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De l’intégrité politique

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Difficile d’échapper, en France, au séisme qui secoue la droite traditionnelle. La condamnation à dix ans d’inéligibilité d’Alain Juppé, ex-premier ministre, maire de Bordeaux, député, député européen, président de parti et dauphin de Jacques Chirac, bouscule le paysage politique. À l’heure où Ariel Sharon se fait rattraper par son passé, où Martin est presque accusé de fraude fiscale, où Helmut Kohl est tombé pour de semblables raisons (on pourrait remonter jusqu’au Watergate)… il semble que les peuples souverains soient fâchés contre leurs « élites » politiques.

Victor Hugo écrivait : « la Révolution française est le plus puissant pas en avant du genre humain depuis l’avènement du christianisme ». Churchill, lui, a prétendu que la démocratie n’était, loin s’en faut, pas le meilleur système politique au monde, mais sans doute le moins mauvais. Et au centre de ce concept qui unit les systèmes politiques des pays libres, les mêmes idées que Platon exprimait bien avant même que n’existent les rois de France. Et la même vertu que devaient posséder ceux qui présidaient au destin des hommes. Passèrent les siècles et vinrent les lumières, du despotisme éclairé de Voltaire au Contrat Social de Rousseau. L’Angleterre décapita les Stuart, l’Amérique fit sa guerre, la France eut son 14 Juillet.

Et après 200 ans ? Effectivement, nous sommes bien loin des rois, mais force est de constater que chacun garde ses « grands hommes » politiques, qui restent en place 30 ans à diverses échelles du pouvoir, et marquent sinon l’histoire, au moins leur temps, de l’empreinte de leur action. Les démocraties gardent leurs « happy few », ces quelques hommes d’État qui ont la stature, l’aptitude et la vision (que l’on partage ou non) pour diriger une nation. Et aujourd’hui, en France, comme peut-être demain ici, c’est un homme de ce statut qui met en deuil sa famille politique. Celui qui doit être un modèle, parce qu’il nous dirige, a été reconnu coupable de « prise illégale d’intérêt » (mot savant pour dire qu’il a utilisé les caisses de la mairie de Paris pour financer des employés de son propre parti politique). Et chose rare, le tribunal est allé jusqu’à statuer dans ses attendus que Juppé avait « trompé la confiance du peuple souverain », comme pour frapper avec les plus forts des mots, le coupable.


L’homme politique, homme modèle ?

Après tout, l’homme politique, plus que les autres, n’a droit à l’erreur. Dirigeant les hommes, il doit être irréprochable. Garant des principes, il doit les respecter. Auteur des lois, il doit les connaître. Ne pouvant être plus royaliste que le roi, comment un citoyen pourrait être plus civique que son ministre ? Comment pourrait-on lui demander de payer ses impôts quand celui qui le dirige les fuit, comment appeler à la solidarité quand l’égoïsme dirige sa vie. Faites ce que je dis, pas ce que je fais est un adage qui a la vie longue. Alors que finalement, le citoyen attend de ses dirigeants qu’ils soient des modèles.

Mais quel modèle ne fait jamais un pas de côté ? Qui peut prétendre qu’il ne s’écarte pas, jamais, de la route légale exemplaire ? Versons dans la démagogie : qui n’est pas un modèle pour quelqu’un d’autre ? Et ce père de famille qui dépasse les limites de vitesse quand son enfant regarde le compteur, quel modèle est-il ? Allons, comparons ce qui est comparable, pensons-nous. Mais l’un dans l’autre, le père de famille est comme l’homme politique, il triche avec un système, tant qu’il n’est pas pris, tant qu’il garde, par chance ou par maîtrise, le contrôle, qui le remarquera ? Qui lui en voudra ? Et le jour où la faute devient connue ou dramatique, il faut accepter la sanction.

Objectons tout de même que ce conducteur n’est pas à la tête d’un pays, qu’il n’a pas l’avenir des hommes en main (quoique, d’un enfant, cela devrait être suffisant). Prenons alors modèles. Cette mère qui fume devant son enfant. Quel modèle est-elle ? Comment plaider contre le tabac devant quelqu’un qui la voit y céder tant de fois chaque jour ?

