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Le palais du Louvre

La semaine dernière, nous avons retracé l’histoire du Louvre durant tout l’ancien régime, jusqu’en 1789. C’est à cette date qu’il cesse d’être uniquement le centre du pouvoir royal…

La révolution va transformer le palais en musée de la nation. Napoléon Ier va d’ailleurs s’ingénier à le remplir consciencieusement d’œuvres provenant de ses multiples campagnes, dont nous ne citerons ici que celle d’Egypte. Sous le premier empire (1804-1815), la partie Ouest du complexe (les Tuileries) va redevenir résidence princière tandis que le musée est consigné dans les pavillons orientaux. Napoléon Ier décide de renouer avec le projet d’union définitive des deux palais. Il fait raser les quartiers qui les séparent et confie à ses architectes, Percier et Fontaine, le soin d’élever une aile au Nord afin de faire un pendant à la galerie du côté de Seine. Un arc de triomphe de marbre et de pierre d’un luxe prodigieux à la gloire de la grande armée est édifié dans la cour du Carrousel. A son sommet, l’empereur fait placer un quadrige dérobé sur la place Saint-Marc-de-Venise. L’époque de la Restauration (1815-1848) n’apportera guère de modifications majeures au chantier. En fait, il va falloir attendre Napoléon III et le Second Empire pour que la réalisation du grand dessein soit enfin atteinte. Ce sont les maîtres d’œuvre Lefuel et Visconti qui mèneront à terme le projet. La France étant à cette époque au sommet de sa puissance et rien n’étant alors trop beau pour magnifier le pouvoir impérial, il est décidé de faire du Louvre la « Mecque de l’intelligence ». Pendant près de vingt ans, les travaux vont se poursuivre. Non seulement, de nouvelles portions du palais sont édifiées mais d’autres sont remaniées, restaurées ou carrément reconstruites dans un style plus moderne. Précisément, il s’agit du style « Napoléon III », incontournable pour qui habite à Paris. (À Montréal, l’hôtel de ville est justement bâtie dans ce style). Il est en quelque sorte un panégyrique de luxe et de l’opulence : lustres en cristal de roches, dorures à l’excès, décor baroque surchargé où s’entremêlent amours et putti, cheminées de marbre monumentales, intérieurs pourpres, etc…C’est ce à quoi ressemblent les appartements du duc de Morny qui se visitent dans la partie Nord du musée.

A l’été 1870, le chantier est enfin achevé, les deux palais sont réunis en un gigantesque quadrilatère, subdivisé en plusieurs cours et rythmé par différents pavillons. Pourtant, trois mois plus tard, la France déclare la guerre à la Prusse avec les conséquences désastreuses d’une défaite. S’ensuit alors la Commune, sorte de guerre civile qui va opposer le peuple de Paris décidé à combattre les prussiens jusqu’au bout et les armées françaises désireuses de conclure un traité de paix et stationnées à Versailles. Devant l’avancé des troupes françaises commandées par le maréchal de Mac Mahon, les révolutionnaires menés par des groupuscules anarchistes d’extrême gauche décident de mettre le feu à Paris en signe d’ultime résistance : la ville va brûler pendant trois jours et trois nuits. A l’issue des combats et une fois le calme revenu, les dégâts sont immenses. La mairie, certains ministères, la moitié du Louvre et des dizaines de monuments sont réduits en cendres.

La troisième république lance alors une vaste campagne de reconstruction. Mais en ce qui concerne le Louvre, elle ne rebâtira que la partie musée et fera disparaître sous la pioche des démolisseurs et des vandales les Tuileries, une des plus belles pages de l’histoire de l’architecture française. C’est ainsi qu’aujourd’hui, le Louvre que l’on peu visiter n’est en fait plus qu’un édifice amputé d’un tiers de ses bâtiments avec deux immenses « bras » qui semblent étreindre le vide et n’aboutir nulle part (avec à leurs extrémités les pavillons de Flore et de Marsan). Les architectes de l’époque (fin du XIXème siècle) se contenteront donc de reconstruire fidèlement les parties incendiées et de réorganiser le musée.

Jusqu’aux années 80, il n’y eut pas de travaux majeurs, l’État français se limitant à l’entretien des bâtiments et des collections. C’est durant les deux dernières décennies du vingtième siècles que le projet de « Grand Louvre » a été mis en place. D’une durée de quinze ans, les travaux prévoyaient un réaménagement complet du musée avec la création de plusieurs nouveaux espaces en sous sols et gagnés sur le ministère des finances qui occupait les appartements Napoléon III du duc de Morny. La seule réalisation visible de ces travaux qui coûtèrent l’équivalant de 2 milliards de dollars fut la construction de la fameuse pyramide de verre à l’esthétique fort discutée, encore aujourd’hui. Plusieurs voix se sont élevées lors du réaménagement pour que l’on fasse resurgir du sol le palais des Tuileries empli de trois siècles de souvenirs d’histoire de France, centre de la vie parisienne. Mais, dans ses fondations encore en place a été aménagé un stationnement souterrain pour les autobus de touristes, noyant tout sous des tonnes de béton.

A la différence du musée de l’Ermitage de Saint Pétersbourg ou de celui de Versailles où les œuvres d’arts se sont insérées dans le décor palatial, on a fait du Louvre un musée moderne dans un palais ancien : escaliers mécaniques de métal et de verre, murs en béton armé, design et intérieurs ultramodernes, vastes pièces au décor dépouillé et minimalistes à l’extrême, côtoient les parties historiques, riches et opulentes, fierté du grand art à la française.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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