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Élucubrations

Bonjour, bien-aimés lecteurs. C’est encore moi. Bon, j’en vois quelques uns qui soupirent, là-bas au fond, mais je vous ai entendus, ingrats personnages!
J’ai bien entendu votre
« Pas encore ce fichu écrivain à la noix ». Sachez, vils maroufles, que la seule prétention que j’ai en écrivant ces lignes est de vous faire perdre votre temps. Pourquoi, me direz-vous ? Hé bien, avec un peu de chance quelqu’un qui se trouve dans un de mes cours lira ceci et ne sera donc pas en train d’étudier le cours.
(Ça va jusqu’ici ? Vous me suivez ?
Parfait, continuons.) De ce fait, il aura forcément une moins bonne note et la moyenne de la classe sera donc plus basse, me laissant ainsi le champ libre pour un A coiffé de cette étoile tant convoitée. Haha, on fait moins les fanfarons maintenant
! Ma sombre machination vous fait réaliser à quel point la vie est injuste, pas vrai ? Alea jacta est.
Traduction libre : La vie est jonchée d’aléas.
Ces quelques mots de latin savamment placés dans le texte ont pour but d’amadouer le lecteur charitable qui n’a pas encore cédé à l’irrépressible envie de coller ce texte au fond d’un trou dans les montagnes et de profaner sa sépulture.
Oui, c’est bien à toi que je m’adresse, lecteur qui…qui…enfin, lecteur, quoi, et c’est déjà pas mal, non ?
Lecteur, le plus beau métier du monde. Enfin, ça le serait si c’était un métier. Malheureusement il n’en est rien, et de nos jours, sont lecteurs ceux qui n’ont rien de mieux à foutre. Les écrivains, par contre, peuvent vivre de leur art et se sentir comblés ainsi. On pourrait donc juger le lecteur d’ingrat. C’est vrai quoi, moi j’ai bossé sur ce truc, et vous, vous le lisez parce que vous n’avez rien de mieux à foutre, c’est quand même un manque de respect incroyable. Et alors que l’écrivain travailleur et essouffl é vous livre là le fruit de son labeur de la journée, vous, lecteur, n’ayant par conséquent rien d’autre à foutre, ne faites que promener vos yeux d’une lettre à l’autre, vous complaisant dans cette attitude de paresse et d’outrecuidance, voire même de fainéantise éhontée. Et de ces deux-là, de l’honnête travailleur et du bienheureux glandeur, qui retire le plaisir? Hé oui, c’est le lecteur qui, non content de n’avoir rien à foutre de sa peau, prend du plaisir sur le dos de l’écrivain fatigué, contrit.

Car comprenez bien cela, si le lecteur ne peut vivre sans son écrivain (ou alors il ne lit pas, et on n’en parle plus), l’écrivain, lui, écrira même sans lecteur. Un peu comme moi, d’ailleurs. Ah, non, il y a toujours vous, j’avais oublié. Oui, car il est un point sur lequel l’écrivain ne peut jamais se tromper, c’est quand il dit « vous me lisez ». Car dans le cas contraire, l’observateur modifiant lui-même ce qu’il observe, n’ayant pas observé le discours de l’écrivain, ne permettrait pas à celui-ci de tenir son discours, qui n’existera pas tant qu’il ne sera pas lu. Et quand il sera lu, et existera par conséquent, l’écrivain prévoyant faisant tout à son aise part de ses sentiments ne pourra mentir en déclarant être lu.

« Espèce de vieux citron, repose tout de suite ta plume et va courir dans la forêt », diront certains après cette laborieuse mise en bouche. Hé bien c’est comme ça, répondrai-je, et pour une fois, je ne serai pas le seul à avoir transpiré sur ce texte. Non mais ! Il faut bien que vous participiez aussi, j’ai transpiré pour l’écrire, ce n’est que le juste retour des choses que vous transpiriez pour le lire.
À présent, excusez-vous… Non, mieux que ça. Bon, je préfère ça.

