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Alcooliquement vôtre

Qui l’aurait cru il y a même une semaine ? Certainement peu des anciens qui nous visitent régulièrement en disant : « Dans mon temps… ». Et pourtant, des prospectus avertissant des dangers du calage de bière fleurissent partout dans l’École. Avec une grosse semaine de retard, diront les mauvaises langues, mais c’est l’occasion de réfléchir rien qu’un peu sur le contenu de ce message.

Bien entendu, tout cela part d’une opération de prévention à échelle provinciale pour permettre aux nouveaux de réaliser les dangers d’une initiation trop arrosée, voire même de leur apprendre les quelques signes d’un « état éthylique grave » et les gestes qui sauvent. L’intention est somme-toute noble, et le document appréciable. Même si, bien sûr, on peut être réfractaire au fait de se faire prendre par la main pour un n-ième discours sur les méfaits de l’alcool, etc, etc. Cette manie de croire que les gens sont si naïfs, pensais-je en le lisant.

Et puis pas plus tard que mardi, je lisais sur cyberpresse.ca un petit article relatant un sondage commandité par la sérieuse Association des Brasseurs du Canada. L’article revient sur toute cette campagne de sensibilisation, et insiste sur quelques drames liés à l’alcool, cités en exemple, noms des victimes à l’appui, circonstances des décès… tout ce qu’il faut pour toucher au voyeurisme sous couvert de faire de l’information. Bref, il faut quand même parfois se rappeler qu’on peut mourir de boire trois litres de bière en moins de deux heures. La quantité n’a pas l’air impressionnante, trois litre… Un verre à shooter de bière par minute, mais pendant 100 minutes. À méditer quelques instants, pour ceux qui souhaitent.

Mais je n’aime pas ce mode d’information, jouer sur les peurs primales du monde pour lui faire passer un message. Un peu comme cette affiche de la Society for Fire Protection Engineers qui organise une « formation » sur la « sécurité anti-incendie » dans les immeubles. Images du World Trade Center en feu, et explosion de l’avion à l’appui, les affiches sont visibles à Poly. Tout pour frapper l’imaginaire, faire peur, et puis finalement obtenir un public réceptif et conditionné. On ne peut pas intéresser les gens à assister à une formation pour leur propre sécurité sans leur faire imaginer qu’eux aussi auraient très bien pu se retrouver victimes de l’attentat le plus traumatisant dans les consciences américaines voire occidentales en général. Oui, vous aussi pourriez être un jour au mileu d’un immeuble de 200 ( ?) étages avec cages d’ascenceur bloquées et escaliers en feu, fumée étouffante, sol qui menace de s’éffondrer et aucun recours pour sortir, que d’attendre d’improbables secours eux-même pris au piège. Témoins aux première loges d’un événement si choquant que plusieurs refusent encore de croire que tout cela n’était pas conspiration. La panique vous prenant, vous serrant si fort que vous commencez à vous demander si vous ne seriez pas comme cette âme en peine dont la présence d’esprit n’a abouti qu’à le faire sauter de plusieurs centaines de mètres dans l’espoir ahuri d’échapper au cauchemard infernal. Ça y est, vous souhaitez assister à cette formation ? c’est dix dollars, merci. Un certain Michael Moore parlait, de cette utilisation récurrente des images pour provoquer la peur.

Mais revenons à la biere. Après nous avoir fait bien peur, nous voici replongés dans les chiffres du sondage. Par exemple, 63% des 5 000 étudiants interrogés, apprend-on, déclarent ne boire qu’une à deux fois par mois. Par mois ! On ne frôle quand même pas l’alcolisme gallopant.

Alors là, par contre, je m’inquiète, personnellement. Je ne me savais pas fondamentalement alcoolique dans la population étudiante du Québec. Il semblerait que manifestement, je sois un danger public dénoncé par cette campagne. Sérieusement ! Est-ce que je vais commencer à me dire (et là je serai définitivement alcoolique aux yeux du monde) « Oui, enfin, il y a boire, et boire, deux choses différentes ». Et c’est pour ça que j’aime cet article, profondément. « Seule une minorité de jeunes sont de gros buveurs. Le problème, c’est que les autres ont souvent l’impression d’être les seuls à rester sobres. Une étude rendue publique hier révèle que 63 % des étudiants ne consomment de l’alcool que deux fois par mois ou moins. » Alors, pour vous, boire, c’est boire jusqu’à n’être plus sobre (deuxième phrase) ou c’est consommer de l’alcool (fin de la citation) ? C’est important, pour savoir si je suis finalement quelqu’un de plus raisonnable que la moyenne ou alors un cas désespéré.

Je pourrai toujours me consoler, les jours de grande solitude post Dieux du Ciel, en pensant que finalement, un physicien dont le nom m’échappe a eu le prix Nobel en évaluant numériquement le nombre d’Avogadro en passant par le dénombrement de l’altitude de bulles en suspension dans une solution colloïdale, qui devait nécessairement suivre la statistique de Boltzman. Je me propose de transposer l’expérience avec la bière.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.