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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

La boîte électronique

Il y a certaines choses qui réussissent à faire ressortir le mécréant qui sommeille en moi, celui qui tient un couteau entre ses dents et qui arbore plusieurs tatous à des endroits stratégiques de son corps. Il y a de ces moments dans la vie où je me dis que ça y est, je dois laisser sortir ce qui bouillonne en moi depuis tout ce temps, ce qui m’empêche de profiter des moments magiques qui s’offrent à moi. Voyezvous, je crois que c’est lorsqu’on remet en question ce qui nous semble tout à fait normal et naturel que l’on progresse et qu’on devient plus alerte, plus
« aware » comme le dirait notre maître à tous. Je sais que vous devez vous dire
« Mais qu’a-t-il donc ce bougre, seraitce donc que la lucidité a enfin germé dans son esprit? » Parfois ce sont des choses banales qui me font sortir de mes gonds. Par exemple, j’en ai plus que marre de ces emails dans lesquels on m’apprend que je suis précieux pour quelqu’un et que tout le monde m’aime. Vous savez, ces emails que certains envoient à 20 de leurs contacts en même temps en leur disant « Vous êtes précieux pour moi ». Je considère que mes vrais amis n’ont pas besoin de me dire qu’ils sont mes amis pour que je le sache. Mes vrais amis prouvent leur amitié par des gestes, par des attentions spéciales, pas par des emails insignifiants et sans valeur. D’accord l’intention est bonne, mais pour moi, ça n’a pas plus de valeur qu’un biberon rempli de mélasse. C’est fou ce qu’on peut écrire tard le soir, sous pression.
J’espère que mes enfants ne liront pas mes inepties, ça leurs enlèveraient le goût de procréer.

Pendant que vous êtes là, je vais en profiter. C’est que c’est un honneur pour moi d’être lu par vous, chers lecteurs.
Vos yeux chatouillent gaiement toutes ces lettres, j’en ai presque le frisson. Je ne sais pas pour vous, mais ma boîte de courrier électronique est devenue comme une amie. Elle est toujours là pour m’apprendre les bonnes et les mauvaises nouvelles. Et elle m’apprend même des choses que j’aimerais mieux ne pas savoir, par exemple comment faire grossir certains organes de mon corps ou comment éviter que mes cheveux tombent. Peutêtre que c’est un email de ce genre qui a incité José Théodore à s’acheter ce fameux produit contre la perte des cheveux. Comment? Vous me dites que c’est Guy Lafleur qui lui a vanté les vertus des produits anti-calvitie? Je vous réponds que vous ne connaissez pas votre hockey et que vous feriez mieux d’aller gambader dans un champ de brocoli, ça vous éclaircira les idées.
Sachez que Guy Lafl eur faisait la promotion des produits Hairfax, et non du Propecia – le produit utilisé par Théodore. « Nous photocopions des cheveux et nous vous les collons sur le crâne ». Je sais que ce n’est pas le slogan d’Hairfax, mais avouez que ça en ferait un bon.

Je m’épate. Malheureusement, il
n’y a que moi qui est épaté. Pour en revenir à notre amie, la boîte de courrier électronique, je dois vous partager une autre chose. Vous savez ces emails dans lesquels on apprend que la petite Nancy, 9 ans, souffre d’une terrible maladie et que vous devez envoyer cet email à « 20 personnes, et que AOL et Microsoft verseront 0.10$ pour chaque email envoyé. » Non mais attendez…
y a-t-il vraiment des personnes qui croient à ces histoires?
Vous rigolez j’espère? Et encore ces emails dans lesquels on nous incite solennellement à envoyer un minimum de 30 emails à nos contacts s o u s p e i n e d’être envoyés dans un goulag en Russie… ou de perdre notre compte Hotmail, ce qui revient au même. Si je croyais à toutes ces sornettes, il y a une Nancy dans le monde qui serait millionnaire, j’aurais perdu mon compte Hotmail une vingtaine de fois, je me serais fait contaminer par une épingle sur un siège de cinéma une bonne dizaine de fois, je serais rendu riche à cause d’actions achetées d’un certain Rick Barnett, et j’aurais 100 ans de malheur parce que je n’ai jamais forwardé ces fameux messages qui portent chance. Ouf, ça fait du bien.

Je sais que je pourrais vous parler de caricatures. Je sais que je pourrais essayer d’être sérieux et de vous faire réfléchir. Le moment viendra, mes chers amis, ne vous inquiétez pas. Sous cet air de naïf épaté se cache un érudit pertinent qui saura faire sa place sous le soleil. Seulement, je crois que tout ce qu’on lit dans les journaux a la même saveur terne, le même arrière-goût pré mâché qui entretient notre lobotomie.
Alors je continue à vous écrire avec ce ton ironique et narquois qui me plaît tant. Je peux me le permettre, dans trois mois je quitterai Poly pour de bon, un jonc à mon petit doigt et un sourire aux lèvres. Et vous vous serez encore là. Fidèles lecteurs, nous vous aimons.
Je me demande pourquoi je considère que vous êtes nombreux…

Mots-clés : Olibrius (7)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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