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C’est pas à se crosser !

Au cours des dernières semaines, j’ai eu l’occasion de constater que les expressions en provenance de ma Beauce profonde étaient particulièrement appréciées, puisqu’elles étaient inconnues de la plupart des étudiants, peu importe leur origine. Le problème, c’est que je n’en ai qu’un nombre très limité, du moins jusqu’au prochain banquet familial. Par contre, il m’en reste encore une ou deux dans ma poche, dont la perle de cette semaine : « C’est pas à se crosser ! »

Crosser comme dans pousser un truc avec une crosse ? Non mais ! Vous voulez rire ! Je vous apprends des expressions beaucoup plus salées que ça depuis la rentrée ! C’est qu’il nous en cache des choses le Petit Robert… Ainsi, crosser, c’est comme fourrer ou baiser : quand on crosse quelqu’un, on l’a bien eu. Mais sous la forme pronominale illustrée ci-dessus, crosser désigne la masturbation.

Alors, comment utilise-t-on l’expression ? D’abord, elle ne s’emploie qu’avec la négation. Vous ne direz donc pas à tante Germaine que ses petits gâteaux secs sont à se crosser, car l’image mentale que ça donne n’est pas très appétissante. Bien sûr, comme me l’a fait remarquer ma coloc le jour où je l’ai traumatisée avec cette expression, s’il y a des trucs qui ne sont pas à se crosser, ça veut dire qu’il y en a qui le sont… mais on ne veut pas le savoir alors, de grâce, gardez un minimum de mystère autour de votre vie sexuelle, elle n’en aura l’air que plus intéressante ! Ensuite, ne « scrapez » pas le punch de l’expression comme le fait régulièrement ma coloc : ça se dit tout seul, en une seule réplique. Exemple classique : vous êtes assis à côté d’une tronche dans votre cours de calcul, et la tronche en question vous demande si vous aimez les intégrales. Si vous êtes normal, vous pouvez répondre « Bah ! C’est pas à se crosser ! » puis vous pourrez réclamer 200$ en passant GO. Ne vous éparpillez pas à discuter sur les intégrales comme suit : « Ben, celles qui sont simples, ça va, mais quand il y a des logarithmes, c’est pas à se crosser ! ». Pourquoi ? Parce que c’est mal. Surtout si vous vous êtes trompé sur le cas de la tronche et qu’il ne s’agit en fait que d’un simple étudiant aussi désemparé que vous et qui tente tant bien que mal de le cacher. Il s’est déjà endormi depuis longtemps quand vous lui balancez la fameuse expression, même si vous l’effrayez avec un logarithme juste avant (intégrer un log ! quelle horreur ! calmez-vous un peu le poil des jambes !). Il n’y comprendra plus rien : vous lui parlez de somnifères et pouf ! maintenant on se masturbe !

Enfin, il est recommandé de n’utiliser l’expression que pour parler de choses ou de situations, puisque la comparaison tiendra mieux la route, nul ne doutera qu’il s’agit d’une façon imagée d’exprimer votre pensée, et surtout personne n’interprètera vos paroles comme une insulte. Et aussi parce qu’encore une fois, ce n’est pas tout le monde qui tient à savoir à qui vous pensez et à qui vous ne pensez pas quand vous vous amusez en solitaire…

Mots-clés : Kebekwa 101 (6)

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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