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Smart Dust : poussière d’intelligence ?

C’est en tout cas l’avis des promoteurs (nombreux) des « smart dusts », un projet qui vise à créer des microordinateurs en réseau de la taille d’1 mm3. En fait de microordinateurs, il s’agit plutôt de puces, capables de traiter des informations provenant de capteurs (des accéléromètres, des thermomètres, des capteurs lumineux…) et de communiquer leurs observations en se mettant en relation avec les centaines d’autres poussières qui auraient été larguées à proximité. Oui, parce qu’à la base, il s’agit quand même d’un projet militaire de détection des mouvements de troupes ; il s’agissait de larguer les poussières par avion, le nombre créant alors un maillage réseautique suffisant pour porter l’information.

C’est donc sur des fonds militaires et universitaires que le projet fut créé en 1998 à Berkeley (Université de Californie). Et 5 ans après la mise en place du chantier, les problèmes restent… nombreux (insurmontables ?). L’équipe de Kristofer Pister a commencé par la partie « facile » du projet avec la réalisation des puces de 100 mm3. Elles comportaient de quoi mettre en place les communications et au moins un des différents capteurs envisagés. Puis devant le cahier des charges ambitieux, il a fallu créer le protocole spécialisé de mise en réseau, un système d’exploitation dédié pour gérer les entrées-sorties, qu’il a bien fallu faire tourner sur un dispositif de mémoire, qu’il a donc fallu à son tour incorporer au système, dont il a alors fallu revoir l’approvisionnement énergétique.

Donc, où en sommes-nous, disais-je ? Et bien les premiers prototypes de puces, sans aucune de toutes ces fonctionnalités rajoutées, ont été réduits à 15 mm3… On est encore loin du compte. Aucune solution n’est encore trouvée en ce qui concerne l’incorporation de la mémoire sur les puces, on se dirige à reculons vers l’emploi de nano-tubes pour l’énergie (qui semblent être les seules sources suffisamment puissantes et petites), on améliore le système d’exploitation (TinyOS) qui tient en 200 octets. Bref, la recherche continue sur tous les points. Mais personne n’arrive à intégrer toutes ces technologies. Etonnant ? Pas tant que ça quand on voit l’étendue du projet, qui s’écarte bien de l’étude de Pister sur la faisabilité de smart dusts de taille millimétrique. Projet d’ailleurs terminé en 2001, soit dit en passant.

Mais attention ! Qu’on ne me taxe pas d’anti-technologite aïgue. D’estudiantisme imperméable à l’esprit de la recherche. J’espère bien qu’au final, quelqu’un réussira ce projet fou : imaginez les champs d’application des smart dusts (qui ont déjà leurs promoteurs) : en en larguant par avion sur la forêt, grâce au thermomètre, on peut prévenir les incendies (mieux vaut éviter les incendies que d’épandre sur la forêt des tonnes de silicium). Grâce aux accéléromètres, on pourrait contrôler et agir sur les procédés industriels de fabrication sensibles aux vibrations (dans les salles blanches où l’on fait la chasse à la moindre particule de poussière et qui occupent plusieurs centaines de mètres carrés, un sismographe d’1 mm3 semble une arme redoutable). Militairement, encore, on peut observer à distance le mouvement des troupes (il est clair qu’à ce niveau, le vent ne génère aucun artefact dans la mesure.) Bref, il y a depuis l’origine de ce projet quelque chose de gênant, c’est la notion même de poussière. Mais, quand toutes les technologies connexes et, elles, porteuses, (de l’énergie à la mémoire, des capteurs aux réseaux) seront suffisamment aboutis, ce sera vraiment une technologie formidable : on pourra alors se concentrer sur la miniaturisation et en mettre partout : pour tout surveiller, et en prime, pour nous aider à respirer quelques petites particules nocives de plus.

D’ici là, on pourrait peut-être faire quelque chose d’utile ?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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