Et le Polytechnicien, moyen, l’étudiant au bac, à la maîtrise, ici ou à Concordia, à l’UdeM, peu importe, celui que l’on présente comme modèle de réussite scolaire, est-il irréprochable dans ce rôle ? Bien sûr, il n’y a qu’à regarder ceux qui se font ramener de party par leurs chums à peine un peu moins saouls. Pour ne citer que cela. Belle image de la réussite scolaire. Fin de la démagogie…

La société se fixe beaucoup de modèles, finalement, et qui peut prétendre être à la hauteur ? Dès lors, quelle sévérité pour nos hommes politiques, sous prétexte de leur statut de modèle ? Un peu d’introspection. Qu’on me nomme celui qui, comme modèle, n’a jamais failli.

Une question de système

Alors, prétextant du rôle de modèle, on frappe, et fort, sur les dirigeants. Fort heureusement, l’impunité serait plus qu’abjecte, le signal de la fin d’une organisation. Il n’y a rien à remettre en question de ce point de vue là. Ou plutôt, finalement, peut-être et dans une certaine mesure.

Qui me fera croire que le monsieur Juppé qui inspire ces lignes a agi seul ? Or la sanction, la seule vraie, l’inéligibilité de dix ans, c’est lui qui la porte. Maillon d’un système scrapuleux ; le seul à être pris, il tombe, d’autant plus fort qu’il est le seul à comparaître.

Mais voyez-vous, en France, la classe politique est plus une caste qu’autre chose. Une question d’École, dominée par un corporatisme effrayant. Il existe une institution, l’École Nationale de l’Administration. Hors d’elle, point de salut. Quiconque souhaite diriger doit y rentrer, en sortir. La seule chose que respecte cette école, finalement, c’est la diversité des opinions politiques, qui peuvent demeurer de l’entrée à la sortie. Mais chaque promotion nous promet ses leaders politiques de demain, unis dans un esprit d’anciens élèves d’une même École. Quand on confie son pays aux mains de personnes formées – lisez formatées – de la même façon, peu étonnant que l’on se retrouve dans des méandres obscurs. Car la particularité est bien là : elle est de distinguer par un diplôme la capacité de gouverner. De proclamer une élite avec la bénédiction de la Nation (école nationale). Alors effectivement, après l’on découvre que tous sont mêlés, tous se comportent de la même façon, tous sont parfois si lointains des préoccupations de fond, ou des conséquences de leurs lois.

Et le plus déroutant, vis à vis de l’affaire qui retombe aujourd’hui sur la droite française, c’est qu’elle non plus que la gauche ou que le centre ont joué ensemble le jeu des financements illégaux de leurs partis, à tous les échelons de l’État. Pour la bonne raison qu’aucune loi ne permettait le financement des partis avant 1995, en dehors des cotisations des membres. Ils ont donc du tricher, et pas forcément dans l’indifférence générale. Plusieurs, déjà ont été condamnés, jamais avec cette violence, jamais avec cette sanction de la « confiance trompée du peuple souverain ». Dur d’arriver en haut sans tâche dans un contexte où les écarts sont généralisés. Dommage pour les grands hommes qui par ailleurs brilleraient.

Et quels scandales futurs dans le budget de campagne de Bush, aux cent millions de dollars. Quel prochain Microsoft sauvé des tourments judiciaires par un don bien placé ? Et qui tomberait en cas de scandale ? Bush ? Pourtant je ne le défends que rarement, mais qui de moins coupable que lui, dans cette affaire. Si ceux qui ont monté le financement de sa campagne se sont salis, pourquoi lui seul en prendrait la faute. Si le peuple l’élit à nouveau, en quoi les dollars sont en mesure de lui enlever la confiance contenue dans les bulletins de vote ; car si un budget de campagne peut changer la tournure d’un scrutin, change-t-il la nature de l’acte du vote ? Qui ne sait pas que ces financements, républicains, démocrates, ne sont pas au delà des limites légales, d’une façon ou d’une autre ?

Et alors ?

Et alors, quand la justice le peut, elle frappe avec raison, certes. Elle ne frappe pas aveuglément, elle frappe des coupables. Et peut-être, parce qu’il faut bien y croire, arrive-t-elle à assainir tous ces « systèmes ». Il est bon, absolument, qu’elle soit capable de frapper aussi nos politiciens. Prêtons attention, tout de même aux à-côtés. Aux grands principes d’homme modèle, aux frappes myopes même si elles ne sont pas aveugles. Et gardons aussi à l’esprit que ceux qui se sont faits les champions de l’intégrité par le passé son ceux dont on aurait dû le plus se méfier.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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