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Cahier de guerre

Quitter l’Irak dans les 48 heures. Leur refus débouchera sur un conflit militaire, déclenché à l’heure de notre choix ». Cette déclaration de George W. Bush, humoriste à ses heures perdues, suscite l’émoi de la communauté internationale et met fin au bras de fer diplomatique entamé depuis le mois de novembre à l’ONU pour l’obtention d’une nouvelle résolution. Le grand mystère qui demeure après ces propos reste l’heure du déclenchement de la guerre. « L’heure de notre choix ». De quelle heure s’agit-il exactement ? Celle où Bush sera enfin capable de localiser la position de l’Irak sur une carte géographique ?

Mercredi, 19 mars Au total, ce sont plus de 300.000 soldats américains et britanniques, soutenus par environ un millier d’avions qui sont sur le pied de guerre dans la région du Golfe. Tony Blair, dont la cravate pend la moitié du temps à l’entrejambe de Bush déclare à la chambre des communes anglaises : « Si le seul moyen de détruire les armes de destruction massive de l’Irak, c’est le changement de régime, alors le changement de régime doit être notre objectif ». Par « armes de destruction massive », Blair fait probablement référence au coupe-papier qui se trouve sur le bureau de Saddam ou peut-être considère-il les flatulences de la population irakienne comme de potentielles armes chimiques. On veut des preuves monsieur Blair ! Le rapport plagié (avec ses fautes d’orthographes) de la thèse d’un étudiant américain (qui s’était basé sur des données datant de la première guerre du Golfe) et qui était certifié issu d’un rapport d’experts des renseignements britanniques en est une, incontestablement.

Jeudi, 20 mars Début de l’agression anglo-américaine contre l’Irak. Bagdad est bombardé toute la nuit du mercredi au jeudi. Donald Rumsfeld déclare en conférence de presse que les attaques encore à venir seront d’une force et d’une ampleur qui n’ont jamais été atteintes dans aucun conflit auparavant. Rumsfeld est sûr de figurer parmi les nominés pour le prix Nobel de la paix cette année. Les canaux d’information passent la journée à analyser et commenter l’écrasement de quatre misérables missiles irakiens lancés dans le désert koweitien, alors que Bagdad, ville millénaire et berceau de la renaissance occidentale, a subi la veille une pluie de plus de cinq cents missiles de croisières et autres. Vive CNN et la désinformation !

Vendredi, 21 mars « Allons-y », c’est la phrase que Bush a prononcée (remarquez la concision de la langue) peu avant que son armée de terre ne se mette en branle et pénètre dans le sud de l’Irak. Nom de l’opération « choc et effroi », on ne doute désormais plus avec ce nom du pacifisme de Bush. Direction Bassorah, deuxième ville du pays et Oum Qasar, ville portuaire d’une importance stratégique majeure vu que c’est la seule ayant débouché sur la mer. Les bombardements s’intensifient sur Bagdad, on dépasse le millier de missiles balancés par l’aviation et les croisières stationnées dans le Golfe. La bonne blague de la journée, pendant que des dizaines de personnes meurent sous les bombes, provient d’un membre du parlement britannique. Ce dernier demande à ce qu’il soit assuré : « que le zoo El-Zawra de Bagdad soit préservé des bombardements alliés et que les militaires apportent une aide d’urgence au gérants du zoo et aux organisations de protection des animaux en Irak ». Y’a pas à dire, ils pensent à tout ces anglais. Encore merci monsieur le député pour les singes, les zèbres et les porcs-épics qui n’auront pas à souffrir des séquelles corporelles et psychologiques de ce conflit.

Samedi, 22 mars Mobilisation mondiale contre la guerre en Irak en réponse au cri d’appel lancé par Tonton David voilà déjà dix ans : « Je suis sur qu’on nous prend pour des cons, mais je suis certain que quelque chose ne tourne pas rond ». Des centaines de milliers de manifestants dans les rues. À Montréal plus de 200 000 personnes malgré la pluie et la grisaille. Bush, ton pétrole, enfonce-le toi bien profond là ou je pense. Toujours pas de bilan officiel des raids américains sur Bagdad, les morts sont peut être trop nombreux pour pouvoir être comptés. Premiers morts côté alliés ; 8 militaires britanniques et 4 américains victime d’un tir de missile ami. Les bavures sont une tradition que l’armée américaine soigne et tient à préserver dans ses rangs. Les GI’s se heurtent à une résistance farouche dans les villes de Oum Qasar, Bassora et Nassyriah ou douze militaires américains sont portés disparus. Il est très légitime de s’étonner à l’instar des journalistes de RDI que la population ne les ait pas accueillis en libérateurs. Sans doute n’ont-ils pas le sens de l’hospitalité. Pour se soulager des désagréments du matin causés par les « quelques milices irakiennes » et par la mauvaise qualité du café de l’US Army, l’état major ordonne le largage de plus de 1500 missiles sur Bagdad. Ce sont bien sûr des missiles conventionnels, les civils sont morts sont souffrir et ils n’ont même pas eu la politesse de dire merci.

