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Diffamation ?

Avis de tempête sur la presse étrangère au Royaume-Uni. Cyclone déclenché de quelques ronds dans l’eau repris à grand fracas de scandale à tous les niveaux de la presse. Si vous n’avez pas suivi ce morceau d’actualité brulante et trépidante de ce siècle, laissez-moi en dire quelques mots. C’est l’histoire d’une entrevue accordée par un serviteur des Windsor à un quotidien anglais, relatant de prétendues « relations inappropriés » d’une tête couronnée avec un autre serviteur. Succès éditorial en perspective. Las, une décision de justice (suite au recours demandé par le serviteur visé) vient stopper la parution du papier prometteur. Mais on n’arrête pas ainsi cette machime si bien huilée : combien de temps faut-il à ces experts en rumeurs sordides pour mettre à jour les protagonistes et monter en épingle une marée d’articles submergeant tous les canaux médiatiques ?

Certes pas plus qu’il n’en faut à la Haute-Cour britannique pour interdire la publication par quelque canal que ce soit de contenus mettant en relation ces protagonistes. Voici donc les journaux par dizaine traitant non plus de l’Affaire, mais de ses développements en termes de censure et d’interdiction de publier. Non pas que la famille royale ne soit plus vendeuse, au contraire ! Puisque deux serviteurs ne peuvent être cités ensemble dans un article, il s’agit donc de mettre l’amphase sur le Prince censeur de la presse libre. « Prince censeur », lisez plutôt : le prince, certainement accusé, quoique à tord, par d’anciens serviteurs (dont le nom ne peut-être révélé, pour des raisons de bienséance, l’affaire ayant des implications sur l’intimité des personnes royales), au nom de qui la presse est censurée. Voilà de quoi satisfaire tous les lecteurs du monde. Au passage, on oublie que ceux qui censurent la presse étrangère sont les distributeurs des dits journaux, pas les autorités, se couvrant derrière l’impérieuse nécessité de ne pas contrevenir à la loi et d’être seuls à couvrir la question Grande-Bretagne. Tout cela a la beauté de la grandeur d’âme de la liberté d’écrire, mêlée d’un relan de passion sordide habituel aux têtes couronnées, orchestrée autour de l’honneur d’un homme, accusé par un autre de le diffamer dans la presse.

Nous en sommes donc là : on se croit saisit dans un tourment dévastateur, dans la lutte sacrée contre la censure, et l’on se retrouve à vendre des tabloïdes sur les penchants des héritiers aux trônes. Quelle dégradation ! Quelle malhonnêteté ! Essayez donc de lire tous ces articles sur la question : pas un qui ne commence sans se dresser contre la censure, ni sans raconter cette histoire passionante et inconnue d’une possible relation qui n’est tout au plus qu’un non-événement. Et combien de ligne avant de voir que cela n’est ni le fait de la censure, ni l’effet d’une décision princière, ni même une question de savoir le fond de vérité de toute cette histoire ; mais simplement une question d’attaque en diffamation d’un serviteur sur un ancien collègue ?

Et à qui veut-on faire croire que tout cela n’est pas une grande bouffonnerie sur-exploitée ? Je n’y vois pas tout à fait l’envie de sincérité quand je vois que la presse titre sur l’affaire : « Charles, la rumeur et la censure » ou encore « La presse étrangère priée d’être royalement correcte » ; dans des articles qui nous expliquent les détails juridiques des décisions de la Haute-Cour et de la diffamation, en ponctuant le discours des traditionnelles considérations insipides de la presse à scandale.

Tout cela pour dire que le mot diffamation n’est pas à employer à la légère ! Mais assez de tout cela pour l’instant, il est temps de passer à nos diffamations polytechniciennes habituelles, dans lesquelles je vous défie de trouver plus de mauvaise foi que dans un seul de ces articles prétendument censurés et en libre circulation dans tous les pays du monde, sauf un.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.