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Le Mont-Saint-Michel

Aujourd’hui, c’est aux confins de la Normandie et de la Bretagne, dans l’Ouest de la France, que nous nous rendons, visiter le Mont-Saint-Michel, l’un des sites historiques les plus visités d’Europe.

Il y a près de six mille ans, alors que l’Europe était encore plongée dans une période glacière, le niveau de l’Océan Atlantique était plus bas. La Manche n’existait pour ainsi dire pratiquement pas et les terres bretonnes étaient bien plus étendues vers l’Occident. Petit à petit, le climat s’est réchauffé, les glaciers ont fondu et l’eau s’est mise à recouvrir les terres en même temps que des parties entières de la Bretagne disparaissaient sous les flots. Aujourd’hui, les terres continuent à s’enfoncer sous la mer. Il est d’ailleurs possible d’observer en Bretagne des dolmens et des menhirs en pleine mer sous quelques mètres d’eau et plus loin trois voies romaines qui concourent vers le même point situé à plusieurs centaines de mètres des côtes ! Le fameux mythe de la ville d’Ys engloutie provient tout droit de ce phénomène étrange et très rapide, puisque des différences sont observables d’une génération sur l’autre. La région du Mont-Saint-Michel était il y a plus de quatre mille ans recouverte d’immenses forêts de chêne impénétrables et servait de lieu de culte aux gaulois. On peut retrouver encore au fond des eaux ou à moitié ensablés des restes de souches d’arches gigantesques… Lors de la remontée des eaux, le Mont-Saint-Michel s’est retrouvé coupé des terres. Seul un passage permettait d’y accéder à pied sec durant quelques heures à marée basse.

L’étrangeté du lieu doublée de quelques apparitions au bon moment de l’archange Saint-Michel poussa l’Evêque Aubert du diocèse d’Avranches, un village voisin, à y construire en 708 affirme-t-on, un petit oratoire circulaire situé sur une plate forme au sommet du Mont. Rapidement, la chapelle carolingienne devint trop exiguë et il fut décidé de l’agrandir. On y construisit à la place une petite église romane. De cette construction ne reste aujourd’hui plus que le tracé des fondations découvertes en 1908.

Toutefois, c’est en 966 lors de l’arrivée des Bénédictins que va véritablement se développer le site. Il est décidé d’y élever une église abbatiale de 80 mètres de long et ce sur la pointe sommitale à 80 mètres au dessus du niveau de la mer ! Pour l’époque le projet est grandiose ! En effet, le sommet rocheux ne peut supporter que la croisée du transept et les deux premières travées de la nef. Le reste du bâtiment repose tout entier sur un colossal empilement de quatre cryptes, ceignant le Mont. La plate forme est achevée en 1203 mais on commence à y élever l’église par le chœur (dès 1023) puis par le transept (en 1058). Autour de l’église vont progressivement êtres érigés les bâtiments conventuels et le village. Le monastère se composait d’un long bâtiment abritant le dortoir des moines, le promenoir et l’aumônerie. À côté se trouvaient les cuisines et l’infirmerie. Durant tout le Moyen-Âge, les abbés vont agrandir l’ensemble et le remanier sans cesse et ce en dépit des nombreux effondrements dus à l’instabilité du terrain. Le visiteur pourra d’ailleurs remarquer que si la nef et la croisée du transept sont du style roman d’origine (XIIème siècle), le chœur est du plus pur style gothique. Ce dernier s’est effondré en 1421 (voilà ce que c’est que de n’avoir pas suivi ses cours de géotechnique) et il fut rebâti dans le style architectural de l’époque.

Dans le courant du XIIème siècle furent aménagées les Merveilles, un splendide ensemble de six salles réparties sur trois étages sous l’impulsion de Raoul-des-Iles (abbé de 1212 à 1228). Elles constituent aujourd’hui l’un des plus beaux échantillons de l’architecture médiévale.

L’abbaye va traverser durant la Renaissance une période de déclin qui s’achèvera avec l’arrivée en 1629 d’une nouvelle communauté bénédictine (congrégation de Saint-Maur). Ils cèdent une partie du monastère aux militaires et modifient profondément la disposition et la fonction des différentes salles. En 1776, un incendie endommagea fortement les trois premières travées de la nef, qui se composait à l’origine de sept travées, et il fut décidé de les supprimer, triste sort que subirent aussi les tourelles et le porche d’entrée. Durant la révolution où le site fut appelé « Mont Libre » et le début du XIXème siècle, l’abbaye fut désertée et transformée en prison. L’église sert alors de grenier à foin. Cela provoque en 1834 un gigantesque incendie. Le Mont Saint Michel est rendu dans un tel état de délabrement que certains commencent à se sensibiliser à sa cause. Il sera finalement inscrit par décret aux monuments historiques le 20 avril 1874. Les restaurations vont alors se succéder jusqu’à notre époque. Nous pourrions entre autres citer la réalisation de la sublime flèche néogothique surmontée de la statue dorée de l’archange Saint- Michel (qui s’élève à 156 mètres au dessus du niveau de la mer), érigée au cours des années 1890 par l’architecte Petitgrand.

Tout récemment (à l’échelle de l’histoire du Mont bien sûr), une nouvelle communauté monastique s’est installée dans les logis abbatiaux permettant à cette superbe page de l’histoire du Moyen-Âge de ne pas devenir un musée vidé de sa fonction originelle (comme le Louvre ou Versailles). Le Mont-Saint-Michel fut classé dès 1979 au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

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