieux me souvenir.

Sinon, pour continuer l’énumération des millilitres non essentiels dans mon sac à dos, y’a aussi les deux fois 540 millilitres de sirop d’érable, toujours pour la famille du Grand Dam. Bon, le sirop d’érable, passe encore… C’est déjà plus respectable que la relish. Et puis c’est pas comme si j’allais devoir me les trimballer sur le dos pendant tout l’voyage…

MAUDE – «These precious things… let them bleed, let them wash away…. These precious things… let them break their hold over me…» – BOILLOT
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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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