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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Tant mieux

Pourquoi n’aurais-je pas le cœur brisé et ne serais-je pas éprouvé par la vie ? C’est le propre du héros que de subir des revers afin d’être héroïque. J’ai déjà été sur les marches rouges au Festival de Cannes et aussi sous les ponts à Budapest. Quand tout va bien, c’est facile de parler, mais c’est dans mes moments les plus difficiles ou les choses signifient quelque chose. Tiré de la boue, sous la nuée et à travers le feu. Mais Clark Kent ne devient Superman qu’après avoir déchiré sa chemise dans une cabine téléphonique. Moi aussi, il me faut une transformation. Il ne s’agit pas de déchirer ma chemise (en plus avec le froid ça serait pas une bonne idée), mais de recevoir la promesse de l’eau transformée en vin. C’est inné en nous qu’il faut faire des choses exceptionnelles, comme monter des montagnes à genoux, mais on a pas à faire ça. On doit être exceptionnels dans le train train ordinaire, dans des rues banales et parmi des gens standard, le héros est là. Marcher sur l’eau sous le coup d’une impulsion, c’est facile ; mais marcher sur la terre tous les jours, c’est une autre affaire ! Je dois apprendre à être noble au milieu d’une génération mauvaise qui demande un signe. Mais aucun ne lui sera donné, si je veux raisonner, pas étonnant que je sois dans la perplexité.

Heu, au passage, un truc qui n’a rien à voir, le party du Polyscope c’est bientôt, il va y avoir du monde, si vous vous sentez seul(e)s le soir du 21, on sera là pour vous. Tarek Ould Colonne Bachir signera des autographes, Médis Kelfouillouis vous expliquera tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la géopolitique mondiale et moi-même serais là pour parler de choses plus sérieuses. Revenons au sujet. Peu importe la race ou le sexe, de 7 à 77 ans, quand le malheur veut frapper, rien ne l’empêche. Dans les taudis de Rio ou a travers les serrures en or, la maladie comme le mal passent et personne ne peut dire qu’il a n’a jamais été atteint. La vérité c’est que personne n’est épargné, et que personne n’est innocent. Je n’ai pas besoin d’une grâce surnaturelle pour faire face aux crises et aux problèmes de la vie, la nature humaine et ma fierté me suffisent très bien. Mais si je grille un feu rouge (même dans une rue vide) et que la Police m’attrape, croyez-vous que cela change le montant de la contravention si je dis au gendarme que je suis désolé et que je ne faisais de mal à personne ? Pareillement, je peux vivre dans le remords et le regret, ça n’effacera pas ma dette, je ne peux pas me pardonner moi-même, quelqu’un doit payer. Encore faudrait-il que j’accepte. Alors il faut que je cède de ma propre main, parce que personne ne peut le faire à ma place, et si j’hésite, c’est parce que j’aime quelqu’un d’autre, à savoir moi-même. Il se peut que j’arrive au seuil de prendre des décisions 365 fois par an, si je ne renonce pas à ma vie passée, tout le reste n’est qu’une fraude pieuse. Je peux tout recommencer et repartir à zéro, à la seconde même ou j’agis, la transaction a lieu. Pas forcément en action, mais en volonté. Je suis rendu libre et je fête en simplicité. La dernière chose que nous faisons est de faire le premier pas, mais n’importe qui faisant ce pas intérieur sait que ce ne sera pas son dernier. Malgré la pluie la neige et le froid je m’approche, après mon dernier battement de cœur, alors que mes yeux se fermeront sur ce monde, ils s’ouvriront sur la compréhension que cette vie n’est qu’une mission, une mission de vivre une vie digne de celui qui m’a appelé. Tiré de la boue, sous la nuée et à travers le feu.

Beaucoup d’étudiants vont quitter Polytechnique pour une raison ou pour une autre avant ce Noël, les statistiques des premières années sont là. On se lance dans la vie, la neige tombe, l’hiver est là et ces quelques lignes sont dédiées pour vous.

Mots-clés : Spiritus Sanctis (13)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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