Qu’est-ce que je disais avant qu’on m’interrompe? Bon, tant pis, parlons d’autre chose. En toute honnêteté, je vous avoue que j’aimerais avoir la prétention de vous apprendre quelque chose ou, tout le moins, vous divertir. Utopique ambition ?
Rêve ambitieux, s’il en est, mais qui m’oblige néanmoins à me creuser la tête pour vous, sans le moindre espoir d’une quelconque récompense.
Non, la satisfaction du travail bien fait ne compte pas…Mais trêve d’apitoiement présomptueux.
Entrons dans le vif du sujet. Question de commencer l’année 2006 du bon pied, je me suis dit que j’allais me dévoiler un peu à vous, histoire de tisser des liens de confiance qui défieraient le temps. Allez, faites un effort ma parole. J’ai l’impression de m’adresser à une bande de macaques en culottes bouffantes. Je dois donc vous avouer que j’étudie en génie informatique. Bon, ça va, arrêtez avec vos ricanements, je suis tout de même un humain.

Ce qui est drôle quand on étudie en informatique c’est qu’on se rend compte qu’on perd probablement notre temps. Pourquoi ? Parce que la plupart des gens se croient experts en informatique aussitôt qu’ils savent désinstaller un programme et faire un copier-coller. Mais à ce que je sache, conduire une voiture ne fait de personne un mécanicien, pas plus que raboter une porte ne fait de vous un ébéniste. Par contre, taper sur un clavier fait de vous un informaticien. Mais qu’est-ce que je fais à Poly ?

Si j’ai le malheur de mentionner que j’étudie en génie informatique, ça y est, je suis cuit. Soit je deviens le confident de toutes ces pauvres malheureuses victimes de l’informatique, soit je deviens un ahuri réjoui à lunettes qui vit dans un monde de schtroumpfs et de champignons magiques. La prochaine fois, je dirai que je suis tueur à gage, les réactions seront moins traumatisantes. Le moment de surprise et d’effroi passé, je me transforme soudainement en Superman, je dois avouer que c’est assez particulier comme situation.
À écouter parler les gens, je peux résoudre tous leurs problèmes informatiques. Habituellement, c’est là que le cauchemar commence. On me demande pourquoi l’imprimante n’imprime plus, pourquoi le sablier ne sablise plus, pourquoi Word ne plante plus, et ainsi de suite. Ce qui est embêtant, c’est que bien souvent je n’ai aucune idée de la façon de résoudre le problème. Je suis ingénieur, pas technicien. Je suis capable de concevoir un processeur, mais je serais incapable de vous dire pourquoi votre machine chante « Au clair de la lune » quand vous appuyez sur CTRL+F4+P. Quoique dans ce cas particulier, je dirais que vous avez affaire à un virus fallacieux.
Parfois, il arrive que je tombe sur un jeune efflanqué arborant fièrement un t-shirt avec « Linux rulez» en lettres vertes fl uo. Il me parle de bus AGP, de contrôleur IDE, de DDR, de carte-mère.
Dans ces cas-là, je prends mon air intéressé mais en fait je réfl échis à une nouvelle recette de quiche aux crevettes.

C’est fou mais j’en ai marre de parler d’informatique. Les rares lecteurs qui ont lu mes autres articles savent que j’aime bien changer de sujet selon mon humeur du moment. Je me sens l’esprit chevaleresque tout à coup. Je dis souvent que j’aurais du naître à l’époque médiévale. Je me vois, parcourant les plaines d’Europe sur mon étalon noir, pourfendant de mon épée fl amboyante les gueux aux canines émoussées et à l’odeur moribonde.
Vive le Roy ! De nos jours, les héros se font rares. Bien sûr, il y a bien Skip, ce chien au poil ras qui a sauvé de la noyade la petite Julie Michaud, 12 ans. Il a reçu la médaille du Gouverneur général. Sale cabot.

L’époque chevaleresque est bien révolue. En ces temps-là, la vie était rude, les hommes étaient virils, peu instruits, la seule école à cette époque était l’école de la vie. De nos jours, si quelqu’un vous dit qu’il a été à l’école de la vie, c’est une façon subtile de dire qu’il n’a pas terminé son secondaire 1. Je vois déjà vos petites frimousses jouffl ues frétiller d’excitation. Il vous fait voyager, ce bon vieux Olivier, pas vrai ? Avouez que vous vous êtes pris au jeu et que vous vous voyez déjà dans les bras d’une princesse aux cheveux bouclés.
On ne pourra pas m’accuser de ne pas vous faire vivre des émotions fortes. Allez, je vous laisse dans votre rêve. L’écrivain a toujours le dernier mot. C’est le cas de le dire.

Mots-clés : Olibrius (7)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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