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ISD, 4 ans et toutes ses dents

Ingénieurs Sans Frontière Canada existe depuis quatre ans seulement. Elle compte déjà 6000 membres à travers le pays et est implanté dans vingt universités canadiennes. De passage pour donner une conférence à Poly et gonfler le moral des troupes polytechniciennes, Parker Mitchell, co-fondateur d’ISF, a accordé un peu de son temps au Polyscope pour cette interview.

Le Polyscope : Quelles sont les raisons du succès d’ISF à travers le Canada et comment expliquez vous l’engouement que suscite votre organisation chez les étudiants ?

Parker Mitchell : Je pense que ce sont des gens qui voient un monde plus global, qui dépasse largement les limites de leurs campus, et qui veulent s’y impliquer. Ils sont conscients qu’il y a des personnes qui ont beaucoup moins qu’eux et veulent améliorer leur sort. ISF Canada et le chapitre polytechnicien de l’organisation leur donnent la chance d’appliquer leurs connaissances techniques acquises pendant leurs études de génie à ces fins.

Pensez-vous que les ingénieurs sont moins impliqués socialement que les étudiants des autres disciplines ?

Je ne dirai pas qu’ils ne veulent pas s’impliquer socialement mais plutôt qu’ils vivent dans un contexte, scolaire notamment, qui ne le leur permet pas. A Waterloo, où j’ai fait mon bac en génie mécanique, nous n’avions que 5 cours au choix sur 45, ce qui ne nous laissait pas trop de marge de manœuvre pour nous ouvrir à autre chose que le génie. La meilleure preuve sur ce que j’avance est le succès de nos chapitres à travers tout le Canada. C’est incroyable, le nombre d’étudiants et de professionnels qui n’attendez que cette occasion pour se lancer dans des projets de développement international. Notre section de Calgary a réussi à obtenir de l’administration de l’école de restructurer le cours de gestion de projets technologiques et de l’axer sur des sujets comme le développement durable ou les sources énergies alternatives.

ISF Polytechnique envoie chaque été des étudiants stagiaires outre-mer pour une période de 4 mois. Des stages s’étalant sur 8 à 36 mois existent également, mais sont offert aux diplômés…

Nous offrons la plupart des stages en Afrique, un peu moins en Asie et en Amérique du Sud. Nous sommes souvent allés au Cameroun et au Ghana. Un des buts des stages de 4 mois est d’avoir des personnes qui vont revenir dans la section pour contribuer à son développement et partager ce qu’ils ont vécu avec les nouveaux membres. C’est pour cela que nous privilégions, pour les stages courts, des étudiants en première ou deuxième année de leur cursus. C’est un peu une initiation aux projets de développement international et ils peuvent par la suite passer à des stages de à long terme. Les étudiants en tendance à croire qu’ils ont besoin de connaissances profondes pour être éligibles aux stages de court terme. C’est totalement faux. Nous recherchons des personnes débrouillardes, qui s’adaptent facilement à n’importe quel milieu et qui sont capables d’adapter des solutions propres à nos sociétés occidentales à des sociétés qui pensent différemment et qui ont leur propre façon d’aborder la technologie.

Sur place, quels sont les organismes avec lesquels vous traitez et quels sont vos relais avec la population ?

Dans les pays ou la situation politique et économique est relativement saine et stable comme le Sénégal, il nous arrive de traiter avec les pouvoirs locaux pour réaliser divers projets comme l’assainissement des eaux ou la transformation. Dans d’autres régions, un peu plus hostiles, nous préférons traiter directement avec des ONG locales. Nous effectuons un travail de partenariat avec elles, dans le sens où il nous arrive de leur fournir de la main d’œuvre car il arrive qu’ils en manquent ou bien nous envoyons des gens qui vont former des personnes sur place et diriger les opérations. Mais dans les deux cas, nous tenons à ce que nos stagiaires vivent dans les communautés au sein desquelles ils travaillent et qu’ils partagent leur mode de vie. Généralement, leur budget quotidien ne dépasse pas les deux à trois dollars par jour. Ce mode de vie leur fait apparaître une réalité du monde qu’ils ignoraient auparavant et crée un climat de confiance et d’amitié entre eux et les locaux.

Sur la situation qui prévaut dans les pays du Tiers-monde, on peut attribuer une part de responsabilité aux pays développés mais d’après vous quelle est la responsabilité des premiers cités ?

Il est difficile de répondre à cette question car on peut chercher des responsables à tous les échelons de la société. Ça peut aller des membres d’une communauté rurale à des élus locaux jusqu’aux décideurs nationaux. Des changements doivent être opérés à tous ces niveaux. Et la question qu’on se pose à ISF est quels sont les changements qui doivent être opérés, et pourquoi ces changements n’arrivent pas. La corruption est mal qui ronge et qui handicape fortement ces pays. La difficulté réside dans le fait de trouver les personnes qui sont vraiment sincères et de les appuyer au maximum. Dès fois, les propres élites de ces pays peuvent constituer un obstacle au développement social.

Les principaux chantiers que traite ISF sont les technologies de l’information, l’agro-alimentaire, l’hygiène et les formes d’énergie alternative. Parmi ces quatre domaines, quels sont ceux que l’on doit développer en priorité en Afrique ?

Je pense qu’au-delà de ces quatres domaines très importants et reliés entre eux, la priorité en Afrique est l’éducation. Les chiffres montrent que l’éducation des filles est primordiale. Ça aide à diminuer la transmission du virus du Sida, ça aide également à réduire le nombre d’enfants qui meurent à cause de l’eau contaminée. Donc, tous les efforts qui sont fournis afin d’élever le taux d’alphabétisation chez les filles apportent des retombées positives sur les communautés. Nous apportons également une attention particulière aux projets d’assainissements d’eau et à la micro irrigation pour accroître les récoltes des paysans. C’est très difficile de savoir ou mettre l’argent. Les grands projets de construction de routes sont très importants ainsi que la construction de barrages. Le problème dans ce genre de projets est qu’il y a souvent de la corruption et que les bénéfices de ces projets ne profitent pas à ceux qui sont le plus dans le besoin. C’est pour cela que nous privilégions les micros projets dont nous sommes, sûrs que les retombées iront au plus pauvres.




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