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Le procès de Kafka

Joseph K. (Alexis Martin) est un employé de banque sans histoire, réveillé au petit matin par deux policiers qui lui apprennent sa mise en accusation. Le motif en est inconnu, et le restera pour toute la pièce, plongeant K. dans une lutte sans espoir pour prouver son innocence : chaque question qu’il pose amène une réponse plus évasive, chaque justification qu’il propose fait de lui un coupable. La pièce n’est plus qu’une longue marche implacable d’un appareil que K. n’essaie même plus de comprendre mais auquel il tente de s’opposer. Bien qu’étant « accusé », K. reste libre de ses mouvements : être accusé n’est qu’un statut social rendant l’être oppressé en permanence par la machine judiciaire, jusqu’à la folie.

Ainsi lui dit-on : « Vous avez le choix entre un acquittement réel, un acquittement apparent, une procédure dilatoire ou un report perpétuel ?

  • Je préfère un acquittement réel.
  • Ça n’existe pas.
  • Mais vous venez de dire…
  • Vous ne m’avez pas écouté. J’ai dit que dans les livres de loi, on parle d’acquittement réel. Mais dans la réalité, le réel n’existe pas… Vous comprenez ?
  • Non, je regrette. J’ai chaud. On crève, chez vous… » Dialogue classique d’une pièce où l’on sent K. osciller entre la colère et la folie.

C’est que l’essence du système présenté par Kafka n’est pas la justice, mais une construction parallèle du concept de culpabilité. Ici, c’est la société qui se décharge de sa culpabilité sur les « accusés », pris au piège dans un système dont le fondement est de ne pas permettre l’acquittement. On n’évolue pas seulement, en plein absurde comme semble en témoigner l’illogisme de la situation. On est, en fait, en présence d’une machination, d’une construction sociale qui écrase l’individu arbitrairement, et que chacun pourra identifier à sa façon, comme un totalitarisme, un extrémisme, un système économique, une pression sociale, une mode…

Dans cette adaptation signée Serge Lamothe mise en scène par François Girard, le tout ressort de façon contrastée. L’utilisation intelligente du rideau et la projection de texte pour marquer les changements de scène est agréable (si ce n’est la présence d’une faute d’orthographe sur la première projection !). En revanche le jeu est un peu long à se mettre en place, le tout début de la pièce semble lent, décalé, sans ambiance. Très vite, tout se met en place, même si ma sensibilité me pencherait plus vers un Joseph K. en plein doute, alors que la mise en scène opte beaucoup plus pour la colère et la révolte. Le réel coup de maître de cette version est sans contexte le décor, qui s’empile et s’encombre comme l’esprit de l’accusé, sans jamais se vider. Chaque pièce apportée reste sur scène, comme le lit présent dès le début. L’amoncellement va de pair avec la dégradation de l’apparence de K. L’horloge qui compte, coup de génie, le temps réel du spectacle et non pas l’heure du jour ou de la nuit, renforce aussi le décalage.

Au final, une pièce, certes pas légère, mais qui emprunte au roman toute sa puissance et sa profondeur, à voir au TNM jusqu’au 2 décembre (supplémentaires).




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