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Deux plus un

Trois auteurs pour écrire trois courtes pièces (Marie-Êve Gagnon, Pascal Lafond, Louis-Dominique), un metteur en scène (Stéphane Saint-Jean), sept comédiens (Dephine Bienvenue, Élisa Compagnon, Benoît Dagenais, Philippe Lambert, Diance Lavallée, Philippe Martin et Yann Tanguay) et des contraintes imposées. Un défi de théâtre peu conventionnel, qui donne naissance à la pièce Trois!, pour laquelle les contraintes ont été déterminées au hasard avant même l’écriture, soit: le nom des comédiens pour chacune des trois pièces, le genre de chacune d’elles et les objets influents. Le résultat : une pièce de théâtre originale, et rafraîchissante.

Cela faisait longtemps que je n’étais pas allé au théâtre. La session dernière, j’avais laissé ma place de directeur de la culture à Philippe Nault, cet insolant qui osa me voler mes pages centrales alors que j’y étais encore. Mais me revoilà enfin au centre, et ce dès le premier numéro, après plusieurs mois passés à Prague, capitale de la bière pas chère.

Tout ça pour dire qu’avec la rentrée, il y a une énorme soupe culturelle qui s’est remis à bouillir ces temps-ci ! Ma foi, est-ce moi ou ça empire d’année en année ? Qu’importe, mardi dernier, après une journée de labo, je me rendais donc à l’Espace Libre afin d’assister à la pièce Trois !, une présentation du Théâtre du Désordre. J’en ai profité pour m’y rendre avec ma chère coloc, avec qui je n’étais pas sorti depuis des lunes ! Quoi de plus agréable qu’une petite soirée théâtre, la première de la saison ?
J’avais brièvement lu les communiqués de presse sur la pièce…des contraintes, trois petites pièces, trois duos, trois auteurs, trois style complètement différents, trois objets influents et un troisième personnage qui fait son apparition sur chacune des pièces…Franchement, on ne savait pas trop à quoi s’attendre !

Mais qui a-t-il de plus plaisant que d’être surpris, d’être agréablement surpris ?

Le premier style présenté est une tragédie, qui se termine à la grecque. On y voit deux femmes un peu « psycho » et tourmentées, qui reçoivent la visite du boucher. Celui-ci, incroyablement bien interprété par Benoît Dagenais, viendra perturber chacun des trois trios tout au long de la pièce. Il est en quelque sorte le fil conducteur de l’histoire. Cette première partie nous enchanta bien par sa sonorité et ses jeux de mots, mais nous étions encore sceptiques. La suite par contre nous fera vite changer d’avis.

Le deuxième style exploité est la comédie. Je n’avais jamais autant ri au théâtre ! Le duo ici est composé d’une tête, maître cunnilingeur de métier (oui oui !), et d’un recenseur. Ceux-ci, très bien joués, seront également perturbés par la visite du boucher. Dans cette partie de la pièce, on nous offre une belle réflexion sur la générosité. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour faire plaisir aux autres ? Si vous êtes du type mou qui ne sait jamais dire non, Trois ! pourrait bien vous faire réfléchir.

En troisième partie, on nous présente un drame mettant en scène un patient et une infirmière, dans une salle d’attente. Il faut d’abord souligner la performance de Delphine Bienvenu dans le rôle de l’infirmière qui en a par-dessus la tête. Elle nous fit tomber en bas de nos civières…euh, je veux dire, de nos bancs. Une fois de plus, le boucher viendra s’insérer dans le duo. S’engagera alors un dialogue de sourd où chacun y va de ses petits problèmes. Ce drame est très humain et nous interpelle profondément. On se reconnaît facilement dans les personnages, et les dialogues intercoupés dépeignent bien la distance qui existe trop souvent entre les gens dans notre société. Franchement, j’ai adoré.

Je ne veux pas vous en dire plus, puisque la pièce vous réserve de belles surprises. Les trois genres exploités mis côte à côte nous font vraiment réaliser les grandes lignes de la comédie, la tragédie et le drame. Rajouter à cela de bons acteurs, de bonnes mises en situation, une petite touche de musique et un éclairage de base qui unissent bien les trois pièces ensemble., et vous optenez une création gagnante. Simple, mais efficace.

J’ai déjà hâte à ma prochaine sortie! Sur ma liste: le TNM.

Trois !, jusqu’au 23 septembre 2006, à 20h. Une présentation du Théâtre du Désordre, en codiffusion avec Espace Libre.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.