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Nulle part ailleurs

Par Ilham Smaali

Certains lecteurs se demandent ce que vient faire la politique étrangère dans les colonnes d’un journal universitaire. Question qui m’a semblé à première vue étrange pour ne pas dire tout à fait déplacée. Mais à y repenser plus attentivement je me suis rendue compte avec effroi que cette remarque perdue dans les mails du Polyscope dénotait malheureusement d’une nouvelle tendance qui s’insinue chaque jour un peu plus sur les bancs de nos universités. Elle porte un nom la « technocratisation des étudiants ».

L’École Polytechnique a pour vocation de former des scientifiques de haut niveau (toujours commencer par flatter son auditoire…), jusque là je pense que nous sommes tous d’accord.

La question est de savoir si tout ce que vous venez chercher dans les établissements d’enseignement supérieur se résume à une validation des centaines d’heures passées devant un laptop, un gobelet de café tiède pour dernier compagnon ? Comment vous voyez-vous à la sortie de Poly, brandissant fièrement votre diplôme frappé du sceau de l’école où vous aurez passé (au mieux) une bonne partie de vos quatre dernières années ? Certes, vous aurez profité des 5, 7, me répliquerez-vous, pour lier des liens sociaux d’exception bien arrosés. Et là je n’aurais pas d’autre choix que de vous répondre que l’Université aura lamentablement échoué dans l’accomplissement de son rôle. Souvenez vous de ce que fût le glorieux passé des milieux universitaires.

L’École, et plus généralement l’Université a certes pour vocation de nous offrir un cursus optimum débouchant sur une carrière professionnelle en adéquation avec nos désirs dans le meilleur des mondes. Mais l’Université c’est bien plus que ça, il serait malheureux que vous ayez escaladé au moins 2920 fois (question bonus d’où vient ce nombre) la redoutable montée uniquement pour apprendre formules et théorèmes que vous aurez tôt fait d’oublier. Parce que finalement ces formules et autres langages informatiques, Google vous les rappelle aisément. L’Université heureusement est bien plus qu’un centre de formation de techniciens, c’est le plus riche centre de formation des consciences. Demain serons-nous appelés à devenir des acteurs se mouvant dans une société bigarrée, dans une société aux multiples composantes, dans une société qu’il nous faudra comprendre pour y adhérer ou la changer.

Ce que l’on attend de nous c’est non seulement d’être des cadres maîtrisant (plus ou moins bien selon le nombre de matins qu’on aura passé à faire dodo bien sûr) les technologies de pointe, mais également et je serais tentée de dire surtout des citoyens invités à participer à la vie de la Cité. Des citoyens qui auront, entre autres, la responsabilité de voter pour leurs représentants ; voire d’être eux mêmes ces élus (pour les plus téméraires). Et ne serait-ce que pour ne pas risquer d’être les futurs électeurs d’un Bush québécois, il nous est impératif de former nos consciences, de nous interroger, de nous cultiver, et effectivement de savoir ce qui se passe en dehors des limites de nos campus chéris. Évidemment me rétorquerez vous, il existe des quotidiens, bien plus calés que de piteux pseudos journalistes de ma trempe. Mais l’existence de ces journaux ne doit en aucun cas nous empêcher de prendre position sur tout ce qui fait notre société, parce que nous en faisons partie au moins tout autant que n’importe quel politologue. Et à cet égard, le Polyscope comme tout journal universitaire est une estrade sans pareille pour confronter nos points de vue, réagir, agir, et prouver que, non, les étudiants ne se sont pas technocratisés.

Non, les étudiants ne sont pas devenus insensibles au monde qui les entoure. Non, les étudiants ne sont pas juste des consommateurs d’alcool. Non, l’essence qui a initié les Mai 68, les manifestations contre la guerre du Vietnam ne s’est pas volatilisée. Le milieu étudiant bouillonne toujours de cette ferveur et de cette passion qui rend l’enseignement supérieur si riche en apprentissage, avoir des A+ tout au long de la session c’est bien joli ; savoir en plus pourquoi l’Insubmersible Amérique plonge dans le plus pur « conservationisme » avec juste une poupe de 48% de presque démocrates qui peine à la surface (celle du Titanic n’a pas résisté longtemps, souvenez vous) ; c’est encore mieux. Je ne prétend pas que le Polyscope vous éclairera de sa sublime vérité, non bien au contraire la vérité n’a jamais meilleure saveur que lorsqu’on l’a cherchée tout seul comme un grand. Ce à quoi je vous invite simplement c’est à ne pas oublier que (histoire de faire un peu de plagia avant la fin) la vérité est presque toujours ailleurs ; mais vous ne trouverez nulle part ailleurs la même liberté de pensée.

Sur ce les pious pious, profitez de la formidable opportunité qui vous est donnée de pouvoir encore vous exprimer différemment sans tomber sous la guillotine de la pensée commune.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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