Dimanche, 23 mars Bush se met en colère. Protestant fermement contre la diffusion d’image de prisonniers américains sur une chaîne irakienne et reprises par Al-Jazira, il exige que ses soldats soient traités « avec humanité » par les irakiens. D’après Bush, expert en la matière, cet acte constitue une violation de la convention de Genève sur les prisonniers de guerre. Depuis quand Bush se soucie-t-il des chartes et des conventions internationales, lui qui est le premier à les violer quand ça l’arrange ? Il pousse le burlesque encore plus loin en menaçant : « ceux qui agiraient autrement seraient considérés comme des criminels de guerre ». Question à choix multiples, toute documentation permise, calculatrice non programmable autorisée : Parmi ces trois possibilités :

  • Des prisonniers américains.
  • Des geôliers irakiens.
  • George Walker Bush. Déterminez le criminel de guerre. Sur le terrain, l’armée anglo-américaine continue à patauger dans le sable. Une nouvelle stratégie est adoptée, on se contente d’encercler les villes et on maintient le siège. À Bassora, la population commence à manquer d’eau potable et d’électricité. Kofi Annan joue les « madame Irma » en prédisant l’imminence d’une catastrophe humanitaire. Après la présidence de l’ONU, Annan à la présentation de la météo ? Orages de bombes et pluies de missiles pour la matinée de demain.

Lundi, 24 mars : Un paysan irakien, à l’aide d’une carabine, réussit à abattre un hélicoptère Apache de l’armée américaine. L’engin est considéré comme étant un des plus solides et des plus redoutables de l’arsenal US. Les américains protestent une nouvelle fois, arguant que la saison de la chasse aux hélicos américains n’est pas encore ouverte dans la campagne irakienne. Nouvelle « bavure » américaine, le campus de l’université de Bagdad est bombardé, au moins trois morts et plusieurs blessés. Les bavures s’accumulent, on ne les compte plus ; dans le centre, dans la périphérie, dans les quartiers riches, dans les quartiers pauvres, dans les musées de la ville, dans les usines. À présent, le buvard n’est plus assez grand pour sécher tout le sang qui coule. On ne peut s’empêcher de se rappeler que ces mêmes frappes « chirurgicales » avaient causés la mort de 150 000 personnes à la première guerre du Golfe. Dans le nord, Kirkouk et Mossoul, deux villes pétrolières, croulent sous les bombes.

Mardi, 25 mars La coalition n’est plus qu’à une centaine de kilomètres de Bagdad. Son avancée est qualifiée de « rapide et spectaculaire » par le général Tommy Franks, commandant des opérations militaires dans la région. Les morts qu’ils ont laissés derrière eux n’en reviennent toujours pas. Bagdad est désormais bombardée jour et nuit par l’aviation ennemie en préparation de l’assaut terrestre prévu pour les prochains jours. Pendant ce temps, les camps de réfugiés demeurent désespérément vides, on se demande où est-ce qu’ils sont passés ces maudits réfugiés. Même les ONG se retrouvent au chômage, la Croix Rouge prévoit un plan de licenciement de 2000 salariés. Les guerres ne sont décidemment plus ce qu’elles étaient. L’armée américaine s’apprête à déployer dans le port d’Oum Qasar, les détecteurs de mines les plus inattendus : des dauphins que l’on a fait spécialement venir de San Diego, en Californie. Les trois ou quatre dauphins en question, aidés par leurs sonars naturels, sont spécialement entraînés à aider les plongeurs à déceler sur le fond marin la présence de mines ou autres engins explosifs que les forces irakiennes pourraient avoir immergés. Aux dernières nouvelles, Flipper et Oum le dauphin ne figureraient pas dans la délégation.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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